21) "Opération Cruchon"

De Marches du Nord
Version du 5 septembre 2016 à 00:51 par Sebastien (discuter | contributions)

(diff) ← Version précédente | Voir la version courante (diff) | Version suivante → (diff)
Aller à : Navigation, rechercher

La totalité de l'Épisode 21, "Opération Cruchon", est classé "spoiler", autant pour préserver la nécessaire confidentialité de cette opération secrète que pour ménager la dignité de ses participants maladroits.

Si vous voulez vraiment accéder à cet Épisode, vérifiez soit qu'un de vos perso y était, soit que le MJ vous en a donné l'autorisation.
Tout abus sera illico... pas puni, mais ce serait dommage.

C'est bon, vous y avez bien pensé ? Vous êtes vraiment sûr ?


Objectifs

L'Opération Cruchon (qui ne portait encore ce nom là) a été décidée par le Capitaine Durgaut pour mettre fin à deux problèmes.

  • Apprendre ce que Dorian le Magnifique et sa compagne fehnri Soashna savent exactement de l'opération "le Train de l'Argent", et rectifier leurs souvenirs. Pour cela, l'opération implique le Chroniqueur Andréas "Odran", dont on espère que les talents dans la modification des esprits lui permettront de réaliser cette performance.
  • Se débarrasser une bonne fois pour toute de Jornil Cuivré. Pour cela, ce sont les compétences de Vighnu Pratesh qui seront mises à contribution.

Ce duo de choc est accompagné de Eldan "le Moineau", toujours là dans les bons coups.

Pour faire honneur aux aventures tragi-comiques de nos protagonistes, cet Épisode sera narré sous la forme d’une pièce de théâtre antique, avec l’intervention d’un Chœur. Voici donc Opération Cruchon, ou La Fin du Magnifique, farce tragique en cinq actes et en prose.

Mais, chut ! Les trois coups viennent de résonner et le noir se fait dans l’amphithéâtre… Soit attentif, lecteur, alors que le Chœur entre en scène.


Prologue

Entre le Chœur. Il est constitué du Chaman, un vieil homme édenté à l’air emishen fumant une pipe libérant des vapeurs d’Herbe-Nuage et d’une belle jeune femme rousse, Cassandre.

Cassandre : Talendans ! Ce soir, la nuit est propice et nous pouvons lui confier nos secrets. Ecoutez donc comment, dans les temps anciens où notre belle cité n’était encore qu’un village perdu dans la froidure du Nord, agissaient des hommes de l’ombre.
Le Chaman : Là où s’établissent les hommes, la violence apparaît. Les racines de vos vergers plongent dans le sang que les pionniers ont fait couler. L’histoire de ce soir est une histoire secrète, l’histoire secrète de Tal Endhil. En ces temps anciens, la survie du village miracle dépendait d’une poignée d’hommes courageux au service du Capitaine Durgaut. Ces hommes devaient identifier les ennemis de Tal Endhil, car la ville grouillait d’espions envoyés par le terrible Rhilder le Fou !
Cassandre : Rhilder le Fou ? Celui qui faisait jeter des enfants du haut des remparts des villes qu’il voulait protéger des Kormes ? Celui dont la légende noire a traversé les années ?
Le Chaman : Lui-même. C’est pour cela que Durgaut a envoyé trois de ses hommes, parmi ceux qu’on appelle les Déterrés, enquêter sur les agissements d’un soi-disant marchand et de sa compagne. Vighnu Pratesh, apothicaire et assassin, Eldan le Moineau, mercenaire au service du Capitaine et Andréas Odran, chroniqueur et sorcier, ont mis au point au plan pour confondre les espions et les renvoyer chez eux.
Cassandre : A mon avis, cela va mal finir !
Le Chaman : Pourquoi donc ? Leur plan est bien ficelé.
Cassandre : Je te dis que malgré tout, quelque chose va déraper et que ça va mal finir.
Le Chaman : Allons Cassandre, ne soit pas si fataliste !
Cassandre : Oublierais-tu que dans ce Chœur, je suis la Fatalité ?
Le Chaman : Tu as raison, parfois j’oublie l’évidence… Mais notre auditoire s’impatiente et il n’est pas venu pour nous entendre nous chamailler comme un vieux couple. Il est venu pour écouter les légendes et voir des héros. La nuit est tombée sur Tal Endhil et deux silhouettes s’approchent de l’échoppe d’apothicaire tenue par Vighnu Prastesh. Que le rideau se lève sur nos héros !

Rideau.


Premier acte : Gueule de bois à la Taverne Penchée

Le rideau se lève sur l'intérieur de l'échoppe de Vighnu Pratesh. C'est la nuit. Entrent Eldan et Andréas, qui viennent discuter de leur plan. Celui-ci, longuement mis au point durant la huitaine précédente, est le suivant. Vighnu a préparé un puissant narcotique hallucinogène qui se présente sous la forme d'un verni dont il a revêtu les parois de deux verres de la Taverne Penchée. Dorian et Soashna fréquentant la Taverne Penchée, Eldan et Vighnu vont essayer de lier connaissance avec eux pendant la soirée. Pendant que leur complice Esic "Le Cornu" fera sortir le gros des clients de la taverne en prétextant le manque de bière, Eldan sortira une bonne bouteille de vin et tout le monde trinquera. Le poison est supposé non seulement mettre KO Dorian et Soashna, mais aussi les mettre dans un état favorisant la seconde partie du plan, à savoir la manipulation de leurs esprits. En effet, Andréas entrera alors en jeu pour aller inspecter leurs souvenirs à grand coups de chroniquerie, et effacer les parties compromettantes. Qu’est-ce qui pourrait bien tourner mal ?

En arrivant à la taverne, Eldan et Vighnu trouvent une salle à moitié remplie. Là dedans, entres autres, Bartolome Sotorine, Herle, Brannock, ou le barde Alenn le rimeur. Dorian joue aux cartes avec deux marchands, Soashna n’est pas loin. Voyant entrer les deux Déterrés, Le Cornu commence à lancer à la cantonade qu’il n’y a plus de bière, provoquant immédiatement des protestations outrées de la part de Bartolome. Ce dernier finit par se laisser convaincre par Herle d’aller boire ailleurs, et la salle se vide doucement. Eldan ouvre de l’intérieur la porte menant à l’arrière salle, Andréas entre et jette un coup d'oeil à travers les tentures pour constater que la taverne est presque vide. Il peste intérieurement : il comptait sur la foule de la salle pour réaliser un rituel lui permettant de récupérer de l’Énergie sur les convives, ses futures activités risquant d'être très gourmandes. Il s’esquive donc en direction de la Grande Salle des Emishens, toujours bondée à cette heure, pour y réaliser son rituel.

Pendant ce temps, Soashna a repéré Vighnu et s’approche de lui en roulant des hanches, très "femme fatale". Vighnu, bien que troublé, pense très fort à Islinna et réussit à peu près à se tenir. Après les présentations Soashna entame la conversation en fehnri et jette quelques hameçons pour voir si Vighnu va mordre. Eldan les rejoint, tentant de s’intégrer a la conversation. Malheureusement pour lui, Soashna et Vighnu continuent à converser en fehnri. Le pauvre Eldan est donc exclu de fait de la conversation et en est réduit à jouer les pots de fleurs. Visiblement sous pression, Vighnu lâche quelques informations sans grande importance concernant Tal Endhil tout en tentant de garder le contrôle de la conversation. Soashna lui pose des questions sur ses fioles car elle sait qu'il est apothicaire et s’intéresse beaucoup aux activités de la Guilde Marchande et des Sotorine. Soashna semble en effet chercher à découvrir l'emplacement et le nombre des comptoirs kerdans ainsi que leur possible approvisionnement en ivoire. De plus, au cours de la conversation, Vighnu et Eldan constatent avec inquiétude qu'une grande partie de la peau de Soashna est tatouée, ce qui indique que cette dernière ne peut être qu'une membre très importante des Nocturnes, la mafia fehnri. Vighnu comprend alors que le plan d'origine de faire table commune avec les deux membres du couple va échouer. Il décide d'inviter Soashna à une discussion en tête à tête avec un bon cru. Avec Eldan il échange donc gobelet et bouteille discrètement au comptoir. Pendant qu'Eldan essaie de s’immiscer dans la partie de cartes où Dorian tente, en grand professionnel, de plumer ses adversaires, Vighnu sert un verre de vin à Soashna. Afin de lui faire ingurgiter sa potion, Vighnu allume sa pipe pour perturber l'odorat de la dame. Eldan fait de même avec Dorian... Et là, c’est le drame.

Soashna semble bien encaisser le narcotique, pendant que Dorian s’affale brutalement sur sa table. Soashna comprend instantanément ce qui se passe. Vighnu ressent alors comme un picotement étrange qu’il reconnait, la sensation d’un sorcier en train d’essayer de lui voler de l’Energie. Soashna n’est pas qu’une Parfumeuse… c’est aussi une Sorcière ! Il parvient à résister au sortilège, mais Soashna lui écrase alors une sorte de pâte sur le visage. Vighnu subit les effets d’un puissant narcotique et se retrouve paralysé sur sa chaise, impuissant. Vighnu mis hors d'état de nuire, Soashna se précipite vers la table de Dorian et d'Eldan. Ce dernier essaie de l’intercepter… pour se retrouver lui aussi sous l’effet d’un des “parfums” de la Fenhri.

C’est à ce moment là qu’Andréas revient pour constater l’étendue des dégâts. Eldan est en train de tomber par terre, tout raide, pendant que Vighnu glisse petit à petit dans l’inconscience et de sa chaise. Andréas entre dans la salle principale et attrape un cruchon vide sur une table avant de se diriger le plus discrètement possible vers Soashna, qui est en train d’agiter une fiole sous le nez de son compagnon. Andréas écrase la cruche d’un coup sec sur le crâne de Soashna… ça ne suffit pas à l’assommer, mais c’est à ce moment que le poison de Vighnu finit par faire effet. Les deux affreux sont enfin à terre, mais Andréas se retrouve nez-à-nez avec un Brannock armé jusqu’au dents. Le Cornu a sorti une hache, et la Poigne un gourdin. Tout le monde se regarde en chiens de faïence… Andréas lance un : “Non mais, c’était vraiment une grosse pute, hein !” pour essayer de détendre l’atmosphère. Brannock baisse légèrement ses armes et demande si la porte de derrière est toujours ouverte. Comme Andréas confirme, Brannock s’esquive sans demander son reste en lançant “Avec les compliments d’Adira Pratesh !”

Tandis que Vighnu et Eldan reprennent lentement conscience, Andréas tente de pénétrer l’esprit de Soashna, à l’aide du sortilège qu'il a préparé durant les jours précédents en prévision de l’opération. Il sort donc son grimoire et commence à dessiner dessus. Il compte aussi sur la "potion" de Vighnu pour l’aider dans sa tâche. Mais une mauvaise surprise l’attend. L’esprit de Soashna a la forme onirique d’un jardin évoquant les tatouages qui décorent l’essentiel de son corps... et a un gardien. Une créature ressemblant à un léopard garde en effet l’accès à ses souvenirs profonds. Tout au plus Andréas parvient-il à accéder à ses pensées superficielles, pensées qui concernent beaucoup la bagatelle. Andréas ainsi la surprise de découvrir, dans le coin de l’esprit de Soashna qui semble concerner ses amants, une image de Bagoran de Marale. Mais lorsque Andréas tente de s’enfoncer plus avant, vers les souvenirs profonds, le léopard l’attaque et il se retrouve, tout tremblant, hors de l’esprit de Soashna. C’est une bien maigre moisson d’informations qu'Andréas peut rapporter à ses comparses...

Andréas, Vighnu et Eldan confèrent alors de la suite à donner aux évènements. Ils font face à une menace complètement imprévue, et Soashna reprend petit à petit conscience. Ils décident d’envoyer Vighnu chercher Herle, qui est probablement parti finir la soirée à l’Auberge du Cygne. En tant que "tueur de sorciers", Herle sera certainement à même de contrer Soashna si elle tente quelque chose. Pendant que Vighnu quitte la Taverne en quête de Herle, Andréas décide de s’attaquer à l’esprit de Dorian le Magnifique, qui babille dans son sommeil drogué.

Rideau.

Lorsque le rideau se relève, environ deux heures ont passé. Un templier à l’air morose monte la garde devant la porte de la taverne penchée. À l’intérieur tout est calme. Il ne reste dans l’auberge que Dorian le Magnifique. Un léger sourire orne ses lèvres. Il aurait presque l’air bienheureux, si son regard n’était vitreux et si un poignard n’était planté dans sa poitrine. Il baigne dans une mare de sang, paisible.

Rideau.


Intermède

Entrent Cassandre et Le Chaman.

Cassandre : Ne t’avais-je point dit, Chaman, que les choses tourneraient mal ? Mais on ne m'écoute jamais !
Le Chaman : La Fatalité t’aveugle, Cassandre. Tu spécules, tu ne sais pas ce qui s’est passé dans cette taverne...
Cassandre : C’est parce que tu fais bien des mystères. Que signifie cette ellipse temporelle ? Pourquoi as-tu cessé de raconter les évènements de cette soirée ? L’Herbe-Nuage a embué ton esprit !
Le Chaman : C’est que, vois-tu, les choses ne sont pas si simples. Différentes bouches conteront différents récits. Qui suis-je, moi, pour me faire l'arbitre des vérités, et choisir un récit comme plus vrai que les autres ?
Cassandre : Mais qui a tué Dorian le Magnifique ? Tu le sais bien, non ?
Le Chaman : Je n’en sais rien et je préfère laisser la parole aux protagonistes. Nous laisserons à notre auditoire le soin de retisser la trame des évènements à partir des différents récits, comme dans Rashômon.
Cassandre : Mais qui est ce Rashômon ? Un sorcier ?
Le Chaman : Pas exactement… Disons que Rashômon est un récit fait par un sorcier des images… Mais nous nous égarons. N’entends-tu point que nos héros ont atteint le Donjon de Tal Endhil et qu’ils s’apprêtent à raconter les événements de la nuit au Capitaine Durgaut ?
Cassandre : Oui, ils sont là ! Écoutons-les !

Rideau.


Deuxième acte : Confrontation au Donjon

Le Donjon, la nuit. Une grande table accueille les reliefs d’un repas. Le Capitaine Durgaut y est installé. Il a l’air bonhomme, à moins qu’il ne soit simplement repu – il faut dire qu’il a repris deux fois du ragoût de mouton lors de son repas avec Dario Celsine. Entrent Herle de Lorune, Andréas Odran, Eldan le Moineau et Vighnu Pratesh qui escortent Soashna. Les quatre hommes ont l’air tendus et fatigués. Soashna est solidement ligotée, pieds nus et surtout à peine habillée d'une sorte de robe-tunique qui ferme mal et dévoile des seins splendides, des jambes parfaites et beaucoup de tatouages floraux.

Herle de Lorune est le premier à s’avancer. Il prend le temps de vérifier que le Capitaine est bien seul avant de prendre la parole. Il se fixe au garde à vous et regarde Durgaut droit dans les yeux.

Le récit de Herle de Lorune

"Mon Capitaine, je vous prie d'excuser cette visite tardive et ma tenue négligée."

"Cette femme est une sorcière. (Herle désigne Soashna du regard) Mes camarades, agissant sur vos ordres, l'ont démasquée ce soir alors qu'elle tentait d'exercer ses maléfices sur eux. Pratesh a pris sur lui de venir me quérir à l'auberge pour confirmer son intuition première. Lui-même, Eldan et votre "chroniqueur" avaient déjà réussi à s'assurer de sa personne et de celle de Dorian. Il ne m'a pas fallu longtemps pour m'assurer que, oui, cette noiraude dégageait bien une magie suspecte."

"À peine avions-nous commencé à discuter de son sort, plus exactement de comment nous débarrasser de cette engeance sans vous attirer des ennuis, qu'elle se réveillait de son sommeil, sans doute feint, et tentait de s'enfuir. Pour cela, elle s'est emparé de l'esprit de notre jeune compagnon (il se tourne vers Eldan) pour le pousser à s'interposer, violemment, face à moi. Mon épaule s'en souvient encore, mais Pratesh a réussi à l'assommer. La sorcière en avait profité pour sauter à la gorge du "chroniqueur", (on entend les guillemets au ton de Herle) lui arracher sa dague et s'en servir de bouclier humain. Fort heureusement, la gueuse n'a pas pu arriver à ses fins et elle aussi a fini au sol, assommée. Pratesh a retenu ma lame alors que je m’apprêtais à en finir."

"Il faut croire que les fehnri n'ont pas les mêmes interdits que nous vis à vis des sorciers. Pratesh était, et est toujours, plus intéressé par ce qu'elle a à dire que par l'insulte à la foi qu'elle représente. Le chroniqueur et lui ont alors commencé à parler longuement avec la sorcière, qui ne s'est pas privée de faire feu de tout bois pour les convaincre de l'épargner. Elle a menacé, promis, révélé de soi-disant secrets, minaudé, reculant encore et toujours l'échéance. Pour pousser son avantage, Pratesh a achevé Dorian avec la propre épingle à cheveux de la noiraude, cette lame empoisonnée qui est ici, parmi ses artifices (Herle désigne un ballot, fait à la va vite, avec les objets trouvés sur Soashna). La sorcière n'a pas semblé plus troublée que cela, elle a continué à se défendre avec aplomb."

"Ces palabres ont duré bien trop longtemps. Mes camardes vous raconteront vous même leur idée honteuse - proposer un contrat à cette sorcière, sous le très douteux prétexte que l'honneur fehnri l'obligera à l'honorer. Je me permets, mon Capitaine, de vous préciser mon indignation et ma réprobation face à une telle issue. Cette sorcière ne mérite que la mort, comme ses semblables, et même si elle a des informations à nous révéler. Il existe par ailleurs bien d'autres moyens que la négociation polie pour obtenir ces informations. Mais enfin, devant la certitude de Pratesh et du "chroniqueur", j'ai accepté de les suivre jusqu'ici et de retenir mon bras. La décision que vous devez prendre est grave, mon Capitaine, très grave."

"Avant de laisser la parole à ceux qui veulent tant rédiger un contrat, je me porte volontaire pour partir à la rescousse des enfants emishen enlevés par les sbires de Rhilder. D'après cette traînée, ces enfants sont voués à être assassinés et abandonnés de manière à provoquer l'ire des Sentinelles de l'Orage contre nous. Elle dit connaître un homme chargé pour l'heure de nourrir les enfants. Avec quelques informations plus précises qu'elle nous donnera (il adresse un sourire sinistre à Soashna), quelques hommes et un pisteur talentueux, je pense pouvoir lui mettre la main dessus rapidement et sauver les gamins. Cela rachèterait un peu le fait de laisser vivre cette engeance."

Herle semble s'arrêter.

"Ah, j'allais oublier. Pratesh a accepté de garantir sur sa vie que la sorcière se tiendrai aux termes du contrat. Lui est un homme de parole, il me semble. Et si vous vous décidez, mon Capitaine, pour cette malheureuse solution, j'aimerai ajouter un paragraphe à ce texte. La damoiselle devra s'engager à me parler, librement et précisément, de la sorcellerie qu'elle utilise. Après tout, ce n'est pas tous les jours que l'on a un sorcier contraint sous la main. (il adresse un regard à Andréas) Si au moins cette triste affaire pouvait nous apporter quelques unes des connaissances qui nous manquent..."

"Merci mon Capitaine." Herle salue et recule d'un pas.

Pendant le récit de Herle, Soashna a fréquemment roulé des yeux, fait la moue ou secoué légèrement la tête en entendant pareilles énormités (ce qui fait onduler ses cheveux très noirs et quelque peu emmêlés lui tombant jusqu'aux fesses) et, si certaines phrases l'ont vraiment fait sourire, elle a adressé un très léger hochement de tête à la toute dernière demande du chevalier lorunois.

"C'est mon tour ?" demande-t-elle quand Herle le Défroqué a fini son récit.

"Non, ce n’est pas ton tour. Tu parleras quand on te dira," répond directement Andréas. "Voici notre rapport, Capitaine."


Le récit d’Andréas Odran

"Autant vous dire qu’on a pas mal de choses à vous raconter. Par exemple que le nouveau garde du corps d’Adira Pratesh est en réalité un assassin envoyé par Rhilder pour vous tuer. Mais commençons du début."

"L’opération a bien commencé. Nous avons trouvé nos deux perdrix à la taverne penchée, comme prévu. Malheureusement, ils n’étaient pas ensemble à jouer aux cartes comme nous l’espérions. A son entrée, Soashna s’est immédiatement dirigée vers Vighnu et a commencé à tenter de lui soutirer des informations. Et elle a vite repéré qu’on avait essayé de la droguer. Mais bon, la taverne vidée, et avec un peu d’improvisation et l’aide d’un bon coup de cruche sur le haut du crâne, nous avons réussi à les neutraliser. On a ensuite pu commencer l’interrogatoire. Vighnu s’est rendu compte, en examinant les tatouages de la dame, que celle-ci devait une personne très haut placée de la pègre Fehnri. Et alors qu’elle était toujours inconsciente, des fleurs se sont mises à pousser autour d’elle, sur le sol de la taverne, d’une façon on ne peut plus… surnaturelle. Je me suis rendu compte que Soashna, même droguée, pouvait résister à un interrogatoire. Tout juste ai-je pu comprendre qu’elle semblait avoir une relation... ahem... rapprochée avec le chef du Temple actuellement en visite à Tal Endhil, Bagoran de Marale. Le prestige de l’uniforme, sans doute."

"Je me suis reporté sur Dorian qui s’est révélé bien plus bavard. Dorian vient d’Orsane, c’était un membre de la pègre locale - l’antenne locale de la mafia ondrène, si vous voulez. Il se trouve que le malheureux Dorian s’est fait poirer à Darverane en train de trafiquer du sel et d'autres choses par des hommes du prévôt Rhilder. Pour éviter de finir à l'échafaud, il a été contraint de travailler pour espion pour le Prévôt. C’est aussi à Darverane qu’il a rencontré Soashna ici présente et que leur association a débuté. C’est dans ce cadre qu’il s’est retrouvé à l’auberge du pont à enquêter sur les attaques de Kormes. Là, il est tombé sur notre opération et s’est retrouvé involontairement impliqué dans l’extraction des lingots. Malgré nos précautions, il a réussit à remonter à certains indices que nous avions laissés. Par exemple, je ne vais pas vous mentir, le personnage d’Herme de Brasure, que je campais à l’occasion, n’est pas passé inaperçu, et ils ont remonté sa piste. D’autres ont été reconnus : il faut dire que les kormes de deux mètres dix, bon… Au final, ils se sont retrouvés à Tal Endhil, en train d’essayer de nous retrouver. Dorian hésitait franchement entre accomplir sa mission (faire un rapport à Rhilder) ou bien s’offrir une petite vengeance personnelles en arrangeant nos décès... Le mien, notamment. Bref."

"J’ai également obtenu de Dorian les noms d’autres agents de Rhilder. L’un ne sera pas une surprise pour vous, c’est le Sénéchal Impérial Quentos. L’autre, c’est Isias, l’homme qui accompagnait Soashna et Dorian. Figurez-vous que cet Isias a été envoyé notamment pour prendre des nouvelles de l’assassin que Rhilder a envoyé pour vous tuer. Comme vous êtes toujours en vie, Rhilder s’inquiète un peu. L’assassin, Dorian ne savait pas qui c’est, mais selon Soashna c’est Brannock, le nouveau garde du corps d’Adira. Faudra avoir un petit entretien avec lui, à l’occasion..."

"Avec ces découvertes, et les preuves d’implications surnaturelles, on a décidé de faire appel à Herle, car il serait capable de résister à l’influence de Soashna. On a bien fait : alors qu’elle était encore apparemment inconsciente, elle a réussit à suffisamment influencer ce pauvre Eldan pour qu’il attaque Herle. Elle s’est réveillée, m’a pris par surprise, avant que Herle ne la frappe telle la justice implacable - il vous a déjà raconté sa partie. Il a failli me tuer à cette occasion, d’ailleurs, mais bon ce sont les risques du métier, on va dire. Il faut dire que Soashna, pour créer la zizanie entre nous, venait d’annoncer à la cantonade que j’étais un sorcier… Au milieu de tout ça, Vighnu a buté Dorian, il vous expliquera sans doute pourquoi."

"Une fois Soashna sous bonne garde, on a pu discuter. Herle souhaitait la tuer sur place, Soashna a essayé de négocier. Bon… elle a une façon bizarre de négocier. En gros, avec l’épée de Herle écrasant sa poitrine, elle nous l’a joué comme si elle était en position de force. La femme qui peut sauver Tal Endhil. D’ailleurs, il n’y a qu’à cas la regarder maintenant (Andréas jette un coup d’oeil à Soashna), on dirait un coq paradant au milieu du poulailler. Il faut reconnaitre qu’elle semble savoir énormément de choses. Elle a affirme, par exemple, qu’un rapport circonstancié écrit par Dorian a été envoyé à Rhilder. Ce document contient les différents éléments à charge découverts à Tal Endhil. Le rapport est en route, mais serait toujours à Tal Endhil car les portes sont fermées. Je ne sais pas comment ils comptent le sortir, Soashna est certaine de pouvoir le récupérer. Tout aussi grave, elle nous aussi parlé d’une opération de déstabilisation menée par le fameux Isias dont je vous parlé. Il semblerait que certains des enfants emishens qui ont disparu dans les mines soient en sa possession, il veut les tuer et disposer leurs cadavres pour que les Sentinelles les découvrent. Isias vient apparemment de quitter Tal Endhil avec les gamins. Nous allons partir à leur poursuite dès cet entretien terminé et Soashna en sécurité. Cette dernière a probablement d’autres informations dans sa manche, c’est visiblement quelqu’un de très bien renseigné. Elle m’a demandé si vous payiez bien, et si elle pourrait avoir une résidence à Tal Endhil.. Elle semble prête à changer de camp très facilement. Trop facilement, peut-être."

"J’avoue, Capitaine, ne pas avoir d’opinion bien établie quant à la pertinence de la recruter. Elle est très forte, ça c’est sûr. Elle a aussi visiblement suivi des cours de haut niveau pour arriver à être super prétentieuse et éminemment désagréable - à moins que cela ne soit naturel chez elle. Elle est surtout très dangereuse et je ne sais pas trop comment nous pourrions nous assurer de sa loyauté. Vighnu semble convaincu qu’un contrat à la mode fehnri sera suffisant. Je me demande si une bonne option ne serait pas de faire savoir à Rhilder que désormais elle travaille pour vous. Ca pourrait la dissuader de retourner causer au Prévôt. Il semble moins compréhensif que vous pour les petits écarts de conduite..."

"Pour finir, je ne vais ni plaider en sa faveur, ni contre elle. Elle s’exprimera ensuite, vous constaterez qu’elle se défend très bien elle-même. Elle va sûrement vous faire son petit numéro de victime, en expliquant comment nous avons vilement tenté de l’empoisonner alors qu’elle était tranquillement en train de nous espionner et de réfléchir à comment faire tomber Tal Endhil. Mais c’est le jeu, on peut difficilement lui en vouloir d’espérer sauver ses miches."

"Voilà, je pense avoir fait le tour... Mes camarades ont-ils des choses à ajouter ?"


Le récit d’Eldan

Eldan s'avance, ayant préalablement attendu que Vignu et Andreas lui confirment. Il semble embarrassé et s’efforce de tenir sinon son corps, du moins son regard, le plus éloigné possible de la belle et lascive créature.

"Mon capitaine, je crois que pour l'ensemble vous avez eu connaissance des éléments importants de cette mission par le récit de mes camarades. Je m'en tiendrais donc à mon avis personnel quant au devenir de la ... Dame. Sa dangerosité ne peut être mise en doute, en témoigne la sérieuse entaille sur l'omoplate d'Herle de Lorune que je lui ai vilement infligé sous l'influence des charmes de la chroniqu.... euh chaman... heu sorcière. Mais pour peu que nos intérêts convergent, elle ferait un allié de poids. Non seulement pour régler nos soucis les plus urgents, c'est à dire récupérer le rapport en partance pour Darverane et risquant de servir à Rhilder votre tête, sauf votre respect mon capitaine, sur un plateau. Sans parler du garde d'Adira Pratesh qui n'a pas encore réussi à trouver une brèche à travers la barrière de vos musculeux hornois mais qui finira par le faire si l'on ne l'arrête pas."

Les yeux du moineau s'égarent et on l'imagine se figurant Tal Endhil en flamme, phare de l'humanité, coulant dans les eaux noires de l'oubli, sa bannière arrachée et foulée au sol au milieu des constructions à jamais inachevées du quartier nord... C'est presque avec un sanglot étranglé que le moineau reprend.

"Et surtout elle pourrait constituer un agent potentiel pour approcher Rhilder, bien qu'elle n'ait pas été en contact direct avec ce dernier. Ses capacités et ses relations actuelles nous permettrait de savoir ce qui se trame dans les couloirs de la citadelle. Je pense que vous savez tout. Je me fie pleinement à votre jugement et sais que vous saurez prendre la décision la plus à même de nous aider comme vous l'avez toujours fait."

Il n'y a pas une once d'ironie dans la voix du moineau qui, visiblement, semble penser que tout problème amené à la connaissance du clairvoyant Capitaine sera instantanément résolu et que toute décision prise par le Sauveur de Tal Endhil constitue par définition la "bonne" décision. C'est donc avec un soulagement visible qu'il termine sa phrase sachant son destin et celui de sa cité entre les mains de l'homme le plus compétent qu'il ait jamais connu.


Le récit de Vighnu

"Capitaine, notre mission consistait à découvrir ce que deux témoins potentiels savaient de nos opérations et à faire en sorte, avec le moins de vagues possible, qu’ils ne puissent nous nuire." Vighnu soupire et continue avec sang-froid sans bafouiller.

"Je vous prie de croire que je n’ai jamais perdu de vue ces objectifs. C’est pourquoi je vais me permettre de corriger quelques détails dans les témoignages de mes collègues, notre perception des événements divergeant quelque peu et c’est bien normal. Je vais commencer par un scenario inédit de la soirée, si vous le voulez bien."

"Eldan et moi-même nous sommes rendus en fin de soirée pour boire un verre à la taverne penchée. En arrivant notre sergent et tavernier a annoncé qu’il ne restait plus de bière. Cela a mis sur le départ plusieurs soiffards. (Regard en coin a Herle) Mais qu’importe nous boirions du vin ! Après nous être installés nous avons remarqué un petit cercle de jeu, Dorian y jouait accompagné de mademoiselle Soashna ici présente. (Vighnu s’incline vers la demoiselle) Partageant une commune origine nous avons discuté pour nous rappeler le bon vieux temps dans notre langue maternelle. J’ai si peu l’occasion de m’en servir ce fut un plaisir. Eldan poliment nous a laissé et a rejoint la table de Messire Dorian. Il a pu remarquer que celui-ci buvait pas mal. Enfin au bout de d’un moment vaincu par l’alcool il s’est effondré. S’excusant auprès de moi mademoiselle a rejoint son compagnon pendant que le cercle de jeu se dispersait. Du coup avec les clients restant nous avons bu quelques godets au bar. Soashna a remis sur pied Dorian au bout de quelques minutes et ils ont entamé une discussion. Après des échanges à voix basse le ton est monté, visiblement en colère Dorian était très virulent je passerai ses paroles au silence par respect pour mademoiselle ! Néanmoins nous avons compris qu’il s’agissait d’une rupture qui se ne se déroulait pas bien. En effet Soashna désirait mettre fin à sa relation avec Dorian, elle a entamé une tendre relation avec Bragorane de Marale. Dorian a très mal pris la nouvelle et malgré la pudique retenue de mademoiselle il a levé la main sur elle la frappant au visage ! (Vighnu montre les traces de coups) Bien que ne désirant pas faire ingérence nous ne pouvions décemment pas laisser faire. Mes camarades se sont donc calmement interposés, mais Dorian est devenu fou et, les prenant par surprise, les a blessés. Puis il s'est jeté sur Soashna, la blessant elle aussi au bras. Elle ne doit sa survie qu’a un réflexe : en saisissant un couteau de cuisine elle a poignardé en légitime défense son agresseur, le tuant sur le coup. L’amour peut faire faire des choses bien étranges à un homme... Mais voyons le bon côté des choses mademoiselle est vivante et est reconnaissante des soins reçus.

"Ce récit présente la façon dont je vois l’incident néanmoins il est possible d’arranger quelques détails, mademoiselle peu très bien avoir eu un mauvais geste au final. Ça dépend de vous. Mais maintenant laissez-moi vous présenter le raisonnement qui m’a amené à ce scenario."

Vighnu devient alors beaucoup plus sérieux, son regard s’assombrit.

"Reprenons. Malgré des difficultés nous avons neutralisé les deux comparses et rapidement réalisé qu’ils n’étaient pas ce que nous avions cru. Suite à mon analyse des tatouages, l’arrivée des plantes et l’expertise d’Andreas nous avons conclu que la dame ici présente était une sorcière. Nous avons décidé de quérir Herle conjointement avec Andreas, car nous étions tous deux épuisés et sans doute possible incapable de la gérer nous-même sans la liquider séance tenante. Car c’est bien le problème : nous avions affaire à beaucoup plus fort que prévu et les neutraliser en suivant le plan d’origine était impossible. Que devions-nous faire alors ? Les tuer tous les deux ? Tenter de récupérer des informations auparavant ? Le choix était difficile. Mais au final nous avions besoin des informations : qui étaient-ils, que savaient-ils etc... Au final n’en déplaise à mes petits camarades avoir fait le choix de ne pas les tuer tous de suite s’est avéré payant."

"Après interrogatoire de Dorian nous avons découverts des informations inestimables notamment qu’il était un espion de Rhilder de longue date. Et qu’il travaillait avec Soashna de manière indépendante comprenez : Rhilder n’a pas recruté la fehnri. Soashna à ce moment a repris conscience s’en est suivi le petit différent entre nous qui mes camarades vous ont déjà décrit."

"Inviter Herle n’a pas été de tous repos. Il a confirmé nos soupçons et nous a permis de neutraliser une deuxième fois Soashna - merci a lui. Mais toute la difficulté a été de l’empêcher de la tuer. Pour quoi l’en empêcher ? Tous simplement parce que la liquider sans savoir qui elle était aurait pu être très dangereux vis-à-vis de la pègre Fehnri et parce que contrairement à Dorian nous n’avions pas pu voir dans sa tê... hum l’interroger. Vous avez pu constater la difficulté de gérer les avis de mes camarades grâce à leur exposé, imaginez sur place je peux vous garantir que ce n’était pas de la tarte. Néanmoins je pense avoir réussi à garder la tête froide. Donc à ce moment de notre aventure j’ai du assommer Eldan qui essayait de tuer Herle, puis j'ai assommé Soashna qui avait pris en otage Andreas. Enfin, j'ai empêché Herle de la clouer au sol sans sommation. L’équation "Dorian-Soashna /éviter un scandale avant l’arrivée du primat" paraissant compromise, j’ai pris une décision : je l’ai simplifiée."

"J’ai éliminé un ennemi identifié, un espion qui nous avait déjà révélé nombre de ses secrets. Et attendu le réveil de son acolyte avant de décider de son sort. Cela m’a permis d’imaginer le scenario que je vous ai présenté en préambule. À son réveil Soashna a constaté la mort de son camarade et, contrairement à la déclaration d’Herle, a réalisé et analysé la situation dans laquelle elle était. Afin de sauver sa vie elle a marchandé. Qui ne l’aurait pas fait ? Enfin elle nous a livré trois informations capitales. Je ne vais pas revenir dessus... et elle en connaît d’autres. Elle connait notamment certaines informations concernant Herle... ce qui fait qu’alors même qu’elle nous livrait des infos à la pelle il m’a fallu intervenir pour détourner sa lame une dernière fois."

"Je ne dis pas ça pour critiquer mes camarades mais il va falloir voir plus loin que vos convictions personnelles messieurs. Nous ne sommes pas des enfants de cœur, ce que nous faisons nous expose nous et tous ceux de Tal Endhil. Car il ne faut pas oublier qu’elle nous assure savoir où se trouve le rapport et comment l’intercepter, rapport qui couterait cher à tous les habitants de la région, les emishem surtout. Ce n'est peut-être rien de moins que la fin de notre projet de société ! J’assume mon choix, j’ai éliminé un espion et je nous offre la possibilité d’en recruter un. En effet, nous pouvons lier Soashna par contrat et elle le respectera tant que celui-ci sera profitable aux deux parties. Elle peut devenir un atout dans notre jeu capitaine. Je suis sûr qu’elle pourra convaincre sans mal les délégués présents à Tal Endhil de l’infamie de Dorian notamment son nouvel amant..."

Depuis qu'Andréas lui a ordonné de se taire, la belle Soashna a d'abord soupiré un peu, secoué la tête d'incrédulité devant "tant de mauvaise foi"... puis s'est carrément désintéressée de ce que vous racontiez. Avant que le chroniqueur ait fini de parler, elle s'était assise dans la seule chaise disponible, face au Capitaine, en se tortillant un peu pour s'installer à peu près confortablement malgré ses poignets liés dans le dos. Puis elle s'est cambrée pour se caler la tête au sommet du dossier -faisant ressortir ses seins et gênant temporairement la concentration de tout le monde : elle a alors fermé les yeux, expiré longuement et sa respiration s'est peu à peu ralentie... au point de quasiment s'arrêter durant le récit de Vighnu.

Durgaut hoche la tête après ce récit mais peine à contenir sa colère sourde. Il foudroie du regard "l'invitée" avant de fixer Vighnu :

"Vous autres, restez ici avec la "dame" que j'entendrai après si toutefois elle a quelque chose d'intéressant à me dire ! Je dois m'entretenir seul à seul avec Vighnu."


Le récit de Soashna

Le Capitaine se retourne et invite par le geste le fehnri à le suivre sur le toit du donjon. Les gardes hornois, n'ayant pas reçu d'instruction contraire, bougent avec lui. Le Capitaine revient très vite après un entretien si bref qu'il ne semble y avoir eu aucun échange. Il fait signe à Herle pour qu'il bouscule un peu Soashna afin de la "réveiller". Mais Herle n'a nul besoin de le faire : dès que Durgaut et Vighnu sont revenus, Soashna prend une bruyante inspiration, se redresse, ouvre les yeux et se tortille à nouveau pour s'étirer. Durgaut tonne alors à son attention :

"Soyons brefs. Je n'ai que peu de temps à perdre, alors je veux des réponses précises et sans détour. Premièrement, que fait une Matrone seule à Tal Endhil, si loin de sa Ruche ? Deuxièmement, en dehors de la récupération d'un rapport dommageable à ma réputation, qu'a-t-elle de concret à m'offrir ? Troisièmement, se sent-elle de contracter avec moi aux diverses conditions évoquées ici, tant celles de mon Sergent que celles évoquées par Vighnu ? Enfin, comprend-elle qu'elle n'a que ce choix ou la condamnation pour sorcellerie ?"

Soashna se contente alors de sourire à l'assemblée.

"C'est à moi ? Très bien... Il est tard, la soirée a été rude et Isias s'éloigne pendant qu'on parle, je vais donc moi aussi aller droit au but. D'où viens-je ? D'Aroche, originellement. La politique interne des ruches n'est pas si amicale qu'elle peut le sembler et lorsque la Reine précédente s'est éteinte il y a 6 ans, la querelle de succession a fait des coups sombres parmi ses matrones-héritières. J'étais jeune, j'avais juste assez de prétention au trône pour que la Matrone Sarratsha m'écartèle mais pas assez d'influence pour lui retourner la faveur, j'ai donc pris... disons "mon indépendance". J'aurais pu rejoindre les Nocturnes de Duriane, évidemment, mais rien ne dit que j'y aurais été mieux accueillie. Je suppose qu'aujourd'hui qu'elle est fermement en place, je ne serais plus une menace pour la Reine mais... je préfère ne pas courir le risque. Et comme les Marches du Nord sont pleines de mâles persuadés de leur supériorité, (regard à la ronde) les opportunités étaient infinies..."

"Je possède effectivement nombre d'informations dont vous avez besoin urgemment, votre sorcier ne sait pas les extraire de mon esprit et le tortionnaire de service mettrait des jours, si ce n'est des semaines, à me les arracher. D'ici là, il serait trop tard pour vous tous, et si je mourrais dans des circonstances curieuses, c'est au Commandeur Bagoran de Marale que vous auriez à faire. Lui et moi avons d'ailleurs rendez-vous demain, soir : il serait très déçu que je n'y sois pas... Mais ce n'est pas vraiment pour ces renseignements que vous avez besoin de moi : ils ne sont que notre cadeau d'introduction. Votre problème est que vous habitez un village encerclé par les sorciers et les espions et que, sans moi, vous n'avez absolument pas les moyens d'y faire face pour l'instant..."

"Alors non, Capitaine, je ne crois pas n'avoir que le choix de coopérer avec vous ou de mourir. Parce que nous savons tous que vous êtes à peu près obligé de vous décider tout de suite et que, "tout de suite", vous ne pouvez pas raisonnablement vous débarrasser de moi. Sans moi, le rapport de Dorian sur l'attaque du convoi sera transmis au Sénéchal Quentos, qui vous tombera dessus comme la petite vérole sur le bas-clergé dès la huitaine prochaine, en présence de Son Éminence. Mais d'ici là, Isias aura tué deux ou trois gamins emishen et fera porter le chapeau aux Templiers pour vous mettre en porte-à-faux avec les Sentinelles, et vous aurez un tout autre problème. À moins que l'assassin de Rhilder n'arrive à vous atteindre, ou que le troisième agent du prévôt -celui que vous avez imprudemment ramené d'Aroche, si j'ai bien compris les messes-basses de votre quatuor de choc- ne déclenche de son côté une autre catastrophe. Et je suis au regret de vous annoncer que ce n'est pas le Questor que vous avez mis sur notre piste qui y pourrait grand-chose : c'est déjà difficile de maintenir une filature lorsqu'on est seul, mais quadriller la vallée..."

"Vous pourrez sans doute me tuer lorsque vous serez bailli, mais d'ici là, soyons réalistes, ça vous attirerait plus d'ennuis que ça n'en résoudrait. Vous le savez, je le sais et Vighnu Pratesh le sait si bien qu'il est prêt à me laisser vivre alors que je possède une information qui signerait son arrêt de mort. Je ne suis ligotée ici que pour tranquilliser votre butor à grande épée et le petit sorcier qui s'inquiète pour son emploi.(grand sourire) Détachez-moi et nous pourrons parler affaires comme des gens civilisés : vos conditions me semblent acceptables. Je doute de réussir à expliquer pleinement mon art à vos brutes, mais j'admets qu'ils bénéficieraient certainement d'un peu de clarté sur le sujet... D'ailleurs j'ai moi-même quelques clauses à proposer, rien d'extravagant : ma liberté, une maison, des émoluments corrects... Mais Pratesh vous l'a sans doute déjà expliqué : un contrat ne peux pas se signer sous la contrainte. C'est "contraire au protocole" si vous voulez. Et comme je cherche moi-même une terre d'asile où m'établir, il me semble que nous sommes en excellente posture pour négocier."

"Vous n'auriez pas quelque chose à boire, tant qu'à faire ? Rien qui n'ait été épicé par Pratesh, de préférence : ça me rend toute alanguie..."


La décision du Capitaine

La réponse de Durgaut se fait sur un ton peu amène.

"Dites-vous bien que malgré votre assurance, feinte ou non, vous exécuter est et demeure une option parfaitement viable ! Vous l'écartez peut-être d'emblée comme une impossibilité liée au contexte, et vous faites erreur. Je peux vous tuer. J'en ai le pouvoir. Et mon Sergent en a envie. Quant aux multiples raisons qui pourraient me pousser à choisir cette issue plutôt qu'une autre, elles sont bien plus complexes que le schéma simpliste que vous vouliez faire gober à mes hommes."

Durgaut ne laisse qu'un très bref moment de silence avant d'afficher un rictus et de poursuivre.

"Mais puisque vous semblez avoir plus d'attachement à votre liberté qu'à votre vie, nous allons discourir de celle-ci : livrez séance tenante toutes les informations permettant d'arrêter le rapport et son porteur et je vous fais détacher afin que nous puissions effectivement discuter comme des gens civilisés et élaborer ce fameux contrat."

Soashna n'a alors plus l'air endormie du tout. Et c'est avec un sourire matois qu'elle répond : "Le rapport est à la patte d'un pigeon qui attend l'aube pour décoller, dans votre pigeonnier. Je crois que c'est à l'étage du-dessous... [1]"

Et elle se lève de sa chaise pour tendre ses poignets ligotés à Eldan, tandis que Durgaut annonce : "Eldan, Vighnu, Andréas, interceptez moi cet oiseau et préparez-vous pour votre mission. Nous avons assez perdu de temps comme ça ! Sergent, détachez-la ! Et pour ce qui est de la boisson, nous verrons plus tard. Confondre mon bureau avec une taverne n'est pas fait pour me mettre dans les meilleures dispositions !"

Rideau.

  1. En effet, depuis que Hadrien Muraille a déménagé le pigeonnier sur la porte nord, l'endroit est accessible directement depuis le premier étage du donjon, en franchissant simplement la courtine au dessus du portail.


Intermède

Entrent Cassandre et Le Chaman.

Le Chaman : La nuit qui s'achève verra bien des évenèments. Soashna négociera les conditions de sa nouvelle vie avec le Capitaine. Quant à Brannock, il sera réveillé avant l'aube par les hommes du Capitaine venus l'arrêter.
Cassandre : On n'échappe pas à son destin ! Mais que m'importe Brannock : où sont nos héros ? N'ont-ils pas une mission à accomplir ?
Le Chaman : Ne t'impatiente pas trop, car les voici. L'aube est à peine née quand Vighnu, Eldan et Andréas franchissent les portes de Tal Endhil. Ils sont en route vers Solerane, pour accomplir une tache aussi secrète que sanglante. Ils doivent être à Solerane en moins de deux jours et faire la route sans être vus par les Rehonil Ghoran, les Sentinelles de l'Orage qui gardent la zone de paix. Car ce que s'apprête à accomplir notre trio s'apparente à un acte de guerre.
Cassandre : Ces trois là, des fauteurs de guerre ?
Le Chaman : Et oui, les apparences sont parfois trompeuses. N'oublie pas ce que je t'ai dis : les fondations de Tal Endhil baignent dans le sang. En tout cas, les voici ! Regarde, ils marchent d'un bon pas. Les voici qui quittent la route de Tal Endhil à Solerane. Ils vont emprunter le sentier de montagne qui conduit à la Mine du Camail. C'est un chemin abrupt et la descente s'annonce périlleuse, mais ils éviteront à la fois les patrouilles et le poste de garde qui ferme l'étroite Passe de Nilfenan.

Cassandre et le Chaman mettent leurs mains en visière et commencent à scruter l'horizon. Cassandre pointe un doigt vers le lointain.

Cassandre : Je les vois ! Mais le chroniqueur maigrichon avec son lourd grimoire, jamais il n'arrivera à suivre le rythme !
Le Chaman : Mais non, regarde-le ! Il est juste derrière Eldan qui ouvre la voie, et il avance d'un pas sûr et rapide ! N'est-il pas plein de ressources insoupçonnées ?
Cassandre : C'est vrai qu'il m'étonne. Les voilà qui ont déjà atteint le sommet, là où se trouve la mine. Ne vont-il pas se faire repérer par la sentinelle de faction ? Mais non, il sont passés sans problème ! Mais... qu'est-ce que Vighnu tient dans sa main ?
Le Chaman : Je crois que c'est l'en-cas de la sentinelle que Vighnu a subtilisé dans sa cahute. Celui-là est plus discret qu'une ombre ! Mais voici une difficulté qui s'annonce : si la montée fut facile, la descente sera périlleuse. Il leur faudra escalader des falaises et franchir des à-pics.
Cassandre : Ils vont se rompre le cou ! Je vois déjà Andréas qui pâlit à la vue du danger !
Le Chaman : Pourtant, les voilà qui s'encordent et commencent à descendre. Eldan et Vighnu sont à l'aise, Andréas beaucoup moins. Mais encordé et guidé par ses camarades il parvient à descendre. La première falaise est passée, ils s'attaquent à la deuxième...
Cassandre (se bouchant les yeux) : Je ne veux pas voir ça, ils vont mourir !
Le Chaman : Allons ! Non, cela semble bien se passer. Les voilà maintenant qui se cachent et observent, ils ont dû repérer au loin une patrouille des Sentinelles. En tout cas, ils reprennent la descente et le plus dur semble être passé. Ils ont retiré leurs cordes. Mais... quel fait Andréas ? Il se lance en courant dans la pente, ignorant le danger ! Il tombe !
Cassandre (découvrant un œil pour regarder Andréas choir) : C'est la fin ! Il va se briser la nuque contre un de ces lourds rochers !
Le Chaman : Mais non, regarde ! Andréas se relève en se frottant le coude. Il s'en tire avec quelques bleus. Tous trois sont arrivés au pied du gué de la Rivière aux Élans.
Cassandre : Par les Pères, un ours ! Aaahhh !

En effet, un ours de bonne taille est entré sur la scène côté cour. Il est occupé à pêcher dans la rivière dont il a déjà extrait plusieurs poissons de bonne taille. Il a l'air assez bonhomme, ce qui n'empêche pas Cassandre de se réfugier derrière le Chaman. Entre alors Eldan, côté jardin. L'ours grogne dans sa direction et Eldan s'arrête brutalement, comme pétrifié par la vue de l'imposant plantigrade.

Cassandre : Cette fois ils vont être dévorés tout crus ! Quelle horrible fin !
Le Chaman (chuchotant à l'oreille de Cassandre) : Ne t'ai-je point parlé de ressources insoupçonnées ? Regarde !

C'est alors qu'Eldan se met à courir. Hurlant comme un dément et agitant ses bras à toute vitesse comme s'il essayait de s'envoler, il traverse la scène en direction de l'ours. Ce dernier, d'abord interdit, ramasse ses poissons et sort de scène sans demander son reste.

Le Chaman : Et c'est ainsi que l'envol du moineau effraya l'ours !

Rideau.


Troisième acte : Nuit blanche à Solerane

Trois personnages entrent en scène : deux paysans miteux et un baladin vêtu d'un costume très voyant avec des grelots. Les grelots tintent à chaque pas du baladin et sa figure, entièrement peinte de blanc, affiche un rictus sinistre. Il faut quelques instants aux spectateurs pour comprendre que les paysans sont en fait Eldan et Andréas, alors que le baladin à la triste figure n'est autre que Vighnu. Sur scène se trouvent également deux gardes qui font payer le péage d'entrée dans Solerane à une foule bigarrée de marchands et de badauds. Un enfant pointe Vighnu du doigt.

L'enfant : Maman, maman, pourquoi le monsieur il est habillé comme ça ?
La mère : Parce que c'est un baladin, il est là pour faire rire les gens.
L'enfant : Ben pourquoi il a l'air tout triste alors ?
La mère : Chut ! Il pourrait t'entendre !
Vighnu (à Eldan) : Je peux te dire que je te la revaudrai celle-là !
Eldan : Mais pourquoi dis-tu ça ? Il fallait bien que ta face soit maquillée, sinon on t'aurait reconnu !
Vighnu : Et les grelots, c'était obligé ?
Eldan : Ben oui, les baladins, ils ont des grelots ! Il faut que tu sois crédible, sinon l'opération pourrait être compromise. Souris un peu bon sang !
Andréas : Alors qu'entrer chez Jornil avec des grelots, ça risque pas de compromettre l'opération...
Garde : Halte là les pécores, il vous faudra payer votre écot pour entrer en ville. C'est une pièce de cuivre par jambe.
Eldan : Une pièce de cuivre ? Mais c'est qu'on est des pauv' gens nous, on a pas le sou com' les riches marchands là derrière ! On peut avoir un rabais si on entre à cloche-pied ?
Garde : Certainement pas ! Encore que... Il est avec vous, le baladin qui tire la tronche, là ? S'il passe le pont-levis en marchant sur les mains, on vous fait un prix !
Soupirant, Vighnu fait une petite pirouette pour s'appuyer sur ses mains. Il esquisse un ou deux pas, avant de s'effondrer lourdement sur le sol - suscitant les rires gras des gardes.
Garde : Six pièces, les pécores !

Rideau.

Une fois dans les murs de la ville, les trois compères se répartissent les taches. Andréas et Vighnu vont reconnaître la maison de la famille Cuivré. Ils repèrent en particulier la fenêtre du grenier, et Vighnu dessine dans sa tête une voie d'accès depuis les toits des maisons voisines. Restera à distraire le garde de faction. Pendant ce temps, Eldan se renseigne à la taverne "Le Carafon" sur la présence à Solerane d'un éventuel enquêteur qui pourrait remonter leur piste. Voici le récit qu'Eldan fera plus tard à ses compagnons.

« Heymdal "l'Émacié" est un chasseur de brigand. Sa barbe grisonnante et son visage orné de majestueuses rides pourrait presque faire penser à un sympathique grand-père. Du moins avant que l'on ne croise son regard pénétrant et que l'on ne remarque l'imposante cape noir corbeau qui lui couvre les épaules. Des cheveux coupés cours viennent renforcer l'aspect anguleux de sa mâchoire. Lorsqu'il se lève et dépasse la foule d'une tête, on comprend qu'il s'agit de quelqu'un de pas banal. Le suit de près un homme plus imposant encore, musculeux, aguerri et dont la peau est si marquée que l'on distingue difficilement ce qui relève du tatouage et de la cicatrice. Une lourde épée bâtarde est sanglée entre ses omoplates mais ne semble pas entraver ses mouvements souples. L'équipe est complétée par un jeune homme aux cheveux châtains clairs nouées en une longue natte et dont le visage est difficilement mémorisable … un Emishen peut être ? Sa démarche féline rappelle celle de Vighnu. »

Le groupe se reforme, et décide d'aller louer un lit à l'Hostellerie des Moindres. En entrant dans l'établissement bondé, Andréas repère la silhouette de Sifenen Arlan, le palefrenier emishen qui travaille pour Mérane "Roulier". Considérant que Mérane est probablement elle-aussi présente à l'Hostellerie, Eldan et Andréas jugent plus prudent de faire demi-tour et d'aller chercher une couche ailleurs.

Entre temps, les préparatifs pour le grand banquet du soir avancent sur la Grand' Place. Les gens sont déjà attablés et les discours ont commencé. Ceux-ci tournent autour de la situation économique de la ville (qui n'est pas très bonne) et de la venue du Primat. On annonce ainsi une grande messe pour sa venue. Jornil Cuivré fait lui aussi un discours. L'homme accuse clairement le poids des malheurs qui l'ont récemment accablé. Dans son discours, il annonce d'ailleurs qu'il prend sa retraite, laissant sa place à son fils.

Où l'on échange vêtements et nourriture

L'un des paysans renifle dédaigneusement le banquet, y prélève une pâtisserie, la porte précautionneusement à ses lèvres et la repose aussitôt avec une grimace des plus expressives. Pendant ce temps, le second paysan et le baladin sortent de la scène et réapparaissent quelques secondes plus-tard et en ayant échangé leur vêtements. Le nouveau baladin, cette fois-ci souriant, s'attaque au banquet avec un plaisir visible pendant que le paysan, anciennement triste baladin, s'éclipse par l'autre côté de la scène.

L'enfant : Maman, maman, ou il va le monsieur ?
La mère : Il va se mettre en place pour accomplir sa sombre besogne …

Rideau.

Les minutes passent. Soudain l'équipe du chasseur de prime se rassemble. Des mots sont échangés puis ils se séparent : Heymdal "l'Émacié" reste au banquet, la brute part vers l'Est et le jeune vers le Nord. Or la maison de Jornil ou opère Vighnu se trouve au Nord-Est, il faut agir vite. Eldan pris de court n'a pas le temps de penser à une riposte, et propose à Andreas de suivre le massif tandis que lui prendra en charge le plus discret. Par la suite il regrettera beaucoup sa décision et ressassera ce que le Lieutenant Esic "Le Cornu" aurait fait : « il aurait demandé au Chroniqueur de brouiller l'esprit des enquêteurs en leur faisant croire avoir aperçu Nadine "la Moucheuse" dans une direction opposée ». Trop tard, le moineau perd de vu sa cible et c'est sur le chroniqueur que le piège se referme finalement, lorsqu'au détour d'une ruelle, les deux enquêteurs lui barrent le chemin. Andreas tente de berner ses adversaires en essayant de se faire passer pour un monte-en-l'air, mais en vain. Ceux-ci l'interrogent et malgré leur brutale cruauté, le seul mot qu'ils tirent de lui est « .. baladin ... ». Ensanglanté et affaibli le Chaman du phare de l'humanité est dans une position des plus délicates alors que le guerrier le jette sur son épaule. Dans un dernier effort, Andreas projette son poids vers l'avant, saisit la sphère métallique rouge qui lui avait été confisquée et usant de toute la puissance de sa sorcel… euh de sa volonté, trouble si bien l'esprit de son ravisseur que ce dernier, persuadé d'avoir reçu un coup fatal à la gorge, le libère pour retenir le sang de sa blessure imaginaire. Sans lui laisser le temps de le poursuivre, notre héros s'enfuit et part rejoindre ses camarades.

Le hussard sur les toits de Solerane

Pendant ce temps, perché sur les toits abrupts de la cité, à quelques mètres de la maison Cuivré, Maître Pratesh attend patiemment. Il met à profit ce délai supplémentaire pour observer la rue et s'introduire dans les soupentes. Il a donc vu toute une foule pénétrer dans la maison. Non seulement, Jornil, Midral et leurs familles respectives mais également d'autres individus parmi lesquels le Sénéchal en personne ainsi que deux chariots dont le contenu a justement été entreposé dans le grenier. Parmi les jarres d'huile et les marchandises diverses … il découvre des cagots remplis de lingots d'argent. C'est une intense bataille intérieure qui prend place dans l'esprit de l’apothicaire ... dans laquelle toutes ses fonctions cognitives s'entrechoquent pour décider ce qui, du vol des lingots ou de l'obéissance au Capitaine Durgaut lui servira au mieux. L'image d'Islinna venant remettre un peu de calme dans le paysage mental de notre protagoniste, une trêve est déclarée le temps de mener la mission à terme.

Quelques étages plus bas, c'est toute une réunion qui semble se dérouler. C'est du moins ce que va découvrir Andreas. Car ce dernier vient de rejoindre Eldan et explore l'intérieur de la bâtisse grâce à ses dons chamaniques. Cette reconnaissance virtuelle lui permet d'avoir une relative bonne idée de l'organisation des lieux. Le deuxième étage, juste en dessous du grenier où se trouve Vighnu, est semble-t-il réservé d'une part aux serviteurs et d'autre parts à certains invités - une chambre est d'ailleurs remplie d'enfants. Au premier, outre ce qui semble être les appartements de Jornil, Andréas découvre que Jornil semble avoir conservée intacte la chambre de sa défunte femme. Personne n'allant dans cette pièce, il s'agirait d'une bonne cachette pour Vighnu. Enfin, le rez-de-chaussée est bondé d'invités, entre la cuisine et la salle de garde. Andréas détecte la présence de Jornil, et d'autres personnes, dans une pièce qui semble être une étude. Andréas ressent également que l'étude contient des documents, des parchemins, qui sont extrêmement précieux à Jornil et qui forment, d'une certaine façon, la clé de son pouvoir. Andréas ressentant, lors de ses reconnaissances magiques, l'état d'esprit superficiel des gens qu'il rencontre, il réalise également que cette grande réunion de famille regroupe en fait trois clans : la famille de Jornil, la famille de son gendre Midral "Cuivré" en provenance d'Archerune, et un troisième groupe formé d'un trio de guerriers endurcis semblant n'appartenir à aucune des deux familles et logeant à l'étage des serviteurs. Il se trame des choses, dans cette maison...

Un plan grossier du bâtiment finalement couché sur un parchemin, Andreas le remet au moineau pour que ce dernier le transmette à Vighnu.


Quatrième acte : le dernier cruchon de Jornil Cuivré

Le Chaman : Le ver est dans le fruit, la conclusion approche.
Cassandre : Reste à savoir qui va trépasser... ou plutôt trébucher !

Rideau

Une nouvelle ombre se dessine sur le ciel étoilé. Est-ce un acrobate ? Non c’est Eldan qui rejoint Vighnu dans le grenier !

Eldan : Tiens voici le plan !
Vighnu : Ce n’était pas cela le plan…
Eldan : Mais non, je te parle du plan qu'Andreas vient de dessiner !
Vighnu : C’est ça qui n’était pas le plan.
Eldan : De quoi ?
Vighnu (qui soupire) : Bon, donne.

Un peu à l'écart, Cassandre et Le Chaman observent la scène.
Cassandre : Je t’avais dit que ça allait déraper.
Le Chaman : Allons, personne n’est tombé du toit !
Cassandre : Pfff...

Son rôle de messager terminé, Eldan repart. Pendant ce temps Vighnu se penche sur le plan.
Vighnu : Mais ce n’est pas un plan ! C’est une lettre ! Bon, tant pis. Quand faut y aller...
Vighnu se déplace alors avec légèreté jusqu’à la porte du grenier et l'entr'ouvre avec toute la délicatesse dont il est capable.

Rideau

Comme un air de vaudeville

Entrent les Convives, Vighnu et Jornil.

Un convive entre, un autre sort et descend les escaliers. Vighnu descend à son tour. L’assassin hésite devant les portes conduisant à trois pièces différentes. L’une, à en changer par le bruit, est occupée, une autre est fermée à clef. La dernière est ouverte... sans bruit Vighnu entre. Mais ce n’est pas la chambre de Jornil. C’est celle de Midral son beau-fils... dont les enfants dorment à l'entrée de la pièce ! Du bruit dans l'escalier ! Vighnu se dissimule dans l’ombre à côté de la cheminée, tandis que Midral ouvre la porte. Midral embrasse ses enfants sans remarquer Vighnu, puis se couche alors que Vighnu pousse un soupir de soulagement. Encore du bruit dans l'escalier : cette fois c'est Jornil. Vighnu entend le cliquetis de la serrure et la porte fermée s’ouvre ! Vighnu fait un pas et mais entend la serrure se refermer et recule pour se cacher de nouveau….

Cassandre : Est-ce la fin ? Le légendaire assassin de Tal Endhil va être découvert par deux jeunes bambins et terminer six pieds sous terre ! Oh, Fatalité, tu es bien cruelle !
Le Chaman : C’est sans compter sur ses compagnons ! On ne les appelle pas les déterrés pour rien !

En effet, à l'extérieur, Andreas et Eldan se concertent.

Eldan : Il en met du temps ! C'est inquiétant.
Andreas : Cela ne veut rien dire. La nuit n'est pas finie.
Eldan : N’empêche. On devrait aller l’aider.
Andreas (se ravisant) : Tu as raison. Viens, et pose tes mains sur la bouboule.
Eldan : Oh dis-donc hé !

Andreas fait alors une nouvelle fois appel à sa puissante magie et se projette alors dans le temps et l’espace ! Oui bon... à deux maisons de là.

Andreas : Ah mince il est coincé !
Eldan : Où ça ?
Andreas : Dans une pièce qui n’était pas sur le plan...
Eldan : Par les Pères ! Mais qu’est que vous avez tous avec ce plan ?
Andreas : Bon il est pas loin de Jornil, je vais le contacter.
Andréas se concentre, ferme les yeux, on entend comme un bruit de radio qui grésille.
Andréas (semblant parler tout seul) : Vighnu tu me captes ?
Eldan : Il te capte ?
Andreas (à Eldan) : Je crois oui. Il m’envoie de drôles d’images. Attend... on dirait une carte mélangée à du gruyère et il fait un geste... Ahem. Oui bon, il n’est pas content je crois.
Andréas (à Vighnu) : Ne t’inquiète pas Vighnu la chambre de Jornil est juste à côté !
Vighnu : Je sais gros malin, mais c’est fermé bon sang !
Andreas (à Eldan) : Il dit que c’est fermé !
Eldan : Ah il ne sait pas ouvrir une porte ? Faut peut'ête que j’aille l’aider ?
Andreas : Faut avouer qu’un assassin de ce calibre qui reste bloqué devant une simple serrure... Mais j’ai une meilleure idée !!
Andréas rouvre les yeux, et regarde Eldan d'un air intéressé. Andreas : Pose tes mains sur la...
Eldan (soupirant) : C’est bon j’ai compris !

Au moment où Andréas ferme à nouveau les yeux, dans la maison Jornil se réveille. Grommelant dans sa barbe, on peut l'entendre dire "Allez, un dernier petit cruchon pour la route !". Il se lève, et sa démarche hésitante montre qu'il n'en est pas à son premier cruchon. Il déverrouille la porte et descend l’escalier. Vighnu sort alors de l’ombre, se glisse dans la chambre de Jornil et se tapit dans un coin sombre. Jornil remonte l’escalier, un cruchon à la main, entre dans sa chambre et referme la porte.

Andreas : Ça y est, il est chez Jornil !
Eldan : Enfin, on va pouvoir dormir.
Andreas : Oui ce n’est pas de refus. J'ai comme un coup de barre là.

Jornil boit et s’endort aussi sec, affalé dans son fauteuil. Vighnu sort de sa cachette et s’approche de sa future victime. Comment briser la nuque d’un homme assis dans un fauteuil ? Vighnu prend une plume et chatouille l’homme. Jornil grommelle, se leve, fait un pas... Et CRAC !

Rideau

Intermède

Entrent Cassandre et Le Chaman.

Le Chaman : Ainsi, la sombre besogne est accomplie. Jornil n'est plus. Maître Cuivré a trébuché dans l'escalier sans même bouger de son fauteuil.
Cassandre : En allant se chercher un cruchon de vin. Quel bien étrange destin !
Le Chaman (tirant sur sa pipe qui libère des vapeurs d'Herbe-Nuage) : L'alcool est un poison !
Cassandre : Oui mais l’assassin n’est pas sorti d’affaire. As-tu oublié les hommes de Heymdal "l'Émacié" qui montent la garde dehors ? Eldan a repéré l'homme à la longue natte dissimulé dans le rue devant la maison de Jornil, mais qui sait, peut-être y en a-t-il d'autres ! Le pire est toujours possible !
Le Chaman : Tu as raison, Cassandre. Nos héros feraient bien d'être prudents, car l'Émacié semble être un sacré client. Et puis Vighnu doit encore mettre en scène la mort de Jornil, sans se faire prendre !
Cassandre : Vont-ils s'en tirer ? Je tremble pour eux !


Cinquième acte : un cruchon dans la nuit

A l'intérieur de la maison, Vighnu est face à un problème de taille... ou plutôt de masse. Jornil n'est pas spécialement un petit gabarit, et Vighnu se demande bien comment il va pouvoir traîner l'imposante carcasse du maître de maison jusqu'à l'escalier pour mettre en scène son "l'accident bête". Sans compter que la chute du corps dans l'escalier provoquera un tintamarre propre à réveiller toute la maisonnée, et que l'assassin devra filer fissa. [1] Vighnu, l'air perplexe, observe le corps de Jornil. Il le soupèse, essaye de le déplacer pour finalement lâcher un long soupir. Le Fehnri prend alors le temps de manger et boire un morceau, c'est qu'il va lui falloir de l’énergie.... Ensuite, le petit homme visite du regard la chambre du Cuivré, semblant chercher si quelque chose d'utile ne trainerait pas. Visiblement déçu du résultat, Vighnu s'en retourne au corps de Jornil et décide de le porter jusqu'au fauteuil. Une fois le corps en place, il s'empare de la bouteille de vin et s'approche de la porte de la chambre. Vighnu fixe pendant quelques instants la porte les yeux mis clos. Parfaitement détendus jusqu'ici, les muscles de l’assassin se tendent doucement jusqu’à ce que soudainement, mais en silence, le Fehnri se décide à ouvrir la porte. "Personne sur le palier, juste un léger bruit en bas," pense Vighnu. Puis il pose la bouteille sur la première marche de l'escalier conduisant au rez-de-chaussée, avant de prendre l'escalier menant au deuxième étage et sans s’arrêter continuer jusqu'au grenier. D'un mouvement souple, le Fehnri ouvre la porte du grenier sans la faire grincer puis redescend, toujours en silence, vers la chambre de Jornil. Là, le petit homme prend sur ses épaules le corps sans vie de Jornil. Il s'approche de l'escalier et fait basculer le corps qui entraine dans sa chute la bouteille de vin. Le Fehnri n'attend pas de voir le résultat. Déjà des exclamations montent du rez-de-chaussée : "Le Maître est mort !" Courant presque, l’assassin se rue dans le grenier et en referme la porte tandis que les portes des chambres du troisième s'ouvrent pour laisser la place aux gardes de la maisonnée.

Rideau

Pendant ce temps, à l'extérieur de la maison, Eldan et Andréas confèrent. Tous deux ont l'air épuisés, en particulier le chaman qui parait fiévreux. Ils viennent juste d'entendre passer une patrouille de gardes dans la rue voisine, qui heureusement ne les a pas vu.

Eldan : Il faut absolument prévenir Vighnu qu'un homme de l’Émacié surveille la rue ! Il risque d'être vu !
Andréas : Tu es sûr qu'il est toujours en place ? Et qu'il était seul ?
Eldan : Ben non... Il faudrait qu'on aille vérifier. Discrètement.
Les deux comparses se regardent, jaugeant leurs états physiques respectifs.
Andréas et Eldan (en chœur) : Nan mais en fait c'est pas une bonne idée.
Eldan : On risquerait de se faire repérer.
Andréas : Et tabasser.
Un silence embarrassé s'en suit.
Eldan : Comment faire alors ?
Andréas (haussant les sourcils) : Tu veux vraiment que je réponde ?
Eldan : Encore de la sorc... du chamanisme ? Tu es sûr que tu es en état ? Tu veux que je mette les mains sur la bouboule ?

Andréas refuse, préférant qu'Eldan préserve ses forces. Il se concentre, serre les dents alors qu'il sue à grosses gouttes, et ferme les yeux quelques secondes. Son sortilège lui permet de constater que trois hommes surveillent la maison. L'Emishen natté, qui se trouvait dans la rue, se trouve désormais sur un toit en face de la maison Cuivré, caché derrière une cheminée. Il semble avoir un arc à la main. Un autre homme, qu'Andréas pense être "Le Costaud" qui l'a passé à tabac dans la ruelle, se trouve dans une rue derrière la maison Cuivré. Le troisième homme, qu'Andréas ne connait pas mais dont l'esprit affiche une froide détermination, couvre le sud de la maison. Il faut absolument transmettre ces informations à Vighnu, car si ce dernier reprend le chemin qu'il a emprunté pour entrer dans la maison, il sera repéré à coup sûr. Mais comment communiquer avec Vighnu sans être vu ?

Eldan : Regarde ! J'ai cette lanterne ! En me cachant derrière cette cheminée, là-bas, je pourrai lui faire des signaux qu'il verra depuis le grenier ! Ce qu'il faudrait, ce serait un genre de flèche lumineuse pour indiquer la direction du danger à Vighnu...
Andréas sourit, puis déchire une feuille de parchemin de son grimoire. Il découpe la forme grossière d'une flèche dans le parchemin, et renverse de l'encre sur le reste du feuillet.
Andréas : La voilà ta flèche lumineuse ! En utilisant une seconde page pour diffuser la lumière, cela devrait fonctionner...

Rideau

Muni de son dispositif improvisé de communication à distance, Eldan grimpe sur le toit. Il doit faire de grands efforts pour ne pas être vu par l'homme à la natte, et parvient in extremis à se cacher derrière la cheminée. C'est alors que Vighnu parait à la fenêtre du grenier. Eldan commence à lui faire des signaux. Il indique d'abord les dangers à gauche et à droite de Vighnu en faisant clignoter sa lanterne, puis il lui indique une route qui lui parait sûre. Vighnu hésite un instant : même s'il a reconnu la silhouette d'Eldan sur le toit, il n'est pas sûr de comprendre le code. C'est alors qu'Eldan se saisit d'un objet dans son sac... et le lance avec force de l'autre côté de la rue !

Cassandre (pointant de la main le ciel nocturne) : Là-bas ! Qu'est-ce que c'est ?
Le Chaman : Est-ce un oiseau ?
Cassandre : Est-ce une machine volante ?
La Chaman : Est-ce un Esprit ?
Cassandre et Le Chaman (en chœur) : Non, c'est un cruchon !

Et en effet, c'est un bien un cruchon qu'Eldan a lancé en direction du toit où se dissimule toujours le natté. Le cruchon y explose avec fracas. Vighnu comprend que c'est pour lui le signal du départ et sort aussi vite qu'il le peut du grenier. Un cri s'élève alors de la rue : "Sergent ! J'ai vu quelqu'un, là-haut sur le toit !" Le cri provient d'un homme de la patrouille qui tout à l'heure avait dépassé Andréas et Eldan. Patrouille qui vient, bien aidée par le bruit du cruchon se fracassant contre les tuiles, de remarquer la silhouette du natté derrière sa cheminée.

Cassandre (les mains sur les hanches, l'air agacée) : Mais qu'est-ce que c'est que ce rebondissement ? Juste au moment où Vighnu allait se faire repérer ! N'est-ce pas un peu gros ?
Le Chaman : Pourquoi donc le Destin ne ferait-il que mettre des bâtons dans les roues ? Il sait aussi être généreux avec les héros !
Cassandre (boudeuse) : Permets-moi d'en douter !

Tandis que les hommes de la patrouille cherchent en vain l'homme sur le toit (et finissent par conclure qu'il devait probablement s'agir d'un chat), Vighnu parvient à rejoindre Eldan, en prenant soin de rester du bon côté du faîte du toit afin de ne pas être vu par l'autre homme d'Heymdal. Les deux comparses descendent alors du toit pour rejoindre Andréas qui les attend en bas. Eldan y parvient sans souci, mais Vighnu est épuisé par sa nuit dans la maisonnée Cuivré. Alors qu'il descend à la suite d'Eldan, son pied glisse hors de son appui ! Fort heureusement, il trouve la main d'Andréas qui avait anticipé une chute et se tenait prêt. Pour la première fois depuis le début de cette longue nuit, nos trois protagonistes sont réunis. Il leur reste à quitter discrètement Solérane. Mais pour le moment, il vont tenter de trouver un peu de sommeil...

Rideau

En ce lendemain de fête il fait beau, une belle journée se prépare. Néanmoins pour avoir le loisir d'en profiter, nos trois héros doivent encore sortir de la ville. Vighnu sort de l'écurie ou nos trois compères ont dormi quelques heures. Vighnu a le visage dissimulé sous une capuche et garde la tête baissée, de la porte de l'écurie il peut voir la porte sud de Solerane - de loin la voie la plus tentante pour quitte la ville ! Méfiant, l’assassin murmure à ses amis.

Vighnu: Soyons prudents, des guetteurs sont peut-être postés aux portes.
Eldan: Tu as raison, caché dans l'ombre je distingue la silhouette de la brute qui a coincé Andreas.
Andreas: Impossible qu'il ne me reconnaisse pas...
Vighnu: Il nous faut une diversion.
Andreas: On a toujours le costume de baladin.
Eldan: Et j'ai une idée !
Vighnu et Andreas (en chœur) : Tu as une idée ?

Rideau

  1. On notera quand même les efforts du rédacteur en matière d’allitérations !


Épilogue : Sale temps pour les baladins

Entre Le Baladin.

La matinée est maintenant assez avancée. Le baladin, celui dont le costume est si reconnaissable, marche d'un pas vif dans les rues de Solerane. Il est suivi par une petite foule qui rit et le salue. Il fait des blagues, tente même quelques roues un peu maladroites. Il a l'air joyeux et approche tranquillement de la porte sud de Solerane. Porte où un homme monte une garde discrète mais néanmoins vigilante : c'est "le costaud", l'homme de main de Heymdal "l'Émacié", celui-là même qui a roué Andréas de coups ! Il repère bien vite le baladin, et crie à l'attention des mercenaires gardant la porte : "C'est lui là-bas ! Attrapez-le !", tout en se précipitant vers le baladin. Ce dernier met quelques secondes à comprendre ce qui lui arrive. Il sourit à la brute qui se rue vers lui. "Mais vous devez faire erreur... et puis ce costume n'est même pas à moi ! C'est un type qui me l'a..." Les dénégations du malheureux baladin seront malheureusement brutalement coupées lorsqu'un poing épais comme une enclume s'écrasera sur son visage.

Pendant ce temps à la porte, profitant de cette agitation bienvenue, Vighnu, Eldan et Andréas - déguisés en simples paysans - se glissent hors de la ville sans être remarqués. Ils n'auront pas un regard pour le malheureux baladin qui git assommé, le nez cassé, sur la chaussée.

Rideau.

Entrent Cassandre et Le Chaman.

Cassandre : Et alors ? Ça finit comme ça ? Pourtant bien des choses restent en suspend ! Comment ces trois là vont rentrer à Tal Endhil en évitant les patrouilles ?
Le Chaman : Ils devront se séparer. Vighnu prendra le chemin le plus difficile, qui est aussi celui où il risque le moins d'être vu : le même chemin qu'à l'aller, par la mine. Andréas et Eldan ont, dirons-nous, un visage plus discret. Abrités derrière leur déguisement de paysans, ils vont se glisser dans la foule qui vient assister à la visite du Primat.
Cassandre : Mais sommes-nous certains qu'ils n'ont pas été repérés par l’Émacié ? Il me fiche les jetons, celui-là !
Le Chaman : Ils l'ignorent, et nous aussi. Bien des fils ont été tirés dans cette histoire, et les chemins que Tal Endhil empruntera sont encore mystérieux.
Cassandre : Peut-être, mais moi, je suis sûre d'une chose.
Le Chaman : Quelle chose, Cassandre ?
Cassandre : Tout cela va mal finir !

Fin.



Épisode Précédent ← | → Épisode Suivant
<< RETOUR à la liste des Épisodes