Valeria "Negra"

De Marches du Nord
Version du 29 novembre 2022 à 22:02 par Davy (discuter | contributions)

(diff) ← Version précédente | Voir la version courante (diff) | Version suivante → (diff)
Aller à : Navigation, rechercher
Valeria.jpg

Valeria Torodine était une navigatrice et corsaire kerdane réputée s'être commise dans la contrebande, le pillage d'épaves, la piraterie et l'emploi de faux pavillon depuis au moins une douzaine d'années. Elle fut surnommée "Negra" (la Noire) par sa propre famille afin de minimiser le fait qu'elle ait jamais été des leurs, mais elle a fini par s'emparer de l'épithète pour le porter comme un titre de gloire. Valeria "Negra" fut également la capitana d'une nef appelée la Penumbra.

Jadis associée à l'explorateur Bartolome Sotorine (avec qui elle fit du "commerce" fluvial autour de Darverane, puis écuma la région de la Baie des Langueurs et du Golfe Cinglant) puis au trafiquant d'antiquités Rovisto Celsine, elle semblait avoir quitté le Nord depuis quelques années quand les Talendans l'ont rencontrée durant leur premier hivernage à Felriane, au milieu d'une assemblée de forbans. Après avoir fait échouer ses plans, les Talendans ont laissé une Prenumbra démâtée et une Valeria furibarde à leur endroit. Durant l'été 38, ils ont appris que Valeria s'était lancée dans la piraterie dans le Golfe Cinglant et qu'elle ne se privait pas d'arraisonner les navires de Tal Endhil et des Sotorine. La dame était un brin rancunière, et son acharnement finit par agacer trop de puissants personnages. C'est ainsi qu'une vaste armada fut assemblée pour écraser l'impudente pirate, dont la flotte fut entièrement coulée dans la Baie des Guivres à la fin de l'été 39.

Apparence

Valeria Torodine approche de la trentaine. Pour une kerdane, elle est assez grande, en plus d'être gironde et séduisante. Sa longue crinière désordonnée a longtemps été d’un auburn tirant sur le brun, mais est aujourd'hui teinte en noir corbeau depuis qu'elle ne revendique plus sa nationalité. À l’époque où elle écumait les mers septentrionales, elle aimait porter des tresses décorées de colifichets, un peu à la mode emishen. Ces derniers temps, c'est plutôt une armure de cuir noir qu'elle aime à porter, afin de bien montrer qu'elle est Valeria la Noire.

Mais au-delà de ses formes voluptueuses et même de ses yeux d'onyx, son trait le plus frappant est encore le sourire carnassier avec lequel elle accueille le plaisir autant que le danger...

Relations

Voici quelques individus avec lesquels Valeria est (ou a été) en relation.

  • son petit frère adoré Pietro Santino Torodine, désormais second assesseur-adjoint à l'Arche Torodine de Farlane ;
  • le fidèle Gordo Negrine, avec elle depuis ses aventures dans les Marches du Nord (voir ci-dessous) et désormais quartier-maître de la Prenumbra ;
  • Bartolome Sotorine, en compagnie duquel elle s'émancipa de sa famille ;
  • Rovisto Celsine, avec qui elle se lança dans le trafic d'antiquités.

Histoire

Téméraire, insolente et déterminée à tracer sa propre route sans se laisser marcher sur les pieds, Valeria Torodine traine depuis sa jeunesse une réputation de mauvaise graine. Alors qu’elle était encore adolescente, elle aurait grièvement blessé un de ses cousins avec un couteau. L’affaire est restée dans la famille Torodine qui l’a plus ou moins étouffée, en partie parce qu’il s’agissait d’un cas de légitime défense. On ne sait pas avec certitude qui était la victime, mais nombreux sont ceux qui pensent que c’est là qu’un certain Sesto Torodine y aurait gagné son surnom de “Sesto-une-couille”... Ce qui est certain, c'est que Valeria ne goûtait guère le destin qu’on lui réservait à cause de cette histoire, confinée sur l’archipel comme un mouton noir.

Rencontre avec Bartolome

Un an plus tard, âgée d'à peine 17 ans, elle put aller assister aux Jeux Insulaires et aux festivités afférentes. Un soir, elle était dans un tripot, à provoquer pour le plaisir et le frisson quelques jeunes coqs kerdans de retour des compétitions et à jouer aux cartes. Si elle parvint assez facilement à dépouiller les jeunes coqs, lorsqu'elle essaya de tricher avec trois marins, elle se fit vite prendre. Elle refusa pourtant de rendre l'argent indûment gagné. Il faut dire qu'elle avait repéré au comptoir du tripot un grand kerdan à l'air balèze et parlant fort, qui lui jetait des regards plus qu'intéressés. Après un clin d'œil en direction du grand couillon, elle ramassa le pognon encore en jeu, renversa la table et colla une beigne au marin assis à côté d'elle. Une bagarre démarra immédiatement et comme elle l'avait prévu, le grand couillon se joint à elle et assomma les deux marins restant. Elle partit en riant à son bras, espérant bien dépouiller également cette victime volontaire d'ici la fin de la nuit. Sauf que cela ne se passa pas comme ça, parce que le grand couillon, c'était Bartolome Sotorine - qui venait de faire forte impression dans une compétition nautique. Valeria le trouva plutôt à son goût et Bartolome était plus qu'impressionné par le tempérament de la jeune femme. Le courant passa et les deux passèrent la nuit ensemble. Rien qu'une histoire sans lendemain.

Activités dans les Marches du Nord


Valeria ne rentrant pas dans le rang, la famille Torodine se résigna à l'envoyer le plus loin possible, dans son Arche la plus perdue : à Archerune. Loin au nord, isolée, sans réelles ressources, Valeria rongeait son frein et cherchait une opportunité qui lui permettrait de s'enrichir et donc de devenir indépendante de sa famille. Et c'est comme cela que deux ans après leur première rencontre, elle tomba nez-à-nez avec son grand couillon sur les quais d'Archerune. À l'époque, Bartolome jouait en effet les bateliers sur le Dramguil pour le compte de sa famille. Il s'ennuyait à mourir à convoyer des ballots et fut plus qu'heureux de retrouver son aventureuse conquête d'un soir. Les choses allèrent très vite : ils se racontèrent mutuellement à quel point leurs vies respectives les ennuyaient et après quelques nuits torrides, le chien fou de la famille Sotorine et la jeune Torodine lassée de jouer les moutons noirs en exil décidèrent de lier leurs destins.

Valeria avait quelques contacts avec l'Ondhor de Darverane (il faut bien être ouvert à toutes les opportunités) et Bartolome avait accès à une agiella appartenant aux Sotorine. Ils commenèrent donc à faire de la contrebande sur le Fleuve Grondant, en particulier d'alcool frelaté, au nez et à la barbe de la Sénéchaussée de Benedic le Rige. Ce petit jeu du chat et de la souris était amusant, et parfois excitant quand il fallait échapper aux collecteurs en courant travers champs avec une agiella sur le dos... Une fois, Val et Bart transportèrent même un autre genre de "cargaison illégale" : un chaman évadé des griffes de l'inquisition, qu'il fallait convoyer discrètement vers le nord pour le compte d'un certain Chemin Tortueux. Mais tout ceci ne rapportait pas assez et Valeria voyait plus grand. Toujours avec les tuyaux fournis par l'Ondhor, Valeria et Bartolome mirent au point un plan audacieux pour voler une cargaison fluviale. Bart' se fit embaucher comme rameur sur leur cible et Val mis au point une embuscade sur l'eau avec transbordage du butin de nuit. Ils se firent repérer, furent pris en chasse par la Sénéchaussée, mais parvinrent finalement à s'échapper en faisant du rafting dans des rapides. C'était amusant, excitant et le danger constituait pour eux deux un excellent aphrodisiaque.

Valeria et Bartolome formaient, de fait, un excellent tandem : Valeria était incroyablement audacieuse, tandis que Bartolome était souvent celui qui apportait les moyens de réaliser les plans de sa compagne. L'Ondhor de Darverane était consciente de leur valeur et commença à leur faire passer de l’Herbe-Nuage. Val se dit alors qu'il y aurait beaucoup plus d'argent à se faire s'ils vendaient leur propre Herbe-Nuage. Et Bartolome savait qu'on pouvait en récupérer près du Cercle des Hautes Pierres, un coin où sa famille avait justement établi un comptoir, Écume 5... c'est le moment où Valeria et Bartolome achetèrent leur premier véritable navire, le Capricorno, pour transporter leurs cargaisons depuis Écume 5. Leur petit commerce commença à marcher assez fort et les deux compères se firent pas mal d'argent. Mais l'Ondhor n'appréciait pas tellement ce qu'il considérait comme une trahison. Au lieu de chercher l'apaisement ou le secours de leurs familles respectives, Valeria géra l'affaire comme lorsqu'on l'avait accusé de tricher dans ce tripot, le soir où elle avait rencontré Bartolome : par l'escalade. Sauf que l'Ondhor n'est pas comparable à trois marins avinés et que tout commença à gravement partir en sucette. Valeria parvient à convaincre Bart' et leur lieutenant Gordo Celsine de tuer plusieurs Ondhoroen "pour les calmer une bonne fois pour toute". Les représailles ne se firent pas attendre : Val échappa de peu à une tentative d'enlèvement où l'un de ses complices laissa la vie. L'affaire commencait à tourner en une sanglante guerre des gangs.

Simultanément, les Oloden eurent vent que des petits malins commercialisaient leur herbe sacrée, au mépris de leurs accords avec les Sotorine "des Lacs". C'est ainsi que ces derniers apprirent que Val et Bart avaient utilisé Écume 5 pour un trafic qui pouvait leur coûter leurs comptoirs et que les deux jeunes gens étaient maintenant poursuivis par les tueurs de Bertold le Lippu. N'ayant pas les moyens de protéger les deux fugitifs de la vengeance des Ondrènes, Ranyella Sotorine a alors dénoncé Valeria aux Torodine d'Archerune - sans mentionner l'implication de Bart. Les puissants Torodine sont intervenus de diverses manières avec l'aide des mercenaires locaux et des Melangoline (réseautage, menaces et arrangements financiers) pour faire cesser la vendetta sans ruiner leur réputation dans les Marches. Si Bart a simplement été envoyé aussi loin que possible de Darverane (négocier avec les Liam'Lon), l'accord passé par les Torodine avec l'Ondhor impliquait de la jeter aux loups. Elle fut donc radiée de la famille, ce qui revenait à dire que les Torodine laissaient toute licence à l'Ondhor pour se débarrasser d'elle. Valeria dut ainsi quitter les Marches du Nord après que l'Ondhor a mis un contrat sur sa tête.


Trafics et piraterie

Radiée de la famille Torodine, séparée de force de son compagnon, à nouveau isolée et sans ressources, Valeria abandonne l'orange kerdan et se teint les cheveux couleur corbeau, devant ainsi Valeria la Noire. N'ayant plus rien à perdre, elle se lance dans la piraterie autour du Golfe de Meren sur le Capricorno et reprend ses trafics. Grâce à des contacts à Lycène, elle est mise en relation avec des Arkonnelkan à qui elle vend des armes via le comptoir d'Écume 2. Elle entre également en relation avec l'archéologue (et trafiquant d'antiquités) Rovisto Celsine qui devient son amant. Avec lui, et leur commanditaire Monrod de Kerheine, ils partent à la recherche d'anciens artefacts liés à l'histoire Ondrène, notamment le Bouclier de Horbram. Le bouclier est retrouvé, mais l'affaire se termine en fiasco puisque juste après le Capricorno est coulé par des pirates Grésans et son équipage tué. Valeria parvient à s'enfuir avec Rovisto dans une chaloupe mais elle n'a aucun désir de rester avec ce porte-poisse. Ayant grand besoin de se refaire, Valeria trahit Rovisto et s'enfuit avec la totalité de l'argent versé par leur commanditaire.

Implication avec les Talendans

Lors de l'Épisode 35) "Hivernage à Felriane", les Talendans ont découvert que Valeria travaillait pour un groupe de Hornois du Bastion d'Aroche cherchant à récupérer d'anciens artefacts Solaires. Ne faisant aucune confiance à ses commanditaires Hornois, et sachant qu'ils n'avaient en réalité pas de quoi la payer, Valeria a conçu un plan minutieux et fini par les trahir lors de l'Épisode 36) "Profondeurs". Tout aurait pu bien se passer sans l'intervention des Talendans (et de ses deux "ex") qui ont tout fichu par terre.

La reine pirate du Golfe Cinglant

Valeria n'est pas restée longtemps les bras ballants après le sale coup joué par les Talendans. Toujours en possession d'un artefact solaire, elle l'a revendu à son commanditaire, le Duc de Lorune, avant de lui voler aussi sec. Désormais indésirable à Felriane, elle ensuite mis les voiles vers le nord et le Golfe Cinglant où sa présence est attestée depuis l'été 38. Elle a semble-t-il formé une alliance avec les rebelles Arkonnelkans pour se ravitailler et a commencé à attaquer les lignes maritimes. Elle a d'ailleurs capturé un navire Talendan, le Mancino. Sa nef est semble-t-il d'une discrétion quasi-surnaturelle...

L'affaire de la Quiroga

Extrait du jeu par mail de Bartolome Sotorine

À la fin de l'automne de l'an 38, lorsque l'Orizzonte rentra du Grand Nord vers la Conque pour se joindre au convoi hivernal vers Felriane, la rade était si pleine que nombre de navires kerdans devaient mouiller dans le port voisin de l'Ancre, où le Coppavento venait de prendre la dernière place. Après s'être fait déposé à Aroche en chaloupe avec Diovire, Bartolome dû carrément renvoyer son équipage accastiller à Éclisse (pendant que Rovisto et Esébilio se rendaient au bastion hornois). L'arche Melangoline s'avéra débordée, manifestement sur le pied de guerre et ses administrateurs peu désireux d'accorder du temps aux Sotorine (?). C'est donc en discutant dans les arcatures, bondées comme jamais, que les deux frères apprirent la cause de cet engorgement : la recrudescence de piraterie !

D'abord, les Grésans s'étaient déchaînés cette année : depuis la fin du printemps, ils avaient harcelé les transports dans le Golfe de Meren, manifestant heureusement bien plus d'agressivité que de coordination mais coûtant notamment un corsaro aux Melangoline, une nef aux Torodine, deux cogues aux Barandir (na !) et l'Eglefino de votre cousin Enrique était en réparation à Enssyane après leur avoir échappé de peu. À l'été, ils avaient mené des raids assez désordonnés contre les îles et les côtes d'Orsane, puis jusqu'en Méharle (retardant au passage vos cargaisons de chanvre).
Les capitaines kerdans se demandaient bien ce qui avait pu les enrager à ce point ("ahem") et, depuis quelques temps, ceux qui étaient le moins lié au cartel Melangoline-Torodine menaçaient maintenant de ne plus payer leur participation à la flotte de défense des Maletudine, manifestement inefficace. Pour éviter la révolte de leur clientèle, les puissantes arches de Sainte-Maïse avaient dû se résoudre à investir dans la flotte hornoise de Felriane, puisque le Varadhan était sorti des chantiers de Bastelle au mois des Cueillettes : après quelques voyages d'essais, la trirème de combat manœuvrée par un équipage de Hotars sortis d'on-ne-sait-où s'était mise en chasse et venait d'ailleurs d'éradiquer une flottille grésane dans la baie d'Harel avant de partir en patrouille autour d'Efferdame pour préparer l'arrivée du convoi kerdan...

Mais l'organisation de celui-ci avait été nettement perturbée par les attaques de "la Negra" depuis l'été, d'autant que la diablesse opérait désormais avec trois vaisseaux : la terrible Penumbra, l'esnèque orsanie que Bart' avait croisé aux abords de Demlosh et maintenant le coursier Gavilàn ("l'épervier"), volé avec cet automne aux Melangoline avec le courrier de Sainte-Maïse (dont quelques milliers de £unes) et une cargaison d'acier lorunois commandée par Arund "le Taureau" en vue des opérations militaires du printemps prochain. En croisant ce qui se raconte à l'Auberge Calamine, ce qu'il savait des alliés emishen de Valeria et l'insistance d'Islinna à tenir Bart' au courant des exactions de son ex, le capitàn réalisa bientôt que sa nièce s’inquiétait surtout que la pirate ait trouvé moyen d'armer son nouveau corsaro, totalisant une sérieuse force de frappe.

Les deux frangins retrouvèrent finalement ce vieil Almerino dans un troquet des arcatures, de plus en plus stable sur sa jambe de bois mais manifestement nerveux. Après être resté consigné à terre pendant neuf mois, il venait tout juste de se voir rendre le titre de capitaine dont il avait été déchu avec la destruction du Fulvio –autant que son insistance à raconter que son navire avait été bouffé par un poulpe géant (ce qu'on apprécie modérément chez les Kerdans). Mais cette rentrée en grâce restait assez conditionnelle, puisqu'elle dépendait de l'évaluation de ses performances par l'illustre Elvira Maletudine, amirale de la famille rappelée de Khorodavahr pour reprendre le contrôle de la Mer d'Écume, où la vague de piraterie de l'année 38 jetait l'opprobre sur toute la famille-corsaire (et commençait à sérieusement grever sa flotte, donc ses finances).
En particulier, le Sagitario, coulé cet automne par Valeria, avait dû être remplacé par deux autres vaisseaux : le coursier de guerre Osàdo ("l'audacieux", prélevé à la défense de Cassarenne et confié à Almerino après qu'il ait plaidé sa cause tout l'automne) et la vieille Fulminanta, nef-amirale des Maletudine qui ne sortait plus guère de la baie d'Émeraude depuis 15 ans mais récemment réarmée pour qu'Elvira la commande en personne.

L'engorgement général des ports de la Conque tenait alors au sévère ralentissement du trafic maritime au sortir d'Aroche depuis deux mois, tous les navires trop petits ou trop poussifs pour prendre le risque de s'aventurer seuls en mer ayant donc attendu le convoi d'hiver pour rejoindre tous ensemble le Golfe de Meren. C'était donc d'un convoi de carrément 53 navires (au lieu de l'habituelle trentaine) dont la Fulminanta prendrait la tête avec ses 6 balistes et 2 catapultes, Salomé Melangoline annonçant, lors d'une réunion de coordination assez houleuse qui avait rempli la grande salle de l'Auberge Calamine, que les Sotorine étaient affectés à l'arrière-garde :
'lOrizzonte (avec ses 3 balistes), le Coppavento (deux balistes, installées après la disparition de la Rorquale) et lOsàdo (4 balistes) devant protéger lAnanta chargée de toute la délégation arochaise des Lalnyhari (qui rentrait passer l'hiver au chaud, et laisser refroidir le conflit avec Saraatsha), la Quiroga (Circé Melangoline préférant naviguer avec les "exclus" que d'être directement sous les ordres de la seule Maletudine qui la surclasse) et la Parogiella, une lourde nef des Torodine (!) venue de l'Estran et coincée à Aroche depuis plus de deux mois après avoir livré des tonnes de fèves pour l'armée de Berinor. (Dès que son frère lui fit remarquer que, dans l'autre sens, la nef livrait des esclaves, Bartolome comprit le sourire crispé du capitàn Umberto Sangrine).
Diovire n'avait d'ailleurs aucun doute que les Sotorine payaient ainsi l'irritation de Salomé au sujet d'Écume 7 mais, peut-être preuve que Bart' avait gagné en statut, son aîné préféra pester contre les Melangoline que de blâmer son petit frère pour son ex' diabolique.

Icone-rose des vents.png

Après 5 jours de navigation sous la neige fondante, dans un crépuscule presque dégagé mais que les nuages bas rendaient gris-jaune, les six navires de cette arrière-garde avançaient doucement vers la baie des Guivres, peu pressés d'approcher les îles de Grès de nuit et ralentis par une avarie : la Quiroga ayant faussé son safran sur un haut-fond, elle était désormais en remorque de la Parogiella pour éviter de slalomer au risque de heurter ses navires compagnons. Depuis la veille, le reste de la flottille s'était d'ailleurs nettement éloignée, et l'amirale Elvira avait signalé par drapeaux qu'elle ne prolongerait pas le dangereux passage des îles de Grès pour attendre les traînards. Alors que Diovire et Bart' surveillaient anxieusement le littoral, c'est Praona –une des Fehnri de l'Ananta– qui avait soudain repéré une menace venue du grand large par le Nord-Ouest : la Penumbra ! Mais avant que la nef pirate n'apparaisse, le Gavilàn (définitivement armé) sortit de la baie par le sud avec l'esnèque dans son sillage pour prendre l'arrière-garde en tenaille.

Les Kerdans et leur escorte minimale étant isolés hors de vue du convoi, dans des eaux barbares loin de tout port ami, l'attaque aurait pu être meurtrière si Bartolome n'avait été déjà prêt à mener une manœuvre audacieuse : à son signal, le Coppavento et l'Orizzonte se détachèrent du groupe pour prendre le vent de Nord-Ouest et fondre toutes voiles dehors sur les deux premiers ennemis ! Tirant de trop près, sans doute parce que la surprise avait joué contre son capitaine, l'artillerie du Gavilàn toucha trop haut et n'endommagea que la voilure de lOrizzonte, avant que les deux cutelle ne s'approchent pour décharger leurs 5 balistes à raz de sa ligne de flottaison, ouvrant une large voie d'eau. Reconnaissant Gordo Negrine sur le château arrière, Bartolome lui fit un glorieux bras d'honneur pendant qu'Ofelia faisait demi-tour pour retourner soutenir lOsàdo. Alors que le Gavilàn prenait de la gîte et que son équipage paniqué hésitait entre recharger ses balistes (comme l'ordonnait Gordo) ou se précipitait vers les chaloupes, Diovire poussa au Sud vers l'esnèque et, alors que les archers arkonnelkan décochaient leurs traits vers le pont sans grand effet, le Coppavento qui s'apprêtait à doubler les Rebelles vira brutalement de bord à travers leur proue, qui glissa sous l'étrave du Kerdan, et l'esquif chavira complètement dans le sillage du cutello, jetant deux douzaines d'hommes dans l'eau glaciale. En guise de représailles, un tir venu du Gavilàn estropié déchira néanmoins la grand-voile du Coppavento alors que les Sotorine repassaient sur son tribord.

Entretemps, l'Osàdo s'était interposé face à la Penumbra pour permettre aux trois nefs de s'enfuir ...et Umberto Sangrine trancha aussi sec les amarres qui tiraient la Quiroga avant de filer plein Est de toute sa voilure. Almerino mitrailla le pont de la nef de guerre de toutes ses pièces, vira lof pour lof et déploya toute la voile pour s'échapper avant la riposte, mais Valeria eut tout de même le temps de présenter son travers et ses catapultes martelèrent le château-arrière, le mât d'artimon et l'une des balistes du corsaro. La Penumbra ayant rechargé bien avant qu'il n'arrive à son tour à portée de tir, Bartolome hésitait à chercher le contact lorsque, de la dunette, Marivin signala trois cogues aux couleurs des Arkonnelkans arrivant du Sud-Ouest : d'inégale, la bataille allait vite devenir suicidaire, d'autant que le vent serait contre eux et que l'Orizzonte avant déjà perdu de sa voilure. En voyant le Coppavento dégager à son tour, Bartolome réalisa qu'il ne restait qu'une chose à tenter : secourir la Quiroga.

Alors que l'Ananta et la Parogiella disparaissaient déjà dans la grisaille, l'Osàdo avait enchaîné les virages pour éviter les tirs suivants et prendre assez de vitesse pour gagner du champs. Rejoignant la vénérable nef boiteuse peu avant l'Orizzonte, Almerino ralentit juste le temps de lancer des cordages aux marins de Circé Melangoline mais, plutôt que de laisser se dérouler les amarres pour se faire remorquer, ils tirèrent le corsaro vers eux et jetèrent des passerelles. Quand Bartolome, surpris, arriva à son tour auprès de la Quiroga, sa capitàna, très calme lui annonça en peu de mots que son navire était perdu : les corsaro n'auraient aucune chance de s'échapper en la remorquant, aussi elle avait ordonné d'abandonner le navire. Almerino et Bart' n'avaient donc que quelques minutes pour embarquer le plus possible de passagers et, si possible, les plus jeunes marins avant de filer à toutes voiles. Circé avait déjà rassemblé ses gens en files bien propres sur le pont, installé ses deux seules balistes sur sa poupe : la capitaine resterait à bord, avec quelques membres d'équipage, pour retenir les pirates et donner aux deux coursiers le temps de s'enfuir. Comprenant qu'elle avait raison, et utilisant les passerelles comme des cales pour éviter de cogner contre la nef pendant que les trois navires voguaient au ralenti, Almerino et Bart se répartirent les 60 passagers, le courrier et quelques coffres de précieuses marchandises, mais seulement une quinzaine de matelots : les trente autres s'étaient armés et comptaient bien rester jusqu'au bout avec leur officière héroïque, en emportant avec eux autant de pirates que possible.

Lorsque la Penumbra arriva à portée de tir, les Arkonelkans sur ses arrières, l'Orizzonte était encore assez près pour qu'on y entende les Melangoline entonner à pleins poumons un vieil hymne de bataille. Alors qu'il rattrapait l'Osàdo et que les projectiles s'abattaient sur la nef bientôt encerclée, Bartolome eut l'impression qu'ils chantaient encore...

La fin d'une pirate

La piraterie menée par Valeria finit par atteindre de tels sommets qu'elle remettait en cause le lucratif commerce maritime entre Felriane et les Marches du Nord - ainsi que la capacité des Melangoline et de leurs alliés Maletudine à garantir la sécurité des convois commerciaux. Sans compter l'alliance entre la pirate et les Rebelles Emishens... C'est ainsi qu'un puissant Cartel maritime se mit en place pour l'abattre lors de l'hiver 38-39. Avec l'aide des Sotorine et des Endilans, un piège fut mis en place. Mais Valeria sentit le piège et tendit son propre piège dans les eaux traitresses de la Baie des Guivres. Mais le rapport de force était tel que l'armada rassemblée par le Cartel (qui comptait même parmi elle l'Orizzonte de Bartolome) se contenta de foncer dans le piège pour écraser la flotte pirate. La bataille qui s'en suivit à la fin de l'été 39 fut terrible et sanglante, avec plus de 300 marins morts du côté de l'armada, mais elle vit toute la flotte pirate être coulée et la plupart des pirates tués ou mis en déroute.

Quant à la redoutable Valeria Torodine, dite la Noire, elle rencontra son funeste destin sur le pont de la Penumbra, sous la forme d'un dague enduite d'un poison foudroyant qui la terrassa juste avant qu'elle ne puisse être capturée par les Melangoline.