Esh'lelil

De Marches du Nord
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En Langue des Vents, Esh'lelil signifie «Ceux qui Chuchotent»...


Lorsque l'Empire s'est formé il y a deux générations, les Lewyllen de l'Aile de l'Orind ont été témoins de l'arrêt des petites luttes intestines et des premières conquêtes au sud (Horne) et à l'ouest (les petits royaumes Sylvains) et ont réalisé qu'avec la mer à l'est, la prochaine expansion se ferait sans doute plein nord, à leur détriment.

Il y a donc plus de 30 ans que leur tribu a pris conscience de la menace (mais aussi des bénéfices) que représentent les Dirsen et -étant tout de même des Emishen- ont d'abord tenté d'amortir le choc, de négocier, de temporiser... et de prévenir les cousins (à peu près en vain).
Lorsque la "colonisation douce" a soudain tourné à l'invasion militaire, ils sont devenus aux yeux de certaines tribus "ceux par qui le malheur arrive" (ou de vils collabo) et certains de leurs chefs et chamans ont pris un nouveau virage culturel : la stratégie de résistance. Là encore, les limites de leur mentalité et du Hagad les empêchaient de devenir de vrais tacticiens (ou même de produire des guerriers en masse), mais les Lewyllen de l'Orind avaient déjà le bagage intellectuel pour se mettre à l'espionnage, à la diplomatie et au sabotage.

Certains d'entre eux ont donc mis en place une espèce de réseau, d'abord informel puis de plus en plus structuré (notamment sous l'impulsion d'un de leurs chefs, le barde Tael Shannan), qui se livrent désormais à ce qu'ils nomment 'Esh'lelen Neldaren', « la guerre des murmures ». Celle-ci consiste non seulement à informer les Emishen "aptes à comprendre" de ce qui se trame un peu partout, à éduquer les autres sur les notions intellectuelles indispensables à leur survie (la première étant "Non, les gars, ça va plus marcher comme avant...") et à faire subtilement campagne pour le regroupement des tribus en une nation unie (c'est extrêmement laborieux), mais aussi à espionner activement les dirsen (notamment les très étranges Talendan) pour le compte des "résistants" de tous poiles (Rebelles, Kormes, Alon Sorhan... et même Kal Kirhan !) et à saboter joyeusement les efforts d'organisation des occupants.

Les "Esh'lelil", ces énigmatiques Chuchoteurs qui se livrent discrètement à cette guerre de l'information, ont notamment compris qu'au delà de la force martiale, c'était le quadrillage systématique du pays, la colonisation et les infrastructures qui étaient les plus dangereuses pour leur mode de vie. Et afin de rompre ce quadrillage, ils colportent jusque dans l'Empire d'horribles rumeurs sur les Kormes sanguinaires pour décourager les colons, envoient régulièrement les armées impériales à la chasse au dahu en signalant des rebelles partout sauf là où ils sont et détournent une part significative du commerce des chevaux (bilan, dans un pays plein de canassons occupés depuis 15 ans, les Emishen ont encore pratiquement une monture par personne et les Impériaux restent très majoritairement fantassins).
D'une certaine manière, on pourrait dire que les Lewyllen (et à plus forte raison les quelques 10% qui participent de près ou de loin à la "guerre des murmures") ont pris sur eux d'intégrer les notions moralement douteuses que leurs cousins refusent et dont leur nation a pourtant besoin pour survivre. Un choix qui les a un peu éloigné des autres tribus, et eux-mêmes ont tendance à restreindre leurs rapports "joyeusement fraternels" à des individus précis plutôt qu'à des clans entiers (mais ils ont un sacré carnet d'adresses), et ils commencent avoir des problèmes relationnels fréquents avec les clans ou tribus les plus "traditionalistes et belliqueux" comme les Oloden, les So'Sherkan et bien évidemment les Arkonnelkan...

Mais en étudiant la société impériale, les Chuchoteurs ont acquis une conscience très aigüe de ce que le principal danger des Remans svient de leurs préoccupations hiérarchiques : le fait que des gens qui ne se pointent jamais en personne puissent, à grande distance, décider des actions d'autrui sans avoir jamais à rendre eux-mêmes de comptes est d'abord assez invraisemblable pour des Lewyllen, et leur paraît ensuite d'autant plus menaçant que les décisions des "chefs" remans semblent toujours nuirent aux indigènes. Les Chuchoteurs qui ont sérieusement étudié le principe connaissent l'horrible vérité : il y a vraiment, au loin, un type mal intentionné (pourquoi toujours un homme, en plus ?) qui, d'un bout de parchemin idiot, peut faire plier et donc souvent contredire la parole donnée même par les Dirsen les plus sincères et les plus doux.

C'est d'abord une des raisons pour lesquelles les Lewyllen en général ont de bien meilleures relations avec les Kerdans, chez qui ça ne se produit (quasiment) jamais, mais c'est aussi un levier que les Chuchoteurs tentent actuellement d'apprendre à manipuler en observant les moyens de communications des Dirsen, pour voir s'ils pourraient court-circuiter leur système hiérarchique...