Taverne Penchée

De Marches du Nord
Version du 15 mai 2016 à 19:12 par Sebastien (discuter | contributions)

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Au bout le plus éloigné du quartier lacustre de Tal Endhil, sur la dernière plate-forme avant l'immensité du lac, perpétuellement soumise à la houle et au vent, la Taverne Penchée est un long bâtiment bas, presque sans fenêtre, construit en rondins de bois grisés et tachetés de mousse par les intempéries, qui grince lorsqu'on franchit la passerelle de planches et de corde qui mène à sa porte de planches mal ferrées. Le linteau est si bas que certains visiteurs doivent se pencher pour entrer.
Mais, dès qu'on a passé le large vantail qui racle le plancher quand on le pousse et la lourde tenture mitée qui sensée protéger la grande salle de l'humidité ambiante, on est assailli par l'odeur des chandelles et de l'herbe-nuage (!?), les fumets de la soupe de pois et du lard grillé, les rires des filles de joie et le bruit des chopes heurtant les tables.


Une seule grande salle, toute en longueur et pointant à peu près au nord-nord-ouest, accueille au sud un large comptoir derrière lequel s'alignent en rangées irrégulières les gros tonneaux de bière, les petits tonnelets de vin, les amphores d'hydromel de Celanire, les bouteilles de vin du sud, les cruches humides d'une rapide vaisselle faîte au baquet, les paniers de pains et d'oignons... La partie nord se perd dans la fumée des pipes et le rideau irrégulier des capelines trempées de pluie suspendues aux poutres basse. Des saucissons, un jambon très entamé, quelques gousses d'ail, un plein filet de pommes, des bouquets de cresson et de sauge pendent de la charpente et des piliers entourant long plateau de bois usé du comptoir : s'y accoudent fréquemment quelques mercenaires nettement bourrés (si on en juge par leur conversation désordonnée), servis par un collègue qui l'est à peine moins (celui qui s'appelle "Cinq-Deniers" ou quelque chose du genre).
Le long des troncs mal équarris qui servent de piliers, des cerclages de fer rouillés probablement pris à des tonneaux décédés servent à tenir des paquets de bougies qui ont laissé de longues coulures figées sur le bois. Un mannequin de paille représentant probablement une sorte de templier (en tous cas habillé d'une livrée à l'Étoile Première, quelque peu défraîchie, et d'un heaume ébréché) y remplit suivant les moments le rôle de cible de fléchettes ou de porte-manteaux, de même que le large crâne de bœuf laineux qui orne un des chevrons est fréquemment couvert d'arc et de glaives remisés sur ses cornes.


Les tables sont longues, étroites, entourées par des bancs, une demi-douzaine de tabourets bancals et des tonnelets vides presque plus confortables une fois couverts par une des peaux de chèvres qui traînent ça et là. Des mineurs fourbus qui attendent leur tour auprès des trois putains de l'établissement (sous la direction de la jeune remane Garnelle), quelques marchands de draps et acheteurs de chevaux malheureux, trois caravaniers lewyllen venus troquer des bijoux d'ivoires et de l'eau-de-vie de genièvre contre des outils d'acier, quelques pêcheurs elloran qui apprennent à jouer aux dés, une tablée de Kerdans qui se racontent leurs dernières aventures dans leur langue avec forces gestes et exclamations... Et bien souvent, l'incontournable Adira Pratesh qui passe nombre de ses soirées à la taverne, est attablé à une table d'angle, cajolant un pauvre bougre bientôt condamné à la ruine.
Le Sergent Le Cornu, presque toujours présent en soirée, officie d'ordinaire au tournebroche de la grande cheminée qui couvre le mur nord : à côté d'elle, une tenture barre la porte des deux chambrettes où officient les filles lorsque les mercenaires n'y dorment pas.

Au milieu de la salle, une porte à double-battant modérément jointive s'ouvre en été sur le lac, via une sorte de corniche entouré d'une balustrade grossière qui sert de balcon (et où on l'on laisse généralement pendre une ligne, une clochette, un hameçon et un appât : lorsque la clochette tinte, une fois sur deux, c'est un morceau de bois flotté qui s'est pris dans la ligne).
C'est là, depuis quelque soirs, que le jeune barde "Alenn le Rimeur" vient s'installer après son service à l'Auberge du Cygne (l'établissement concurrent, sur la place) : assis sur quelques peaux, il boit un peu de bière, gratte son luth et entonne des balades emishen lancinantes ou des chansons à boire orsani.