Hagad

De Marches du Nord
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EN TRAVAUX

La philosophie héritée des "Anciens" est la base même d'Emib, à la fois sa religion, sa législation et son ciment culturel, enseignée dès l'enfance avec toute la pédagogie dont ce peuple est capable, et donc profondément intégrée par presque tous les Emishen.
Et si cette philosophie peut-être discutée, débattue et différemment interprétée par les clans ou les individus, il n'y a guère qu'aux Kormes que viendraient l'idée de l'ignorer.

L'Harmonie

Le fondement du Hagad est "l'Harmonie sous le Vent" (Sahelm llon Shilen), une notion qui est à la fois sa règle d'or et son but ultime : vivre harmonieusement dans le présent. Si ce principe peut sembler fort vague aux Dirsen, il implique pour les Emishen la recherche constante du "bien", par la conscience de leur situation, du monde physique où ils vivent comme de la présence du monde spirituel.
Si ce principe engendre à son tour nombre d'autres notions spirituelles et philosophiques autant qu'un corpus de règles sociales, presque toutes peuvent se résumer à ces trois idées : savoir "où" l'on est et communiquer avec les Esprits pour tâcher de vivre en harmonie.

Fondamentalement, elle repose sur une grande exigence de conscience, principalement la conscience de soi, des autres (en premier lieu du clan), de l'environnement et des esprits. S'adressant donc à une population plutôt éveillée et civilisée, et quoiqu'il implique quelques règles strictes et une poignée de tabous, le Hagad se manifeste principalement par une incitation constante aux "bonnes manières", intégrant toutes sortes de notions "pratiques" (gérer et partager les ressources, distribuer les tâches, élever les gamins...) à des valeurs morales plutôt larges qui pourraient se résumer à l'union constante de la liberté et de la responsabilité individuelles : ainsi, les Emishen se savent responsables de leurs actes parce qu'ils sont libres de leurs choix et ils s'accordent entre eux une grande liberté (d'action, d'opinion, de mœurs...) parce qu'ils ont confiance dans l'honnêteté de leurs "concitoyens" et dans la volonté générale de "faire le bien". Autrement dit : alors que les Remans sont soumis à la hiérarchie impériale comme au Culte des Pères, subissent leurs voisins et ne prospèrent que dans l'égoïsme, les Emishen embrassent volontiers la vie de leur communauté très égalitaire et s'épanouissaient jusqu'ici dans une concorde presque idyllique [1].

Le Dialogue

Bien entendu, ce fonctionnement n'est possible que par une grande culture du dialogue, de l'expression de soi autant que de l'écoute des autres, qui leur permet une vie sociale très active (et souvent enrichissante) tout en faisant d'eux un peuple excessivement bavard. Quoique le Hagad n'encadre que le discours "officiel" (serments, témoignages...), les Emishen ont une longue habitude de sincérité qui leur fait généralement considérer les demi-vérités comme un signe de bêtise (puisque pour eux l'honnêteté marche vraiment) et le mensonge volontaire comme une abjection. L'exigence de "conscience" nécessitant par ailleurs que tout le monde ait bien compris avant de prendre les décisions communes au consensus plutôt qu'à la majorité ou à l'autorité, le débat politique est généralement honnête, détendu, constructif et particulièrement lent. Et même lorsqu'il débouche enfin sur une résolution, il est assez fréquent que les éventuels mécontents, eux, suivent leur idée première sans pour autant être ostracisés (par exemple, à l'Assemblée Tribale, bellicistes et pacifistes partageaient quand-même les repas et les chansons).

C'est justement quand les situations ne permettent plus le dialogue que les règles du Hagad interviennent pour limiter les problèmes : la chasse, le combat, les rapports d'autorité, l'enseignement, l'enfance et le passage à l'âge adulte, les serments, les peines judiciaires, la gestion des ressources (relativement limitées) ou la propriété sont ainsi encadrés par des rituels permettant à chacun de ne s'aventurer en dehors du confortable dialogue courtois qu'en toute conscience, et sans mettre en danger la paix sociale de toute la communauté...

La Nature

En premier lieu, et quoique leur extrême compétence à la chasse et à la cueillette génère en théorie des vivres en abondance, les Emishen savent qu'ils ont assez de ressources pour vivre sans souci à condition de ne pas les gâcher, de ne pas surconsommer, de ne laisser personne s'approprier plus qu'il n'a besoin et donc de partager largement. Cet équilibre "économique" est évidemment favorisé par une natalité plutôt basse (puisqu'ils possèdent des contraceptifs efficaces et ne font d'enfants qu'après avoir bien réfléchi), mais il repose en grande partie sur le découpage du territoire de chaque clan -établis par "les Anciens" à partir des Cercles de Pierres- et sur le respect des créatures vivantes : parce qu'ils ont le souci de ne pas abuser de la nature, de ne pas tuer leurs "frères" animaux et de pas cueillir les gentilles plantes plus que de raisons (et en leur témoignant alors leur gratitude par des rituels), les Emishen évitent généralement d'épuiser leurs ressources et de précipiter leur société vers la famine ou les guerres territoriales [2].
Et si l'un ou l'autre clan menaçait cette fragile harmonie sans s'en apercevoir, les esprits-totems sont notamment là pour le leur faire savoir.

Les Esprits

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Les Lois de la Guerre

C'est encore à la guerre que le Hagad se manifeste le plus strictement, parce que la violence est aux yeux des Emishen la situation sociale (si, si) la plus problématique et reste, pourtant, relativement courante.
D'abord parce que la chasse, les dangers de l'environnement et les querelles tribales [3] motivent une large portion de la population à porter des armes au quotidien, ensuite parce que les combattants emishen ne sont généralement pas des "soldats temporaires" pressés de retourner à leur ferme (comme le gros des troupes impériales) mais des guerriers "professionnels", généralement entraînés dès l'enfance et bénéficiant d'une véritable culture du combat : leurs affrontements sont donc particulièrement "mortels". Et dans une société de "citoyens" volontaires, ceux qui choisissent ce métier sont donc éminemment conscients qu'ils vont tuer et/ou mourir, avisés que le "feu de l'instant" peut rapidement faire déraper les situations et avertis des conséquences sociales et psychologiques de la guerre.
Lorsqu'on vit plutôt heureux et qu'on se soucie d'autrui, on ne va donc pas au baston sur un coup de tête, spécialement quand on va sans doute recroiser par la suite la mère ou le mari des gens qu'on a buté ou estropié.

Sachant tout cela, les Emishen ont donc établi des règles pour limiter les dommages collatéraux en cas de guerre...

► Premièrement, certaines personnes et situations "protocolaires" excluent complètement la violence et les armes : les enfants comme les émissaires et les chamans sont intouchables et ne participent jamais aux combats [4], on ne rentre pas armé dans un Cercle de Pierres, de même qu'on remise ses armes quand on est invité au sein d'un autre clan, pour faire du troc, s'enivrer ou participer à la plupart des rituels communautaires.

► Deuxièmement, on ne provoque pas un combat n'importe comment : la moindre des politesses et d'annoncer ses intentions belliqueuses (ça peut se faire à l'avance : "maintenant qu'on est en guerre, je peux te tomber dessus par surprise la huitaine prochaine." [5])... et d'admettre que vos vis-à-vis peuvent refuser !
Il faut alors trouver une solution "amiable", bien souvent le versement d'un tribut ou un duel entre champions de chaque camp, mais on a vu des conflits dériver vers un concours de poésie ou une course de chevaux. Et si un combat risque d'impliquer une communauté ou l'ensemble d'un clan, l'affaire doit impérativement être discutée en conseil ("Assassins, on se vengera ! _Même pas vrai ! Je vais demander l'autorisation de te tuer au chaman !").

Les termes de l'affrontement sont alors définis préalablement : parfois très brièvement ("T'es un fumier, je veux te combattre jusqu'à la mort ! _Tant mieux, moi aussi ! _Tous les coups sont permis ? _D'accord, viens-y voir !"), mais d'autant plus extensivement que le conflit implique des forces, des enjeux, une durée et un espace importants.
Comme on est pas sensé s'en prendre aux non-belligérants, tous les participants à un combat doivent se déclarer officiellement, et donc revêtir leurs peintures, leurs habits de guerre et éviter généralement les zones habitées par trop de "neutres" (sinon c'est le bordel). Mais tant qu'on respecte les termes de l'affrontement, il ne faudra pas venir se plaindre si on y laisse la vie, ni espérer que vos frères viennent vous venger : puisqu'on entre librement en combat, on est donc responsable des conséquences.

► Enfin, les vaincus ont droit au respect, et sont dès lors exclus des combats : ça signifie d'abord qu'il n'est pas question d'achever les ennemis blessés (à moins que les combattants se soient par avance accordés sur une telle issue, mais c'est rare), mais aussi que les civils (familles, soigneurs, chamans...) peuvent retirer les morts et blessés du champ de bataille sans craindre pour leur sécurité.
Par extension, et en vertu du principe plus général de liberté qui sous-tend une grande partie du Hagad, les Emishen ne font normalement pas de "prisonniers de guerre" (c'est même très mal vu) ni ne prennent d'otages : le combat terminé, l'affaire est entendue et chacun rentre chez soi. Il arrive même que les vainqueurs participent aux soins des vaincus.

Ces lois permettent ainsi de combattre dans un cadre socialement accepté : tant que tout le monde les respectent, les Emishen considèrent qu'aucune infraction n'est commise, les belligérants ne peuvent pas se plaindre, ils ne sont pas sensés se venger (sinon en réclamant aux vainqueurs un nouveau combat "encadré") et même les civils sont tenus de respecter le cadre du conflit (en se tenant à l'écart, pour commencer).
Tout cela permet normalement d'éviter de verser dans la violence "criminelle", ce que les Emishen appellent "Danelsin" et qui est pour le coup sévèrement réprimé.

Enfin, il est à signaler que les troupes d'un clan sont normalement divisées en deux "équipes" : la défense et l'attaque.
Les forces "de défense" sont placées sous l'autorité de l'Alen Lemid (le "maître d'armes" du clan, également responsable de la formation des jeunes guerriers), elles ne déclenchent jamais un conflit mais sont en charge de la protection (du clan et des Cercles) comme du maintient de l'ordre.
Les forces "d'attaque" sont dirigées par un Alen Neldaram, généralement le "champion" désigné des duels, responsables des défis aux autres clans et de mener effectivement les guerres "conventionnées". De fait, les "Neldaril" respectueux n'affrontent généralement que d'autres Neldaril, si possible en terrain neutre, loin des civils, des habitations et des lieux de culte...


Évidemment, à bien des égards, l'invasion impériale a sévèrement bousculé toutes ces règles... Les Dirsen étant justement définis par le fait qu'ils ne respectent pas le Hagad (spécialement pas à la guerre, ce qui est très mal), à la différence notable des Kerdans qui font l'effort diplomatique d'appliquer à peu près les règles dans leurs rapports avec Emib [6] (et ne sont donc pas "dirsenisés" mais considérés comme un peuple à part entière), les Emishen n'ont pas finis de débattre pour décider si cela signifie qu'il faut leur enseigner les coutumes, ou qu'à l'inverse elles ne s'appliquent pas à eux.
Le relatif mélange des peuples complique d'ailleurs la question : lorsque par exemple des caravaniers Lewyllen accompagnent des marchands remans, faut-il considérer la caravane comme "entièrement dirsen", distinguer les Emishen des étrangers ou les Lewyllen engagent-ils leur responsabilité de faire respecter le Hagad à leurs hôtes ?

le Prix du Sang

Quoique ce soit en théorie assez rare, il arrive pourtant que des Emishen en tuent ou en estropient d'autres en violation des lois de la guerre : même le Peuple du Vent n'est pas à l'abri d'un dérapage.
Pour éviter que ce genre situation ne tourne à la basse vengeance ou à une dégradation sociale aux conséquences imprévues, le Hagad prévoit un "prix du sang", c'est à dire une réparation accordée aux victimes, souvent morale et matérielle.
Le cas le plus exemplaire consiste pour le coupable à prendre soin de la victime et/ou de ceux qui dépendaient d'elle, parfois à perpétuité : ainsi, chez les Emishen, être condamné pour meurtre revient souvent à entrer au service de la famille du mort.

Lorsqu'il est matériel, le prix du sang correspond symboliquement à autant de chevaux qu'il n'en faut pour "porter" (ou soutenir/nourir) la famille de la victime.


  1. . C'est notamment pour cela que l'actuel conflit politique entre "bellicistes" et "pacifistes" est pour eux si difficile à vivre, parce qu'au delà d'un débat idéologique, c'est aussi un douloureux "drame social" et, souvent, un grand déchirement personnel : non seulement leur paradis est en train de voler en éclats, mais leurs amis chéris et leurs familles adorées se séparent brutalement pour des idées qui risquent de coûter la vie à nombre d'entre eux. Tout bien considéré, ils gèrent encore pas trop mal...
  2. . Mais les colons Dirsen ont évidemment fichu un boxon pas possible dans cet équilibre avec leurs exploitations intensives qui d'un côté réduisent considérablement les ressources traditionnelles des Emishen, mais d'un autre côté produisent beaucoup plus de cultures et de bétail : généralement, les Venteux sont assez circonspects sur le sujet, ne sachant pas trop comment ça va tourner pour eux mais ayant souvent l'impression de se faire niquer sur le commerce.
  3. La bienveillance de ce peuple a une fâcheuse tendance à s'arrêter à leur clan ou à leur tribu : on y reviendra...
  4. C'est vous dire l'exception dont bénéficie Kal Kirhan.
  5. Au passage, c'est "l'accord" conclu entre Alon Sorhan et Nevel Sholdanan lors de leur prise de bec aux Cascades : ils se sont déclarés ennemis et peuvent maintenant s'attaquer à vue.
  6. Ce qui est évidemment plus facile pour ces insulaires qui partagent déjà avec les Emishen l'égalité des sexes, le nomadisme, le goût des palabres et une notion relativement "clanique" de la propriété et de l'organisation sociale.