30) "L'Absent"

De Marches du Nord
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Huitaine croissante du mois des Chasses de l'an 37, à la recherche d'Andréas "Odran"

PROTAGONISTES


Le Prisonnier

arrivée à Aroche, négociation avec Oriane de Lorse (ivoire !), libération de Tharcem

A leur arrivée dans le port d'Aroche Dario et Herle découvre sur les quais un comité d'accueil, Danila Mélanoline et **** ont en effet de nombreuse nouvelles. Tharcem est toujours emprisonné mais surtout la date de l'éxécution a été choisie ... il reste peu de temps. Devant l'urgence de la situation Herle et Dario se rendent immédiatement au manoir des gardes lunes a pied Danila les accompagnent sur la route afin de les informer des nouveautés. Entre autre le capitaine Anvarel incapable d’arrêter la "chanson qui tue" serai sur la sellette. Alastor de Gardes-Lunes accueille nos deux héros et ne cache pas son inquiétude certes mais surtout son agacement concernant la situation (non mais quelle andouille l'entend t'ont grommeler notamment).

discussion dans les geôles


Dario propose de négocier avec Oriane de Lorse une livraison d'ivoire en échange de la libération de Tharcem. Les talendans on en effet récupéré de leur expédition dans le nord de l'ivoire. Les liam lon ont accepté de commercé des défenses déjà anciennes, parfois déjà à moitié sculptées, et d'autre simplement "collectée au dernier printemps"


No-Man's-Land

  • le groupe part en direction de Valmire et rencontre Brume-des-Loups
  • bivouac avec les Kormes
  • le relais incendié et les enfants dans le bac
  • Heymdal l'Émacié → duel avec Herle pour les épées
  • Tharcem, Dario, Gerlandh, Hottwald et le Molosse cpntinue leur route

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Le Duel

La nage dans l’eau froide et un enchaînement de préoccupations bassement pratiques avaient eu raison de la mauvaise humeur (et de la gueule de bois) d’Herle. Devant les enfants, il faisait même l’effort d’être agréable. Un demi sourire et une caresse sur les cheveux d’une gamine avait apparemment suffit à rassurer les orphelins.
Mais son humeur repartit au noir en posant le pied sur la berge. Au milieu de l’escadron de cavalerie se tenaient deux silhouettes bien connues : Heymdal "l'Émacié" et son Molosse. Heymdal se dirigea droit sur Herle dès que leurs regards se croisèrent. Alors que le défroqué se rhabillait, son lointain cousin lui demanda la faveur d’un entretien « privé ».

Herle et Heymdal se sont alors éloigné du gros de la troupe, non sans quelques regards inquiets de la part de Dario. Passé les politesses d’usages, réduites à leur plus simple expression, l’Emacié en vient directement au fait : il voulait l’épée d’Herle. Tout simplement.
Depuis leur première rencontre à Tal Endhil, les deux hommes savaient que leurs lames faisaient partie d’une même paire très ancienne. Si l’intérêt d’Heymdal avait déjà été piqué à l’époque, il n’avait pas montré de convoitise pour l’arme de son cadet. Sa demande était donc surprenante, et il prit le temps de l’expliquer devant l’air hostile d’Herle.
Sortant son glaive du fourreau, Heymdal montra à son cousin la fine couche de sang frais qui recouvrait la lame. Un sang rouge, luisant, comme venu d’un blessure fraîche. Le chasseur de sorcier expliqua alors que le sang était celui de Soashna - qu’il était resté frais depuis que le glaive avait tranché la tête de la sorcière. Aucun traitement n’avait pu en venir à bout. Plus grave aux yeux d’Heymdal, la malédiction tombée sur son épée lui avait fait perdre sa qualité première. En effet, il apprit à Herle que le glaive pouvait détecter les sorciers au loin. L’arme était ordinairement attirée par la sorcellerie, et il suffisait à son propriétaire de la placer sur une planche dans un baquet d’eau pour avoir une direction approximative à suivre. Mais depuis le combat dans les marécage du lac Deuxième, le glaive semblait ne vouloir indiquer que des directions fantaisistes... qui mettaient Heymdal sur les traces des Talendans. Dans ces conditions, impossible pour lui de remplir son contrat et de capturer ou d’exécuter le barde secret.
C’est pour cela que l’épée d’Herle lui devenait indispensable. Il lui fallait une arme fonctionnelle - et peut-être, grâce aux liens entre les deux lames, un moyen de lever la malédiction.
Herle compatit - mais ne céda pas. Heymdal abandonna vite la proposition d’achat pour des arguments moraux - sans succès. Il fit ensuite appel à l’héritage des comte de Rordame « que ceux-ci pourraient reprendre » - toujours sans succès.
Enfin, il passa aux menaces : révéler ce qu’il savait sur Andréas et faire émettre un avis de recherche dans la Marche des Lisières. Herle encaissa le coup mais resta impassible. Heymdal poussa alors plus loin en évoquant l’héritage de Mérane, le financement de l’ambassade et des activités de la fiancée d’Herle.

Celui-ci fut surpris. Ce n’était pas dans les manières de son cousin, pas dans son code, de s’en prendre ainsi à des « civils ». Il réalisa que toutes ces menaces, en fin de compte, n’étaient que des formules creuses pour amener Herle à ce que voulait Heymdal sans doute depuis le début : un duel.
Les gants du Défroqué fouettèrent le visage du vieux chasseur de sorcier. Impassible, il accepta le défi. Les deux hommes s’entendirent rapidement sur les conditions : un combat au premier sang, selon la tradition ondrène, sans témoin, dont l’enjeu serait l’affront fait à Mérane - mais dont la récompense serait les épées.
Le capitaine de l’escadron ne put qu’accepter le duel de mauvaise grâce. Il exigea cependant que deux de ses jeunes soldats, nobles eux-mêmes, assistent au combat. Dario d’un côté, Thorom de l’autre, protestèrent brièvement avant de céder à le demande des combattants. Les Talendans et Thorom partiraient sans attendre pour Valmire.
Une colline légèrement en surplomb du fleuve fut choisie pour le duel, où les adversaires tracèrent rapidement un cercle en fauchant l’herbe haute. Les deux jeunes cavaliers furent expédiés à quelques cinquante pas de là.

Heymdal et Herle se préparèrent. Le premier sortit ses deux lames, le second raffermit la prise sur son bouclier aux armes de Tal Endhil. Le duel commença. En vieux guerriers [chacun capable de miser 16 pions d’énergie + 4 pions de bonus dus aux armes], les deux hommes s’observèrent longuement en tournant, cherchant une faille, une indication. Herle avait déjà vu combattre Heymdal, un léger avantage. Mais celui-ci avait voulu le duel, l’avait anticipé. Chacun cherchait le défaut de l’autre sans parvenir. [Le premier round s’est limité à un duel d’observation, un jet attaque/défense pour obtenir des informations et ne pas en donner, qui n’a rien produit.]
Heymdal passa à l’attaque sans prévenir. Une rapide fente en avant réduit l’espace le séparant d’Herle. Mais ce dernier, plus jeune, le pris de vitesse. La grande épée bâtarde surgit de derrière le bouclier pour venir viser l’épaule de l’Emacié. Heymdal n’eut que le temps de remonter ses armes pour parer le coup de justesse, sans y parvenir tout à fait. Son cuir suffit néanmoins à lui éviter une première blessure.
[Herle a utilisé un pion en initiative, obtenant la priorité et obligeant Heymdal à répartir à nouveau sa mise. L’attaque est passée de 1 (après bonus d’arme et armure).]
Encore sous le choc de ce premier coup, Heymdal ne put se remettre en position à temps pour parer le deuxième. L’épée d’Herle entra lourdement dans sa cuisse, déchirant le cuir et la chair.
[La première attaque d’Herle (et la défense) ayant coûté tous ses pions à Heymdal, Herle a pu répartir ses 3 pions restants pour refaire une attaque sans que son adversaire ne puisse miser.]
Les deux hommes reculèrent. Encore en garde, Herle attendait la décision de son cousin. La coutume ondrène permet de poursuivre le duel à mort s’il le faut. Il espérait que ce ne serait pas la décision de l’Emacié. Ce dernier, appuyé sur sa jambe valide, les lames prêtes, semblait hésiter.

Un puissant soupir sortit de la bouche du chasseur de sorcière. Il était trop expérimenté pour ne pas savoir que la large blessure de sa cuisse ne lui laissait guère de chance face à un Herle indemne. Mais perdre ce duel, perdre son glaive, c’était échouer à mettre la main sur le barde secret. La mort ou le déshonneur, le dilemme était simple. Herle aurait juré que son cousin allait choisir de mourir sous sa lame. Il mit donc un instant à réagir quand Heymdal rengaina ses lames. Un simple regard de celui-ci le dissuada de lui porter secours.

Heymdal déboucla rapidement son ceinturon. Sans cérémonie, presque sans paroles, il remit le glaive et son fourreau à Herle. Refusant l’aide inquiète d’un des jeunes gens, il se hissa sur son cheval avec une grimace. Lentement, il mit sa monture sur la route d’Aroche.
Herle regarda son cousin s’éloigner. Il était presque triste en voyant la silhouette d’un homme aux épaules basses, que les années semblaient avoir rattrapé d’un coup. Le poids du glaive à sa ceinture, le soulagement d’être entier, la satisfaction d’avoir vaincu un des meilleurs épéistes de la région, d’avoir réalisé la demande de la Dame Blanche, tout cela semblait assez vain pour l’heure.

Avalant une grande gorgée de vin, Herle se hissa en selle. Poussant son cheval, trempé par la pluie, épuisé par le combat, il ne réussit pas à arriver à Valmire avant la tombée de la nuit.
Il lui fallut faire état de son grade et de sa mauvaise humeur pour entrer dans la ville. A peine la porte passée, Torom s’enquit de son maître. Impossible en revanche de mettre la main sur les Talendans. Epuisé, Herle ne chercha guère ses compagnons. Bien accueilli à la Tête du Roi, il s’écroula sur une paillasse.

Valmire

  • Aymeric et Louisette
  • Mardorahn
  • La chapelle

Runegard

Le village des fous

Brume-des-Loups rejoint les Talendans à la sortie de Valmire. Elle même a appris l’existence d’un village que les Kormes eux-mêmes évitent : un lieu étrange, peuplé de vieillards nus et agressifs, sans vraiment d’intérêt stratégique. Le voyage dans le no-man’s-land est rapide et sans histoire. Malgré l’absence des Kormes, partis pour l’Escarpe, personne ne se risque bien loin des remparts.

Une bonne demi-journée de cheval plus tard, la troupe arrive en vue du village de Runegard. Les Talendans mettent pied à terre sur une colline à l’orée de la forêt, à une bonne demie lieue des maisons. De là, il aurait l’air aussi abandonnée que d’autres. Les maisons semblent en partie en ruine, les champs et les labours sont en friche. Le soir tombant ne permet guère d’en voir plus. Une odeur putride est brièvement apportée par la brise. Guerland fait remarquer que des squelettes de petits animaux, des écureuils, des fouines, des belettes… mais surtout des chats sont disposés sur le sol et dans les arbres.

Dans le crépuscule, personne ne peut en revanche manquer le menhir et le feu de joie qui illumine le centre du village. Des ombres maladroites semblent danser autour, se coller les uns aux autres, traîner du combustible vers le brasier.

Bethana

Tharcem et Brume-des-Loups se glissent dans les champs abandonnés. Personne ne remarque leur approche. Tapis à proximité du feu, ils observent avec angoisse une orgie – mais pas une orgie joyeuse, une orgie sinistre. Les convives sont âgés, maladroits, affaiblis. Certains sont blessés, tous semblent obsédés par la nécessité d’alimenter le feu, de toucher le menhir et surtout de baiser.

Les deux éclaireurs, mal à l’aise, constatent rapidement que les maisons ont été vidées de leur contenu, de leurs portes, de leurs fenêtre. En bref, tout ce qui pouvait brûler a été utilisé pour maintenir le feu de joie aux pieds du menhir. Une seule maison n’a apparemment pas été touchée. En y entrant, Tharcem et Brume-des-Loups découvrent les restes d’un lupanar. L’odeur de stupre, de transpiration, les restes d’encens les prend à la gorge. Des tentures, des coussins, ou ce qui l’en reste, jonchent le sol. En dessous, des gravures profondes forment un dessin et des caractères étranges (plus tard, Herle les identifiera comme des lettres fenrhi). De l’argent a été coulé dans les gravures. D’autres glyphes marquent les seuils et les fenêtres.

Dans un coin, les éclaireurs repèrent une forme humaine. Une vieille femme semble s’acharner maladroitement à rallumer des bougies déjà bien consumées. Elle ne réagit pas à leur présence mais se débat dès que Tharcem pose la main sur elle. Le guerrier se rend rapidement compte qu’il ne pourra pas déplacer la femme sans la bâillonner et la ligoter. Couvert par Brume-des-Loups, il jette sa prisonnière sur son épaule, surpris par son poids si faible. Avec plus de questions que de réponses, les éclaireurs se replient dans la nuit.

Une nuit de révélations et de mystères

Rapidement réveillée, un peu nourrie et abreuvée, la vieille femme se met rapidement à parler aux Talendans. Son récit, incohérent, haché, terrifiant, fini par faire le tableau d’un village livré à un Maître.

A compléter

Conclusions et résolutions

A l’aube, les Talendans s’accordent sur une interprétation du récit de Bethana. Soashna, coincée dans le corps d’Andréas, cherche à en sortir mais ne dispose pas des connaissances nécessaires. Pendant des huitaines, à Runegard, elle a expérimenté le transfert des esprits entre les corps, se servant des convives comme cobayes. Malgré ses efforts, elle n’a pas trouvé de solution et a échoué plusieurs fois à se transférer dans Bethana. Vraisemblablement, son incapacité à comprendre les propriétés de la « boule » l’empêche de progresser. L’intimité forcée, la vénération des convives lui ont pesé de plus en plus avec le temps. Quand sa favorite n’a rien trouvé de mieux que de s’arracher les yeux, rendant son corps inutilisable sans le vouloir, Soashna a abandonné le village à son sort.

Elle devrait se mettre à la recherche des connaissances qui lui manquent. Dans la région, il n’y a guère de spécialistes ou de bibliothèques qui pourraient la renseigner : Aroche, l’abbaye d’Hellerune et la Bibliothèque impériale de Salviane. Pour les Talendans, Aroche parait peu probable, la sorcière y ayant trop d’ennemis. Reste Salviane, qui suppose de passer par le Pont-aux-Ours, à une journée de cheval, ou Hellerune, qui suppose de revenir à Valmire.
Tharcem et Brume-des-Loups montent en selle, espérant trouver des traces à quelques heures de cheval. L’un comme l’autre paraissent soulagés de quitter les environs du village.
Les reste de la troupe se résout à approcher les « convives » abandonnés. D’un commun accord, les laisser à leur rituel n’a pas paru possible – ni même les passer au fil de l’épée pour abréger leurs souffrances. Dario, à force d’effort, réussit à convaincre Bethane que le Maître l’attendrait à Valmire. Il entre dans le village avec elle, rassemble les fous, en emmène certains à la rivière pour les décrasser.
De son côté, Herle s’éloigne du village pour interpeller les guetteurs kormes. Après quelques hésitations sur la légitimité du dialogue, quelques remarques sur le Hagad et les lances de défis, ceux-ci acceptent de confier une barque à Herle. A son retour, il retrouve Dario et les mercenaires qui fabriquent des travois. Au bout de plusieurs heures d’effort, les Talendans disposent de moyens de transports pour une partie des victimes de Soashna.

Tharcem et Brume-des-Loups ne trouvent aucune trace à l’embarcadère. Les Kormes sont passés par là et il n’y a pas âme qui vive pour les renseigner. Peu motivés à l’idée de s’occuper des fous, ils décident de pousser jusqu’au Pont-aux-Ours. La nuit approche quand ils en voient les lumières.
A Runegard, un lent convoi s’ébranle vers Valmire. Le rythme est terriblement lent. Herle et Dario regardent avec inquiétude la nuit tombé alors que moins de la moitié du trajet a été couvert.

Vers Salviane

  • renseignements pris auprès des Bouvier (mort du trafiquant de pavot)
  • l'attaque des Kormes, départ de Corwald de Tharguel
  • sur la Route Jaune, mouvements de troupes
  • arrivée à Salviane → sergent Fredegast, visite à l'Abbaye d'Emen, Humbold le Burin, dîner au Jardin des banquets
  • rencontre à la taverne du Bélier, arrivée de Sigrell, combat, fuite vers l'abbaye
  • avis de recherche, l'anonymoine et Bramire Melangoline

La Ruche des Bourgeons Parfumés

  • admission, rencontre avec Rajesh


La proposition

Désireuse de « libérer » Soashna dans un corps féminin à sa convenance, la matriarche Sariégushni propose aux Talendans de « rendre » les deux moitiés d'Andréas, soit son corps et son esprit toujours enfermé dans la sphère d'airain qu'il employait auparavant (très imprudemment) pour sa propre magie, en échange du corps d'une jeune salvienne : la fille adolescente mais tristement démente d'un noble ondrène, actuellement détenue/traitée à grand frais à l'hospice de l'abbaye d'Emen. Rajesh rappelle l'argument moral de la Matriarche : les Talendans ont trahi et détruit le corps de sa fille, il leur revient donc de réparer les torts causés en lui fournissant une nouvelle enveloppe charnelle.

Une après-midi torride

Tharcem passe une après-midi autrement plus "chaude" : envoyé prendre un bain parfumé sous la surveillance de deux assassins, il commence à réaliser que la petite alchimiste a prévu de faire de lui son quatre-heures érotique. Il découvre rapidement que Mlle Soaranya n'a pas à se soucier de virginité : c'est manifestement déjà du passé. Ça ne l'empêche pas de s'amuser de multiples manières, y compris un certain nombre de jeux dont le brave ondrène n'avait jamais entendu parler, et de manifester un goût évident pour la domination et même un peu de sadisme. D'ailleurs, quand l'ardeur du chevalier faiblit, la demoiselle emploie différentes potions et un certain anneau d'ivoire pour y palier.

L'enlèvement

La mort dans l’âme, les Talendans finissent par accepter le marché. Ils sont libérés de la chambre froide, escorté sur plusieurs escaliers et réunis avec Tharcem dans une petite pièce meublées d'une table, quelques tabourets, 6 lits superposés (tous trop courts pour quiconque à par Hottwald) et un braséro autour duquel les "frigorifiés" se serrent immédiatement. Deux fenestrons, à peine aussi grands que des livres, y laissent entrer la lumière grisâtre de la fin d'après-midi.
Désormais, ils peuvent quitter la Ruche, profiter des ressources de celle-ci (déplacement dans les égouts, traversée clandestine de l’Ocrine). Ils apprennent surtout l’identité de la « cible » : Elianor de Salviane, propre petite-fille du Comte Berinor. Âgée de 16 ans, ravissante, destinée à hériter un jour de vastes terres à Lycène comme dans le (nouveau) comté des Lisières, elle devait épouser un certain Elsar d'Elorsame... jusqu'à ce que, l'année dernière, ses futurs beaux-parents réalisent qu'elle était complètement folle. Le retour imminent de Berinor dans sa cité risquant d’accroître la pression sur les fugitifs, il est urgent d’agir pour capturer Elianor et la livrer aux Fehnri dans un collecteur d'égout. La demande d’audience auprès des Eibradon a été transmise, mais Rajesh est assez pessimiste.
L’enlèvement est organisé avec célérité. Les Talendans profitent des nombreux renseignements sur l’abbaye fournis par Abradem pour agir. [A compléter]

Le village caché

Une réception plus chaleureuse que prévue

[A compléter]

La réception des Talendans est rapidement étonnamment amicale. Le village caché semble appliquer davantage l’accueil bonhomme des Emishen que la méfiance séculaire des fenhri. Sahishwarya ne peut empêcher la curiosité des habitants du village de transformer le repas en une sorte de grand banquet collectif. Les arrivants sont assaillis d’un feu roulant de questions sur eux-mêmes et l’extérieur. Plus tard dans la soirée, alors que la plupart des villageois ont été renvoyés chez eux par la matriarche, elle explique plus calmement le fonctionnement de sa famille, et du village caché.
Elle est inquiète du rituel envisagée, une innovation toujours risquée. Elle doit le mener avec sa mère, le vieux chaman Écume-des-Torrents, une sorcière prénommée Ahijit (qui travaille actuellement à traduire le grimoire hornois) et Soashna elle-même. Elle explique qu’elle doit s'occuper du "cercle", plus particulièrement d'en configurer les parties mobiles ajoutées par les Fehnri depuis sa reconstruction (!) et d'établir le "tempo" nécessaire au rituel (!?) : elle compte mener de nouveaux essais dès le lendemain et, avec un peu de chance, toute l'opération sera prête d'ici deux ou trois jours. Herle réalise alors qu'il n'y a donc aucune chance pour qu'il rentre à Aroche à temps pour son propre mariage.
La soirée prend fin quand les Talendans sont conviés à rencontrer les Anciens. Autant la vieille Sariégushni semble parfaitement savoir qui sont Dario, Herle et Tharcem (au sujet duquel Brume-des-Loups tiens à préciser qu'il a sauvé "un Fehnri honnête"), autant le chaman Écume-des-Torrents écoute attentivement les présentations puis remarque, avec un sourire enthousiaste, que Herle est donc "le fameux Guerrier de la Dame Blanche" et Frère Abradem un de ses "Scribes". Il explique après quelques questions que la Dame Blanche lui est apparue en rêve pour lui annoncer de préparer ses Eibradon car l'heure du soulèvement approche... et le prévenir qu'elle recherchait son "Héraut" perdu.
Les révélations du chaman prennent aussi bien Sahishwarya que les autres présents de court. Tout le monde essaye de faire coller la nouvelle avec ce qu’il comprend des circonstances. Les Eibradon mélangés de Fenrhi s’interrogent sur leurs devoirs. Abradem peine à relier son savoir livresque avec une insurrection armée. Dario jette un regard noir à Herle qui parait le seul à trouver cela normal. Le chevalier tente, sans grand succès, d’apaiser la discussion avant que Sahishwarya ne vire tout le monde de la hutte.

Intermède villageois

Les Talendans sont provisoirement hébergés chez la mathématicienne en attendant le rituel. S’ils sont libres, il ne peuvent pas quitter le ravin et les locaux gardent un œil sur eux, plus par curiosité que par méfiance.
Dario, Herle et Tharcem obtienne un bref rendez-vous avec Soashna, qui semble avoir bien du mal à conserver sa conscience longtemps. Elle est logée à l’infirmerie du village et tente de dicter, tant bien que mal, ses découvertes sur la Sphère des Anciens et le rituel de « recorporation ».
La rencontre est courte. Avec l’aide du sicaire Shunjapaht, Soashna parvient à préciser qu’Andréas est vivant, prisonnier de la sphère et en compagnie de son « tigre » onirique. Elle s’effondre avant de pouvoir donner davantage de précisions.

Verbatim de la conversation avec Soashna


Dans la pénombre où s'accroche l'odeur du charbon, de la transpiration et des herbes, la sorcière ouvre les yeux au bruit que font Herle et Dario en s'agenouillant. Le corps d’Andréas apparaît terriblement amaigri, luisant de sueur et les paupières profondément cernées. Ses cheveux blonds sont aujourd'hui mêlés de blanc et sa peau s'est ridée comme s'il avait vieilli de dix ans durant les deux derniers mois. Son regard erre un moment sur le plafond rocheux, les étagères taillées dans la pierre au pied du lit, et finit par se fixer sur le Lorunois.

Ses sourcils se froncent, ses pupilles se contractent et un rictus naît aux coins de sa bouche : cela suffit pour que Herle y reconnaisse l'ironie mordante de Soashna. Elle gémit quelque chose que le chevalier ne comprend pas, remue sous ses fourrures pour en dégager une main, répète et, quand Herle penche finalement l'oreille vers elle, la sorcière désigne un sac de cuir particulièrement arrondi sur l'étagère la plus proche : « Il est là, précise-t-elle dans un murmure. Captif mais...vivant... ».
Elle fait mine de se redresser mais échoue et Dario, le plus proche de la paroi rocheuse, a finalement le réflexe d'attraper la lourde sacoche pour en sortir la Sphère d'airain. « Cette... saloperie » commente la sorcière avec une grimace.
Le sicaire Shunjapaht fronce les sourcils, dévisage Herle, Dario puis Soashna elle-même avec un air à la fois désapprobateur et inquiet. Mais, face au regard douloureux de la sorcière, il se décide à expliquer :

« Soashna possède une espèce de rêve... heu... disons une sorte de jardin orinique, mais avec un tigre... (Il soupire.) Un tigre c'est un gros fauve, comme... heu... un lion des montagnes, à peu près. Mais là, c'est un tigre orinique, hein, pis apprivoisé, 'videmment... qui protège le jardin, quoi. Et la Maîtresse peut... enfin, elle pouvait se réfugier si on attaquait... ben, son esprit, quoi. C'est une technique de sorcière, hein.
Quand vous l'avez tuée, elle a été... disons... aspirée dans la boule, là, et... ah oui : y avait déjà un sorcier blême dedans. Comme un fantôme, quoi. Mais... heu... (Il regarde Soashna, qui approuve de la tête.)... La Maîtresse a réussi à... disons "ouvrir son rêve" et... ben le tigre a bouffé le fantôme du Blême, en fait. Et quand la Maîtresse a compris qu'elle était prisonnière de la boule, elle a utilisé l'essence du gars pour renforcer son rêve... parce que...
(Il attrape ses notes, les parcourt brièvement.)
Ah oui parce que... bon, la boule, là, c'est une espèce de... de piège à esprits, voilà : c'est fait pour capturer les âmes... donc bon les fantômes, les rêves, les totems, tout ça... La boule peut aussi faire... heu... des autres trucs, quoi, comme... "amplifier la portée des sortilèges" (lit-il), entre autres. Mais donc, normalement, la sorcière qui se fait piéger, elle est... ben comme coincée, quoi, ou endormie... sauf si elle arrive à se protéger... avec le rêve du jardin et du tigre, voilà !

_An... Andréas, relance la sorcière d'une voix faible.
_Ah oui, merde, pardon... Alors, la Maîtresse était prisonnière de la boule, mais pas vraiment coincée grâce à son jardin, donc... Et quand votre pote, là, il a chargé la boule d'essence... Ah oui, j'ai pas expliqué l'essence. Alors l'essence, hé ben... c'est de l'énergie de sorcellerie, en fait. Et tout le monde en a, mais y a que les sorcières... bon et les sorciers, hein, qui savent comment l'utiliser. Et les esprits aussi, comme le totem des Eibradon, le tigre, les démons tout ça. Voilà.
Donc... heu, oui : votre pote il a mis de l'essence dans la boule sans savoir que la Maîtresse était déjà bien installée dedans... alors elle a voulu l'aspirée lui aussi, pour le forcer à la libérer. Mais... et alors là on sait pas trop comment, hein... Et ben elle s'est retrouvée dans son corps à lui et lui ben, dans la boule, à l'intérieur du jardin.
(Il se tourne à nouveau vers la patiente) C'est bien ça ?
_L'observer...
_Ah oui, pardon ! Alors, lui, bon, ben il est coincé, mais avec le tigre, hein, et le tigre tient la Maîtresse au courant de... Enfin, le tigre dit que votre pote va bien, quoi. »

La préparation du rituel dure toute la journée et toute la nuit. La tension est palpable, la plupart des Eibradon et Fehnri du village caché semblant s'être rassemblés au cercle surplombant la faille. Les Talendans n’y sont pas conviés et restent seuls. Par des éclats de voix, ils comprennent que nombre d’Eibradon désapprouvent le projet. Pour certains parmi les anciens, le rituel revient ni plus ni moins à commettre un meurtre : la jeune Elianor est certes folle, mais ne mérite pas un tel sort.

Le rituel

Quand le jour fût levé et que des centaines de personnes gagnent les hauteurs par les corniches courant tout le long du ravin, un certain nombre d'Eibradon restent en arrière, discutant sous les porches d'un ton vif ou rentrant chez eux plutôt que de participer au rituel. Les Talendans restent à nouveau enfermés pour ne pas exacerber la tension.

Du salon troglodyte de Sahishwarya, ils entendent progressivement des chants et le battement des tambours s'élever du cercle. D'abord lent, le rythme s'accélére pendant un moment puis retrouve sa cadence d'origine pendant quelques minutes, repartant de plus belle accompagné par le crescendo des voix qui finissent par retomber à leur tour, remonter, refluer...
La cérémonie semble durer depuis des heures lorsqu'un grand craquement résonne à travers tout le ravin. Le bassin thermal avait gelé jusqu'à ce que le courant projette une large plaque de glace dans le ravin. Herle et Dario avaient déjà assisté au brusque refroidissement que provoquait parfois la sorcellerie, mais c'était la première fois qu'ils en voyaient une manifestation aussi spectaculaire.

Peu de temps après, la foule commence à redescendre du cercle mégalithique, manifestement éprouvées. Est finalement apparue une adolescente blonde, emmitouflée dans d'épaisses fourrures et trébuchant comme un poulain nouveau né mais repoussant sans cesse les bras tendus d'une demi-douzaine de Sicaires manifestement inquiets. Derrière elle, venait des civières.
Elianor de Salviane, échevelée, perdant peu à peu ses fourrures, traverse alors la dernière passerelle de bois d'un pas aussi maladroit que décidé, toujours entourée par les guerriers fehnri aux mines confuses. Elle prend appui sur un garde-corps pour franchir les derniers mètres qui la séparent des Talendans et tombe littéralement dans les bras de Dario. « Je suis libre ! » lâche-t-elle en souriant largement. Et s'accrochant au manteau de Herle, elle ajoute : « Et votre ami est... Elle s'interrompit d'un bref rire : il est complet. ». Du menton, elle désigne vaguement les quatre ou cinq civières portées par le cortège avant de s’évanouir, rattrapée de justesse par le Kerdan.

Herle fend le groupe des sicaires pour se ruer vers le brancard d’Andréas. Il a juste le temps de vérifier que son ami respire faiblement.

Dernières discussions

Une ambiance morose et automnale semble s’être posée sur le village après le rituel.
Le lendemain, peu après le déjeuner, Soashna vient officiellement restituer la Sphère des Anciens. Elianor la démente est désormais tout à fait rayonnante, la sorcière a l’air ravie. Peu concentrée, ne tenant pas en place, il faut les remarques de sa demi-sœur pour qu’elle consente à quelques allusions à ses projets d’avenir. Après beaucoup d’insistance, elle consent à ausculter Andréas, très brièvement, avant de déclarer joyeusement qu'il allait bien et se réveillerait sous peu.

Le chroniqueur ne se réveille finalement que le lendemain soir, après un long sommeil fiévreux veillé par ses compagnons. Poussant un hurlement affreux, puissant et inhumain, Andréas se débat comme un chat quand face à ceux qui veulent l’aider et se réfugie dans un coin de la chambre en gémissant. Ses compagnons le rendorment aussitôt à grand renfort de lait de pavot, alors que la Matriarche leur explique d'un ton cassant que les Fehnri avaient rempli leur part du contrat : ils s'étaient évertué à remettre l'esprit d'Andrés dans son corps et y étaient parvenus au prix d'efforts colossaux, mais ils n'étaient pas responsables de l'état de cet esprit.
À l'aube, Herle retrouve son ami roulé en boule et tremblant sous les couvertures, poisseux de sueurs froides et d'urine. Quand le templier tente de lui adresser la parole, le rescapé bondit contre le mur en hurlant à nouveau, cognant la paroi rocheuse de ses poings et la griffant de ses ongles. Mais, alors que Herle essaye de le maîtriser pour l'empêcher de se blesser d'avantage, Andréas semble finalement le reconnaître et, s'accrochant soudain à son ami avec une force insoupçonnée, il fond en larmes. A travers les sanglot, le chevalier l’entend répéter comme pour se bercer "le tigre... le tigre... le tigre... le tigre... le tigre... le tigre...".

La porte refermée sur la chambre, il faut désormais décider de la suite. La Matriarche a déjà prévu une escorte vers Salviane pour évacuer les Talendans et Elianor et ne semble pas prête à retarder le départ.

Une trêve, enfin ?

Dario se hâte d’obtenir un entretien, seul à seule, avec la nouvelle Soashna. Cette fois, la sorcière semble bien moins joyeuse, presque pensive.

« Il va se remettre, dit-elle un peu platement en Langue des Pères... Il a passé plusieurs mois prisonnier de la sphère : c'est... éprouvant. C'est un cul de basse-fosse, une oubliette étouffante qui n'a pas de parois tangibles, mais pas non plus d'issue. Les mois y durent des années. On y est pas exactement mort, mais pas vivant non plus et pourtant conscient. En tous cas conscient d'être séquestrée, pas exactement écrasée mais... à l'étroit, entravée... impuissante.
C'est difficile à expliquer. Presque tout ce que vous avez vécu vit, tout ce que vous percevez d'ordinaire, vous le sentez par ou dans votre corps. Même cette explication ne vous arrive pas qu'en mots : il y a du son, il y a une pièce, j'ai la voix d'Elianor et vous avez vos oreilles. Être privée de corps est une forme de souffrance, mais justement pas une souffrance qu'on puisse décrire...
D'ailleurs, ce fût certainement différent... pire pour Andréas. Car, si j'ai pu déployer mon jardin et donc m'y installer un peu dans cette oubliette, lui y était enfermé avec un esprit-gardien : je pouvais empêcher le tigre de le détruire, mais pas vraiment de le poursuivre ou de le menacer, parce que... hé bien c'est la nature du gardien : il chasse. Et il s'est montré d'autant plus joueur... plus cruel parce qu'il était lui aussi prisonnier, et que sa proie était sa seule distraction.
Disons-le ainsi : votre ami vient de passer plusieurs années enfermé dans une cage étroite avec un fauve. Il va donc lui falloir un moment pour reprendre pied à l'extérieur, et que sa terreur se dissipe. »

Elle termine sa coupe de vin et se tourne pour regarder Dario droit dans les yeux :
« Il va s'en sortir, mais je ne sais pas combien de temps ça prendra et, surtout, ne vous imaginez pas qu'il en ressortira tel qu'il était avant. D'ici quelques temps, il devrait retrouver ses esprits, mais sans doute jamais entièrement.
C'est bien pour ça que les Remans jettent les fauteurs de troubles au cachot, alors que Fehn, les Kerdans et les Emishen préfèrent les exiler : parce que l'enfermement brise les gens. Rompre leur personnalité est son principal effet, sa véritable fonction.
Et si certains y résistent mieux que d'autres (dit-elle avec un air de défi), croyez-en mon expérience : cette saleté de sphère est le cachot le plus efficace que j'ai jamais visité. Je ne sais pas qui a fabriqué ce piège, ni à quoi il pouvait bien servir, mais il est pire que les geôles de Rhilder... »

Pendant que Dario restait silencieux, Elianor a recommencé à frotter la cicatrice sur son avant-bras. Elle s'en aperçoit et s'arrête, puis relève les yeux vers le questor et demande carrément :
« C'est bien pour cette pourriture de Primat que Durgaut m'a fait tuée, non ? Alors que je venais de vous aider dans votre enquête sur le meurtre du marchand d'icônes, tsss... (Le bruit d'une averse contre la fenêtre attire à nouveau son regard.) J'avais à peine fini de meubler ma demeure. Ma toute première maison, rien qu'à moi. Un matin, alors que je plantais de la sauge dans mon jardinet, un ouvrier du chantier m'a vu en passant avec sa bêche sur l'épaule et il m'a demandé si je voulais de l'aide. Je n'en avais pas besoin, évidemment, mais je me suis dit que je pourrais peut-être vraiment m'installer, dans votre bled de cinglés... »

Soudain, elle est prise d'un gloussement et roule des yeux comme la jeune fille dont elle a pris le visage : « J'ai même entendu dire que le petit Adira avait obtenu la charge de Sénéchal des Mines... (Elle rit à nouveau.) Vous ne vous en rendez sans doute pas compte, mais le plus incroyable chez ce garçon, c'est qu'il est tellement invraisemblable, tellement persuadé d'être des vôtres que presque plus personne ne s'attarde à la couleur de sa peau.
Enfin... J'ai réglé ce problème autrement. »
Elle lui remet un courrier pour Adira, puis se fait resservir du vin par un sicaire et, après en avoir bu une longue gorgée dit à Dario: « Maintenant, parlez-moi de cette famille de Salviane, et de mon fiancé..

Invocation

Abradem et Herle décident de faire appel à la Dame Blanche pour soigner Andréas et le sortir de son traumatisme. Les Eibradon autorisent volontiers l’utilisation de leur cercle, désormais déchargé. Les quelques volontaires montent les marches en direction du sommet, transportant un Andréas assoupi par le lait de pavot.

Abradem s’accroupi sur une plateforme de rondins, ancrée au milieu du bassin par des cordages attachés aux mégalithes, dressés hors des eaux chaudes. Malgré les sapins alentours, la vapeur montant de l'étang est aussitôt dispersée par la brise fraîche qui balayait le plateau depuis le nord, porteuse d'une fine pluie glaçante.
Par une passerelle de bois, ondulant sur les flots fumant, le groupe rejoint le moine éclairé par sa lourde lanterne vitrée, et le brancard est étendu à côté de lui, les pieds d'Andréas pointés vers la silhouette de cire manifestement féminine, haute d'au moins deux coudées, que le Consignant avait élevée depuis le bouclier du Lorunois.

La plateforme se mit à grincer dans ses amarres pendant qu'Abradem précise les détails de sa sculpture au calame. Il demande aux autres d'entonner le Chant de Délivrance, que Herle avait d'abord connu sous le nom de "Chanson qui Tue" et dont le moine lui avait transcrit les paroles : elles occupaient les deux faces d'un long vélin de plus en plus tâché de pluie. Le chant s’élève difficilement : le vélin menace constamment de s'envoler dans la brise, Trèfle ne maîtrise vraiment que le refrain, Hottwald ânonne maladroitement et tous sont de plus en plus transis d'humidité. Andréas, lui, continue de trembler dans ses entraves, gémissant parfois en interrompant les chanteurs.
Mais le moine insiste pour qu'ils reprennent pendant qu'il continue de sculpter et, parce que le Lorunois aux mains serrées sur ses épées et la Barantanen consciencieuse y mettent manifestement du cœur, les deux autres font de leur mieux.
La lumière de la lanterne décline et ils recommençent le chant pour la troisième fois, désormais presque à l'unisson, lorsqu'un frisson glacé parcourt les officiants. « Continuez ! insiste Abradem, en rythme ! » Herle se dit qu'ils chantaient plus fort mais certainement pas mieux, bien qu'ils aient tous commencé à se balancer d'avant en arrière, pour marquer le tempo autant que pour lutter contre la brise. Et pourtant, en tentant de déchiffrer son parchemin, il remarque que les vacillements de la lanterne semblent s'être synchronisés à la cadence des chanteurs, alors même que le givre recouvre peu à peu les rondins mal équarris de la plateforme, oscillant maintenant au rythme de ses passagers agenouillés.

Soudain, un grand craquement, une grande éclaboussure qui projette une eau à peine tiède et aussitôt refroidie dans le dos du Lorunois, aspergeant la lanterne qui s'éteint tout à fait : une des amarres gelées vient de casser comme une branchette, et la plateforme d'avancer peu à peu dans le lent courant précédant la cascade. Quand un second cordage commence à grincer, tout le monde se précipite pour saisir le brancard et évacuer la plateforme, Abradem soulevant maladroitement le grand bouclier pour emporter son œuvre.
L'herbe givrée de la berge crisse sous leurs pieds et, dans l'obscurité, ils se comptent . « Par les Pères ! » couine le moine en dérapant, suivit par un inquiétant bruit de chute. Brume-des-Loups allume en hâte une torche pour que tous puissent constater que la statue de cire s'était brisée.
« Merde, commente Hottwald.
_On a fait tout ça pour rien, demande Trèfle ?
_J'étais pourtant certain... commence le moine.
_J'ai... froid. » murmure le chroniqueur.
Il a les yeux ouverts, quoique cernés et clignant comme au réveil d'une mauvaise gueule de bois. Emmailloté comme un nouveau-né sur la civière, il regarde autour de lui d'un air à peine plus hagard que la situation ne le justifie. « Andréas, s'enquit le chevalier, tu es... heu... tu vas bien ?
_Non : j'ai froid... j'ai mal au crâne... faim... et j'voudrais bien savoir pourquoi j'suis attaché. Pis... qui sont ces gens... Où est-ce qu'on est ? Putain... il neige ? »

Retour à Aroche

Andréas enfin remis, enfin, à peu près, il est temps de repartir. Plusieurs embarcations quittent le village caché, emportant les Talendans d’un côté et la nouvelle « Elianor » de l’autre. Entre les vigoureux rameurs et le courant qui forcit de la rivière secrète (que les Eibradon appellent "Ælaghan Ge'hil") vers le Carmin puis l'Ocrine, la flottille arrive en vue de Salviane un peu avant l'aurore. Accostant à une demi-lieu en amont des faubourgs, Elianor et son escorte emishen prennent congé.
Les Talendans sont poussés vers la cale de la barge, dans un double-fond qui est ensuite inondé pour leur permettre de rejoindre la Ruche à la nage. Il y a que quelques brasses à nager entre la barge et la plus proche bouche d'égout, mais Shunjapaht et Herle doivent aider Andréas à les franchir sans se noyer avant de traverser une grille aux barreaux proprement sciés pour émerger dans l'ordure, le fiel de tannerie et les eaux usées de tout le quartier de la Marne, qui ont l'unique mérite d'être moins glacés que le lit de la rivière. Dans le souterrain, un autre Nocturne les guide dans un remarquable silence jusque à une autre grille, apparemment scellée dans la maçonnerie mais qui pivote pourtant sans même grincer : encore quelques mètres à patauger, une volée de marches souillées et ils atteignent finalement une large cave bien sèche, où les attend Rajesh, quelques autres sicaires, du savon et des baquets d'eau chaude pour se nettoyer.
L’étape n’est que de courte durée. Le temps d’échanger avec la Matriarche, de saluer Abradem qui doit retourner à ses obligations.

Une nouvelle barge "à double-fond", plus grande que la précédente, quitte le port de Salviane chargée de matériaux de construction (bois, clous, chevilles, blocs de craie, outils...) et, une fois à bonne distance de la cité, les Fehnri tendent leur voile verte dans le vent froid, puis permettent aux Talendans de sortir de leur cachette pour monter brièvement sur le pont et se laver à nouveau, pendant qu'on lessive le compartiment secret. Le lendemain soir, Herle, Tharcem, Dario, Hottwald et Andréas réintègrent la cache lorsque la barge s'amarre parmi de nombreuses autres le long d'un quai de bois temporaire, éclairé aux flambeaux, en bordure des marais de Valmire.
La barge s'engage toutes voiles dehors sur l'immense estuaire du Dramguil pour son dernier trajet, qui se révèle d'avantage une traversée maritime qu'une navigation fluviale : la houle est forte, la marée est tangible, les vagues et les embruns éclaboussent le pont...
En fin de journée lorsque le navire s'approche du quai où l'on remarque encore les traces d'incendie de l'été précédent, il n'y a pas que des porte-faix fehnri à attendre sur le quai : le capitaine Remlin Anvarel et quelques hommes du guet y font face à Mérane, Vasco Sotorine, Alastor de Garde-Lunes et une douzaine de solides guerriers ondrènes... dans de grands tabards noir et bleu !?

Alors qu'on lance les amarres, Herle réalise que le kerdan à moustaches cirés dans ses vêtements voyants aux côtés de sa promise n'est pas Vasco Sotorine, mais un mercenaire plus jeune que le Lorunois avait lui-même embauché à Solerane : un certain Malco Torodine, bretteur et joueur de vièle, qu'il avait pourtant laissé à Tal Endhil.
Malgré les grognards en tabards talendans qui l'accompagnent et sont plus nombreux que ses propres hommes, le capitaine Anvarel, dans sa grande cape noir et blanc, n'a pas l'air très inquiet. Il secoue la tête dans une parodie de désapprobation et annonce par-dessus le bastingage qui s'approche : "Je suis désolé de me mêler de vos retrouvailles, mais il paraît que vous êtes recherchés à Salviane pour trahison, meurtre d'un orfèvre et peut-être même d'un enlèvement. Alors le commandant Dorvas m'a demandé de venir vous chercher : avant de décider s'il viendra à votre mariage, il voudrait une explication..."



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