22) "Les Enfants Perdus"

De Marches du Nord
Version du 5 septembre 2018 à 16:05 par Sebastien (discuter | contributions)

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Prologue : Recrutement

Carte-Aconit.jpg

Dans la nuit de Kered croissant des Fenaisons (avant-dernier jour de la Huitaine 11), le sergent Herle de Lorune a urgemment besoin de former une équipe discrète, rapide et qui connaisse bien la région pour une petite expédition en montagnes. Il ne trouve pas grand-monde d'encore éveillé à cette heure avancée de la nu... du très long crépuscule qui éclaire (vaguement) la période de Nuits Blanches et ses options sont drastiquement limitées par le peu de gens fiables et disponibles au village en cette fin de huitaine...

Après avoir cavalé dans les ruelles de Tal Endhil pour trouver des volontaires à peu près compétents, avoir juré dans sa barbe un bon nombre de fois après Dario Celsine et l'oncle Bart' ("Ces feignasses de Kerdans, jamais là quand on a besoin d'eux ! 'Pi les Venteux, c'est pas mieux, l'es où Maliam ?"), Herle arbore un air fatigué et bougon en rassemblant autour de lui ses recrues.
En faisant valoir, à voix basse, qu'il s'agit de sauver de pauvres petits enfants-esclaves menacés par un sort funeste aux mains de vilains comploteurs, il finalement réussit à réunir :


Briefing

Herle s'assoit sur une caisse qui traîne par là, ses compagnes font de même et le conciliabule commence à voix basse. Le sergent gribouille vaguement une carte des environs dans la poussière :
"Bon, écoutez bien, parce qu'on a pas des masses de temps devant nous alors je ne vais pas me répéter. Le Capitaine a eu des infos qu'il considère fiables sur une vilaine magouille destinée à faire foirer la visite du Primat et à relancer la guerre.
Un certain Isias, vraisemblablement un truand sans morale qui émarge chez Rhilder, a profité du convoi venu de Darverane pour faire passer en douce deux gamins emishen achetés comme esclaves quelque part au sud. Avec un autre type, Engord, ils ont planqués les mômes dans des tonneaux, mis le tout sur un charrette et ont suivi le convoi sans encombre.
La source du Capitaine nous a expliqué que le but de la manœuvre était de buter les gamins dans les environs et de faire porter le chapeau aux templiers : les gamins ont encore leurs tresses sociales, Isias leur a trouvé des habits et des bijoux en bon état pour que personne ne se doute que ce sont des esclaves. Il a aussi mis la main sur un tabard du Temple qu'il laissera sans doute comme "preuve" après le meurtre.
Bref, faut trouver ce salopard et son acolyte, leur casser la tête et surtout récupérer les gamins en bon état. Vu le plan supposé, les mômes sont encore en vie pour quelques jours - le meurtre est sûrement prévu pendant la visite du Primat.
Évidemment, la source ne sait pas où est leur planque. Elle a juste pu donner une série d'indications dont je vous passe les détails. Pour faire court, entre les infos, en particulier une histoire d'aconit, et ce qu'a pu me dire Frère Daverom il y a une heure, il y a des chances que les tueurs soient quelque part à mi-chemin de la Mine Bénie et du Cercle des Cascades, pas trop loin de la route. Nous allons foncer là-bas et de chercher un coin avec de l'armoise et de l'aconit."

Herle pointe un endroit dans la poussière, ça doit être clair pour lui (cela correspond à la croix la plus à l'ouest, un peu au nord-est de la Mine Bénie et du Cercle des Cascades) :

"On part le plus vite possible, alors il faut se décider. On a deux possibilité : soit le Capitaine réquisitionne quatre chevaux et on cavale là-bas par la route, soit on trouve une embarcation rapide et on y va par le lac et la rivière. Les deux ont des défauts alors faut faire un choix : les chevaux, vous savez comme moi que c'est bruyant, stupide, et qu'on ne saura pas quoi en faire une fois qu'on aura localisé nos cibles. La barque, ça veut dire remonter la rivière et c'est pas simple, puis se taper un bonne marche jusqu'à l'aconit. Et je ne sais pas si ton Totor va pouvoir monter à bord ou cavaler sur le chemin du bord. Ce qui est sûr, c'est qu'il faut qu'on arrive là-bas aussi vite et silencieusement que possible, on n'a aucune idée du temps qu'il reste aux gamins. Et je suis à peu près sûr que les tueurs les tuerons immédiatement si ils nous repèrent.
Donc, vos avis, rapidement ?"
Herle regarde les filles une par une, les mâchoires serrées. Seule Islinna a droit à un regard à peu près amène.
Nadine répond sèchement : "Vite et silencieusement ? Autant oublier les bourrins, et peut-être aussi le géant non ? Passons par le lac et la rivière, c'est tout droit !"

Islinna écoute attentivement, laissant échapper un léger soupir à la fin de l'exposé de Herle :
"Comme Nadine je pense qu'on devrait passer par la rivière, je dois pouvoir récupérer une pirogue, mais à cette heure de la "nuit" ça va être difficile de rameuter un ou deux marins, il faudra qu'on se débrouille nous-mêmes si on veut ne pas perdre de temps. Pour le géant qu'en penses-tu Neri'Helin ? peut être qu'avec toi il saura se faire... discret?... Au moins pour nous suivre le long de la berge, ou nous aider à passer des rapides.
Pour le reste, Herle, si on peut les attraper au lieu de sombrer dans une orgie de violence se serait bien... si on peut faire la preuve des manigances de cet ordure de Rhidler devant le Primat, nous aurions peut être la possibilité d'aider d'autres enfants esclaves des Marches... Mais on verra sans doute ça sur place, le principal c'est de sauver ces enfants"

Herle grimace quand Islinna mentionne une possible "orgie de violence". Décidément, ça aurait été plus simple avec de vrais mercenaires. Son esprit, toujours un peu embrumé par l'alcool absorbé à l'époque où la soirée était sensée être détendue, réalise avec douleur que, non seulement il embarque des amateurs, mais en plus... il va se trimbaler trois gonzesses pour une mission de combat. Il déglutit en pensant que, encore une fois, la rédemption passe par des chemins bien étranges...

"Bon, très bien, on prend votre barcasse. Je suppose qu'avec deux Kerdanes, on devrait s'en tirer correctement, et c'est pas comme si Bartolome ne m'avait pas fait ramer pendant des heures quand on a crapahuté dans le Nord.
Islinna, tu te débrouilles avec les tiens pour la pirogue. Nadine, tu nous trouves des rations pour trois jours. Neri'Helin, tu fais comme tu peux avec ton géant. Si tu penses le gérer, tu l'emmènes, sinon on s'en passera. Et tout le monde récupère ses armes et son équipement, on risque de passer au moins une nuit dehors et ça a beau être l'été, il fait jamais bien chaud dans ces contrées.
On bouge. Rendez-vous dans une heure à l'embarcadère. Si vous êtes pas là, je pars sans vous, vous vous démerdez avec le Capitaine."


"C'est un trou de verdure..."

Les ordres à peine donnés, tout le monde s'affaire pour réunir le matériel. Nadine fonce à la Taverne Penchée et, après quelques mots houleux avec son supérieur, le lieutenant Le Cornu, obtient des rations pour plusieurs jours. Le lieutenant lui rappelle qu'à l'avenir, il serait bon de demander les choses de manière plus aimable... surtout à cette heure avancée.
Islinna court jusqu'au quartier lacustre pour y dénicher une agiella qui ne serve pas trop de dortoir - avec la visite à venir du Primat, Tal Endhil est surpeuplé... et tout ce qui peut servir de quartier est occupé. Elle finit par embarquer sur la large pirogue "habitée" par son cher oncle Bartolome. Les dormeurs qui s'y étaient installés acceptent sans trop maugréer de quitter l'embarcation. Rapidement, Islinna détache les amarres et dirige l'agiella vers le ponton.
Le "commando" de libérateurs en puissance s'y retrouvent quelques instants plus tard. Tous sautent dans l'agiella avec plus ou moins d'aisance et la traversée commence. Les Kerdanes font de leur mieux pour se diriger dans la clarté diffuse de la nuit blanche. Herle passe son impatience sur une rame qu'il plonge et replonge brutalement. Neri Helin, qui n'a rien d'autre à faire, en profite pour faire un peu de tri dans le monceau de bazar de Bartolome... elle y trouve entre autre le sabre du Kerdan et un bon nombre de bouteilles vides.

Après quelques heures de navigation, la petite troupe aborde non loin du chemin qui monte au Cercle des Cascades. L'agiella est amarrée et tout le monde se met à gravir le sentier.
Au moment de la première pause, alors que Nadine se trempe les pieds dans un torrent, un parti de cavaliers elloran arrive de l'amont. Ils entourent le groupe, un air peu commode. Leur chef, que les Talendan reconnaissent comme Aenid Lamdan (Cœur silencieux), jette un lapereau mort aux pieds de Herle. La bestiole a encore un collet serré autoru de son cou. Les Emishen, passablement courroucés, expliquent que cela fait déjà une huitaine qu'ils trouvent des pièges dans les environs - alors que le capitaine, au nom des Talendans, s'était engagé à ne pas chasser... et surtout pas comme ça ! Aenid Lamdan peine à refréner sa colère alors qu'il pense avoir trouvé ses coupables, mais le charme d'Islinna [hop, un petit lilpan] et les muscles d'Herle [hop, une petite intimidation] le contraigne à engager une discussion.

Pour les Talendans, la situation est claire : ce sont vraisemblablement Isias et Engord qui sont à l'origine des pièges (d'ailleurs, la date estimée par les Emishen ne "colle" pas... y aurait-il d'autres truands installés avant pour préparer le terrain ?). Les trouver réglera aussi le problème des Elloran mais il ne faut surtout pas qu'Aenid Lamadan et ses cavaliers n'approchent les enfants... même si les ordres du Capitaine n'étaient pas très clairs, le secret de l'opération parait indispensable à Herle.
La discussion tourne rapidement en la faveur des Talendans. Mettant en avant les accords entre Kal Kirhan et Durgaut, Herle pousse son avantage en proposant que "les Dirsen règlent les problèmes de Dirsen" et engage son honneur dans la capture ou l'élimination des braconniers. Aenid Lamadan semble satisfait de la proposition. L'ambiance se détend et les cavaliers repartent, nettement plus souriants qu'à leur arrivée.

L'équipe reprend alors sa marche, quittant bientôt le sentier pour avancer vers la vallée que les Elloran leur ont indiqué comme la probable cache des braconniers. Les quelques "connaissances botaniques" de Neri Helin lui permettent de confirmer que c'est bien par là-bas qu'on trouvera l'aconite et l'armoise.


Moins ses "connaissances botaniques" qu'une discussion avec les oiseaux du secteur, en réalité, mais ses camarades "impériaux" semblent avoir du mal à admettre l'idée que Neri'Helin cause aux animaux...

Le groupe décide de longer le flanc nord du vallon, à la limite des rochers, pour garder une vue d'ensemble et ne pas risquer d'être vus. La marche est difficile et fatigante, malgré le matériel que Neri'Helin prête à Islinna, la moins aguerrie de tous, pour l'aider à avancer.
Les Talendans arrivent presque au fond de la vallée quand Herle, à force d'acharnement, fini par repérer un filet de fumée qui monte entre les arbres, plus au sud. La décision est prise rapidement : par le premier passage possible pour descendre, un pierrier fort à propos, la troupe avance dans la vallée. Neri'Helin guide tout le monde avec assurance vers la forêt qui ne tarde pas à boucher la vue. Sans attendre, Islinna se lance droit dans les arbres, bientôt rattrapée par les autres.
L'impétuosité de la diplomate a mis en rogne Nadine, qui double tout le monde et avance sans prêter attention aux alentours. Herle n'a que le temps d'un avertissement étouffé quand Nadine, rageuse, entre droit dans une clairière où se reposait un grand élan isolé...

La bête se redresse, s'ébroue et commence à racler le sol de son sabot. Neri'Helin se précipite et brame en direction de l'élan... qui ne se calme pas. À quelque distance, Islinna et Herle assistent impuissant à la charge qui fait voler la dresseuse sur plusieurs mètres.

Elan.jpg

Nadine a bien essayé de protéger sa compagne, mais son geste n'a eu pour effet que de la rapprocher de l'élan. Remarquablement vif malgré sa taille, il volte et repart droit sur la mercenaire qui ne peut l'éviter. Plus solide, elle reste sur ses pieds alors qu'Herle, sortant de sa torpeur, tente d'attirer l'attention de l'élan en cognant sa lame contre son bouclier.

Nadine, plus téméraire que jamais, entreprend de rouler sous le ventre de la bête. Elle y réussit à moitié, non sans prendre de nouveau un coup, puis fonce vers les arbres en profitant du bruit fait par Herle. L'élan brame de toute sa force, réveillant la moitié de la forêt, et charge à nouveau vers les arbres. Il évite de justesse de s'assommer, mais abandonne le combat comme à regret. Les intrus, penauds et contusionnés, se regroupent. Tout le monde maugrée, surtout Nadine.



Une corneille bien étrange vient alors trouver Neri'Helin. Elle revendique son appartenance aux Sentinelles de l'Orage et réclame de savoir ce que la troupe fait dans les parages. Curieuse et imbue d'elle-même, elle tente d'échanger son silence contre un objet brillant - et ne trouve rien de mieux que de réclamer l'épée d'Herle. Sans succès, elle entreprend alors de suivre le groupe dans son périple et réussira tout de même à se faire nourrir par Islinna plus tard dans la soirée. C'est elle qui avertira Kal Kirhan une fois les enfants retrouvés.

Intervention

L'urgence est toujours aux enfants. La troupe repart. À quelques centaines de mètres, le filet de fumée est de nouveau visible. Nadine part en éclaireuse sans attendre. Ses trois compagnons se faufilent plus lentement sous les arbres.
Le manque d'organisation d'une telle troupe, levée à la va-vite, se fait toujours sentir : alors que Nadine attend, au pied d'un surplomb, pour se mettre en position, Herle, Islinna et Neri'Helin avancent droit vers le feu. Une grosse pierre roule sous le pied d'Herle. Tout le monde se plaque derrière les rochers, mais une silhouette s'avance vers eux, en alerte. Il hésite un instant, plisse les yeux et réalise qu'il est attaqué. Il tourne les talons et se précipite dans la pente. Une flèche d'Herle lui transperce la gorge avant qu'il n'ait pu crier.
Islinna n'hésite pas et court vers le feu, Herle quelques pas derrière elle. Nadine saute de son rocher et les rejoints autour du foyer qui s'éteint doucement. Personne. Ni enfant, ni truands, rien. Trois saucisses bien cuites qui font la joie d'Islinna. A quelques pas, une grotte s'ouvre dans la paroi rocheuse.

Herle se débarrasse de son arc et glisse, tant bien que mal, sa grande carcasse dans l'ouverture. Le boyau se réduit bien trop vite à son goût. Après quelques mètres, il est bloqué par un coude où seul un enfant pourrait passer debout. Une vague lueur semble venir de l'autre côté.
Prenant une grande inspiration, Herle roule dans le boyau suivi de près par Nadine. Les deux guerriers retombent sur leur pieds dans une petite grotte éclairée par une lanterne. Un archer les tient en joue, un truand costaud tient une gamine comme bouclier. Le carreau de Nadine lui cloue le crâne à la paroi avant qu'il ne bouge. La flèche de l'archer, à peine plus lente, est déviée par l'épée ancestrale d'Herle.
Le défroqué tonne de toute sa voix contre l'archer, qui recule en menaçant un enfant. Il est apeuré mais pas vaincu. Dans un dernier sursaut, il pousse la jeune Emishen devant lui et bondit sur Herle, dague au point. Un revers d'épée lui sonne sur le crâne et il s'écroule inconscient au sol.
Nadine, dans la fureur du combat, l'achève d'un carreau.


Le danger écarté, les enfants sont bien vite conduits hors de la grotte.
Islinna tente de les rassurer, Neri'Helin soigne leurs légères blessures. Ils sont trois : Lumière du matin, la plus âgée, Ourson qui porte encore des marques de fer aux poignets, et Jonquille, une orpheline délurée venue de Tal Endhil. Les ravisseurs sont fouillés, leurs corps dissimulés dans la grotte. Isias et Engord sont bien morts ; le troisième est inconnu. Les enfants parlent aussi d'un quatrième homme qui serait venu brièvement pour donner des ordres aux truands.
Enfants et Talendan repartent une fois reposés et restaurés. La marche est plus lente, plus joyeuse aussi. En arrivant vers le lac, un groupe de Sentinelles de l'Orage les intercepte. Kal Kirhan, prévenu, a envoyé ses hommes reprendre les enfants. La discussion reste détendue.

Finalement, la troupe se sépare. Islinna et Nadine retrouvent l'agiella qui doit les ramener à Tal Endhil. Neri'Helin et Herle décident d'accompagner les enfants et les Sentinelles jusqu'au Col de l'Aïeule pour y rencontrer Kal Kirhan...


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