15) "Les Hautes Sphères" : Différence entre versions

De Marches du Nord
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Version du 30 janvier 2015 à 08:14

Tout le monde se retrouve durant une nuit

Herle et Islinna se sont rendus au manoir de Garde-Lunes le lendemain pour prolonger la discussion avec Herrengard. Auparavant, une réflexion commune et quelques informations glanées auprès des contacts des dames ont permis de mieux cerner la situation politique et économique de la famille de Garde-Lunes. Elle tire l’essentiel de ses ressources de la guerre : impôts prélevés directement là où la famille stationne des troupes, locations de troupes comme mercenaires à l’armée impériale (mercenaires qui servent beaucoup à escorter les convois de matériel), commerce de métaux et d’armes avec l’armée impériale. Herrengard a fait investir dans les mines et les forges, et a des liens avec la Guilde des Forges du fait de ses activités. Il est cependant hostile aux maisons marchandes en général qu’il considére comme responsables de la victoires impériales lors de la dernière révolte des Ondrènes (à laquelle il a largement participé). Par caractère et par intérêt, il est fermé à toute possibilité de paix avec les Emishen - et il déteste Rhilder le fou, encore qu’on ne sache pas très bien pourquoi.

Dans le vestibule du manoir, Herle et Islinna sont témoins d’une discussion animée alors qu’ils viennent à peine de franchir le seuil. Alastor, le fils aîné,Tharcem, le bâtard dirigeant les mercenaires et un lointain cousin s’engueulent vigoureusement pour savoir s’il est temps de régler leur compte, une bonne fois pour toutes, aux Olodens. Le cousin, Yoreld, est particulièrement véhément. En trainant l’oreille, Islinna comprend vite qu’il commandait un détachement mercenaire chargé d’escorter un gros marchand. En arrivant à Valmire, le convoi a été attaqué par des Kormes qui se sont emparés des chevaux et des chariots de vivre. Vraisemblablement, Yoreld s’est enfui lors de l’attaque et n’est pas fier face à Tharcem (son supérieur). Donc, il hurle contre “ces maudits Emishen” qui attaquent les convois, etc. Herle et Islinna participent à la discussion comme “connaisseurs des sauvages”. La profondeur des analyses stratégiques d’Islinna surprend un peu les trois hommes - et son charme commence à opérer sur Tharcem quand Herle est invité à voir Herrengard.

Les premiers moments de la rencontre se passent plutôt bien. Le tabac de luxe, acheté à un apothicaire fenhri, fait son office pour amadouer le vieil homme et lui faire accepter la présence d’une femme dans une discussion sérieuse. Les Talendan évoquent la situation du village, leurs projets d’avenir - Herrengard écoute poliment (ce qui est déjà pas mal) mais ne s’intéresse pas vraiment à ce qu’il considère comme un trou paumé. Il est plus attentif quand la discussion commence à tourner autour de la situation à Aroche. Malheureseument, c’est le moment que choisi Islinna pour user de son lilpan. Presque immédiatement, Herrengard lui décoche un coup de canne - Herle qui s’interpose en est quitte pour une sacrée bosse. Herrengard intime à Islinna l’ordre d’arrêter immédiatement sa sorcellerie. Il est furieux. Herle est abasourdi. Il vient d’apprendre que sa compagne de voyage est une sorcière.Bizarrement, toutefois, la situation s’apaise assez vite. Herle reste pétrifié par la situation mais Herrengard ne semble pas décider à faire brûler Islinna (même s’il menace à plusieurs reprises de la faire arrêter). Le vieux baron semble remarquablement au fait de la magie. Il a senti le lilpan grâce à un artefact de famille, une tige de métal à l’intérieur de sa canne qui a la propriété de raisonner en présence de sorcellerie. Il lui a suffit ensuite de tendre sa volonté, comme il a apparemment appris à le faire, pour résister à Islinna.

Radouci par l’attitude humble d’Islinna et les plates excuses d’Herle (qui s’embrouille pas mal), il engueule son lointain neveu et lui rappelle l’histoire de la famille de Garde-Lunes, qui chasse les sorcier depuis des temps anciens. Il appuie ses dires en faisant brûler une bûche préparée spécialement pour bloquer la magie autour d’elle, en particulier toute écoute. Pour le convaincre de les laisser repartir entiers (et libres), Herle et Islinna révèlent à Herrengard ce qu’ils savent des chacals présents à Aroche - pour le coup, voilà un vrai sorcier, un vrai méchant et une vraie conspiration contre la ville. Ce que raconte le duo ne trouble pas autant le baron qu’ils ne l’espéraient. Que des Ondrènes se révoltent, il trouve ça plutôt bien, que la puissance des familles marchandes soit défiée, aussi. Par contre, il apprécie moins la présence des Sylvains et encore moins celle d’un sorcier. Pour autant, ce qui le fait réagir est la légèreté avec laquelle les Talendans prétendent enquêter et agir contre les Chacals comme s’ils étaient au milieu des forêts du Nord. Herrengard leur rappelle, brutalement, qu’ils sont dans une ville civilisée, avec des autorités compétentes et des gens dont le maintien de l’ordre est le métier ! Bref, il obtient d’Herle et Islinna qu’ils se calment et qu’ils transmettent la consigne à leur compagnons - ce qui n’est pas gagné. En échange, il verra ce qu’il peut faire de son côté, et surtout il ne dira rien d’Islinna et de ses pratiques douteuses.

C’est à la fois soulagés et terriblement inquiets que les deux sortent du manoir pour rentrer à l’auberge. Herle s’isole pour boire et réfléchir aux conséquences de sa découverte. Islinna retrouve Mérane qui a progressé dans leur recherche d’un barde pour Tal Endhil.

Recherche d'esclaves : à court de gosses. Rencontre avec le barde-secret

Achat de grains et recrutement

Contrat avec Salomé

Un second bateau et des marins

Les objectifs économiques du voyage ayant été brillament remplis, les Talendans de la “Ville-Haute” peuvent reprendre leur enquête sur les machinations des chacals.

Les émeutes ne se cantonnent désormais plus au bas de la ville et semblent monter en puissance. Grâce à des informations diverses, une taverne semble être au centre de l’activité nationaliste. Herle se rend alors déguisé à la “Dame Jeanne” et s’embusque dans un coin. Il observe pendant un temps puis approche celui qui semble être une des plus grandes gueules : Roheln ne cesse de payer des coups et d’encourager à la subversion. Il admet assez facilement que la bière est financée par un noble ondrène dont il ne connait pas le nom. Il est pourtant capable d’en donner une description qui refroidit les ardeurs d’Herle : si Roheln ne dit pas n’importe quoi, le mystérieux financier du nationalisme ouvrier est le cousin Tharcem. Herle retourne à son poste d’observation au fond de la salle.

Quelque temps plus tard, il voit arriver quelques hommes aux dégaines suspectes, qui livrent des tonneaux dans l’arrière-salle. Il n’a guère le temps d’en apprendre plus quand Tharcem entre lui-même dans l’auberge. Après avoir hésité, il se fait reconnaître de son lointain cousin. Tharcem est surpris, mais pas hostile. Il explique rapidement faire les “basses besognes” que lui demande Herrengard. Financer les ouvriers nationalistes en fait partie, ça ne le choque pas plus que ça. Il n’est apparemment pas au courant des rumeurs ni de la possibilité que la bière soit frelatée (ou pire). Leurs verres finis, les cousins quittent l’auberge pour rentrer au Clos des Insignes.

Dans une petite rue qui remonte vers le quartier noble, les mêmes hommes suspects qui livraient la bière les rattrapent. Rapidement, ils acculent Herle, armes au poing. Tharcem est hésitant - il semble reconnaitre les hommes (ou leur allégeance) et ne pas savoir comment réagir. Le chef des truands ne prend pas de gants et d’un ton sec ordonne à Tharcem de ne pas s’en mêler - en se couvrant de l’autorité de “ l’écuyer du roi des Ondrènes”. L’ordre secoue Tharcem qui revient à lui au moment où le cousin Herle empale le chef des truands sur son nehril sans lui laisser le temps de finir sa phrase. Faut pas causer en baston, c’est mauvais pour la santé. Tharcem se décide et dégaine pour se placer au côté d’Herle. Désormais à deux contre quatre, les cousins se débarassent tant bien que mal des truands, non sans sortir du combat largement blessés. Avant de rejoindre le manoir pour recevoir des soins, Herle prend le temps de contrôler la peau des morts : le chef est tatoué d’un dragon (insigne de l’Ondor, la mafia ondrène) et d’un chacal plus récent.

L’arrivée d’Herle et Tharcem, en sang, révolutionne la maison de Garde-Lunes. Alastor, le premier informé, jure sur les Pères n’être au courant de rien et se précipite à l’étage pour parler à son père. Quand il redescend, il est clair pour tout le monde qu’il vient de prendre le pouvoir sur la maison (au moins à Aroche). Il interdit toute action dans la continuité de celles ordonnées par Herrengard. Tharcem est dans ses petits souliers. Herle, qui ne dit pas grand chose et qui serre les dents pendant qu’il se fait recoudre, apprends par bribe que les Garde-Lunes sont largement impliqué dans la conspiration en cours.

Tharcem servait jusque là d’agent de liaison entre la famille et l’Ondor pour le compte du mystérieux “roi des Ondrènes”. Les Garde-Lunes ont été entraîné dans ces machinations par le lieutenant Mandelorn, affesté au train. Il ont eu des contacts avec l’écuyer du “roi” (qui est resté anonyme) et avec la baronne Oriane de Lorce, qui semble être la représentante de la conspiration dans le Nord. Plus tard, en discutant avec d’autres Talendans, Herle et les autres soupçonneront fortement le duc Théodrom de Lorune d’être le “roi” en question. Il n’est pas impossible que son écuyer soit le général Sigrel de Lorune, qui dirge le train. Cela le place en position pour commander à Mandelorn et il a déjà la réputation d’être mouillé dans un certain nombres de trafics. Très probablement, c’est aussi le responsable de la mutation de Durgault à Tal Endhil pour se débarasser du capitaine.

Alastor, qui s’était toujours affirmé contre la participation aux machinations, interdit désormais à tout le monde de rencontrer Mandelorn ou d’autres conjurés. Herrengard semble provisoirement dépouillé de son pouvoir au profit de son fils, résolu à passer l’éponge sur le passé et à ne pas égarer la famille dans une nostalgie dangereuse de la révolte des Ondrènes. Il discute longuement avec Herle pour évaluer à quel point d’autres que les Talendans sont au courant de ce qui se passe. Herle obtient de lui qu’il envoie une troupe à la Dame Jeanne pour saisir les fûts de bière frelatée.

Après cette nuit bien agitée, Herle rentre à la taverne retrouver les dames désormais escortées par Nadine. La journée suivante se passe en préparatif pour l’assaut prévu le soir contre les Chacals. A la tombée de la nuit, Islinna et Mérane montent à bord du Coppavento qui s’éloigne alors qu’Herle et Nadine rejoignent le sergent Bardhabras et ses troupes.

[L’assaut et ses conséquences immédiates sont décrits dans l’épisode précédent.]

Depuis l'aube où la troupe a enfin accosté sous les saules qui bordent la fermette louée par Maître Pratesh, la journée s'est enfuie dans le sommeil et les gémissements des blessés. Avant midi, Adira est parti vers Aroche avec Himesh et une archère fehnri, dans le but de trouver un médecin pour les nombreux blessés graves. Et sa mine n'est qu'à moitié réjouie lorsqu'ils reviennent au soir, accompagné par une roulotte conduite par un jeune métis.

Parce que, figurez-vous, il lui est arrivé un truc assez particulier, ahem... Après quelques atermoiements et effets de style, Maître Pratesh lâche que la roulotte abrite une vieille soigneuse fehnri extrêmement réputée et ses deux jeunes infirmiers, dépêchés par la Matriarche Saraatsha, mais qu'il pourrait y avoir un petit problème avec le prix : en échange de leurs soins, la Matriarche demande l'espèce de caquelon à fondue très moche. Adira est bien conscient de l'importance de l'objet mais d'une part vous avez d'autres preuves des maléfices de la nuit précédentes (les tablettes d'argile brisée, quelques colifichets sylvains manifestement "ensorcelés"...) en plus du corps de l'alchimiste (coupé en deux et tâché de goudron, quoique ça commence à s'évaporer lentement en produisant une odeur beaucoup plus incommodante que les sept cadavres stockés dans la bergerie attenante) et, d'autre part, il faut bien avouer que vous ne connaissez aucun autre médecin assez compétent, disponible en ce lendemain d'émeute, prêt à se déplacer à plusieurs heures hors des murs et à qui vous puissiez faire confiance pour ne pas révéler ce qu'il aura vu ?

La réponse du sergent B. est énergique : c'est non. Si certains hésitent un peu, Herle rassemble ce qui lui reste d'énergie pour soutenir le Hornois. La discussion n'est pas bien longue et la vieille fehnri repart comme elle est venue.

Et lorsque le dîner est prêt et qu'on a installé les convalescents pour qu'il puisse se restaurer, le sergent Bahardabras se lève au bout de la table, les voix se taisent et après avoir embrassé du regard la troupe au complet, il s'éclaircit la gorge :

« Pendant que nous sommes encore tous ensemble, j'aimerais vous parler. Hier, nous sommes allés au combat ensemble, Kerdans, Fehnris et Talendans. Nous n'étions pas préparés à ce que nous avons du affronté.

En tant que chef, c'était ma responsabilité. Je suis seul responsable des morts de cette nuit.

Chacun de vous s'est magnifiquement comporté, et vous pouvez être fiers.

Nous avons été privé d'un combat loyal par des lâches qui on préféré l'infamie. Nous avons quand même accompli la mission. Le sorcier responsable est mort. Ses complices sont morts ou en fuite, et leur heure viendra bientôt. Les sept camarades qui sont tombés hier n'ont pas été vaincus par meilleurs qu'eux, ils ont été victimes de maléfices.

Nous avions chacun nos raisons d'être présents : loyauté, obéissance ou désir de vengeance. Ce que nous avons fait est remarquable, et ça nous permettra d'accomplir des choses bonnes, et nécessaires.

Enfants de la chèvre noire, Kerdans, combattre a vos cotés a été une expérience utile, et je vous remercie. Nous allons bientôt nous quitter. Si nous nous recroisons, j'espère que nous serons a nouveau camarades. Talendan, le Capitaine sera fier de vous. »


Dorvas le Bras

Prévôt

Épilogue

Malgré la bruine froide et les appréhensions douchant les enthousiasmes, il y avait beaucoup de monde sur les quais de l'Arche Melangoline en ce petit matin de Deled mourant des Semailles [1] : le port kerdan enfin nettoyé voyait partir de nombreuses barges et quelques nefs, dont le Coppavento, plein comme un œuf.

Diovire Sotorine, debout sur le château arrière, surveillait justement le chargement de la cargaison par un équipage largement regarni : bien que nombre des "marins amateurs" de l'aller fussent trop mal en point pour participer à la manœuvre au retour, les 12 matelots supplémentaires recrutés par Mérane "Roulier" semblaient satisfaire leur nouveau capitaine. Maintenant que leurs cousins étaient en fond, la majorité étaient évidemment des Sotorine, ravis de quitter le bord d'autres familles kerdanes pour retrouver la leur, mais on comptait aussi deux Venzine et, curieusement, un Torodine pressé de quitter Aroche à cause d'une histoire de femme.
Suivant les indications enthousiastes d'Islinna, ils descendaient vers la cale les vivres, les nombreux sacs de grains et de pois, une grande cuve de distillation en étain, de larges rouages de bois ou d'acier commandés par Hadrien "Muraille", des herbes et fournitures médicales, des tonneaux de vin et de bière... Le tout en jetant de fréquents coups d’œil à la petite quinzaine de Hotars, aux airs bravaches et aux armures rutilantes, qui s'étaient rassemblés sur le gaillard d'avant autour de votre « Barbaras "le Hornois" », revenu comme transformé de chez ses compatriotes et qui à l'embarras général se faisait désormais appeler "l'Inflexible Gardien, Dharomjarn à l'Étendard de la Foi".

Lui-même serré dans un splendide haubert d'acier neuf et portant un large bouclier argenté orné de motifs antiques, Herle "le Défroqué", Nadine "la Moucheuse" et leurs compagnons mercenaires insistèrent pour porter eux-mêmes le cercueil de pin contenant le corps de Trevan "le Perdu", ramené vers Tal Endhil pour y être enterré avec les honneurs, répondant par un silence plombé aux milles questions d'Alenn le Rimeur, un troubadour féru de culture indigène recruté au nom du Capitaine Durgaut.

Un peu plus loin sur la jetée, Bartolome Sotorine préparait le cap avec le navigateur du Fulvio pendant que son capitaine, Almerino Maletudine, aidait Mérane à faire embarquer les derniers colons pour Tal Endhil : désœuvrés en mal d'aventure, ouvriers et journaliers destinés à la mine, familles paysannes prêtes à braver la mer et les contrées sauvages pour un lopin de terre, Marsherd le fondeur et toute sa maisonnée, les épouses, les gamins... En tout près de 60 personnes qu'il fallait installer au pont inférieur avec leurs bagages mêlant les outils et coffres à linge sculptés de l'artisan aux baluchons miteux des pauvres, quelques poules, une chèvre et des trésors familiaux comme une crémaillère de fer ou un samovar en étain.

Lorsque Adira Pratesh rejoignit enfin le bord avec un retard qui avait failli vous coûter la marée, il était flanqué de son garde du corps Brannock et d'un jeune blondin à l'air arrogant répondant (si on insistait) au nom d'Erinar. Tous trois étaient crottés et fourbus du rude voyage à cheval qui les avaient ramené de Langolne, un village paysan à l'intérieur des terres où l'embauche de leur apprenti brasseur s'était vu compliquée par ses dettes, quelques monnaies prises dans la caisse de son ancien maître et une bande de mécontents armés de fourches et de gourdins.
Une péripétie qui fît hausser le sourcil à Dario Celsine, récemment démis de son emploi de questor mais aussitôt engagé au service de Tal Endhil avec sa vieille mère, son jeune frère Natteo et sa sœur cadette Isella, deux enfants aux visages graves sous une tignasse auburn qui s'étaient d'eux-mêmes joints à l'équipage comme mousses...

Sur le quai, une poignée d'observateurs étaient venus saluer, maudire ou vérifier le départ des deux navires. L'érudite Paolane était repartie sitôt après vous avoir annoncé qu'une nef Melangoline rejoindrait "Écume 7" d'ici 4 huitaines. Remlin Anvarel, commandant le guet de la ville-basse, surveillait les préparatifs avec quelques hommes d'armes et un sourire satisfait malgré son bras en écharpe sous sa grande capeline noir et blanc : il avait bien tenté d'apercevoir "l'espionne emishen" qui avait défrayé la rade une huitaine auparavant mais Maliam Lelpen avait judicieusement embarqué la veille au soir avec Islinna et de petites silhouettes furtives.
Finalement, seul Vasco Sotorine restait à vous souhaiter bon vent lorsque le Coppavento astiqué de frais et le Fulvio aux voiles rutilantes s'arrachèrent enfin au port et prirent enfin la mer, poussés par une brise pluvieuse qui finirait (peut-être) par nettoyer les dernières traces des incendies marquant encore la grande cité.

Les deux corsario longèrent d'abord la Côte de Marbre pendant trois jours pluvieux, au plus près du littoral pour se garder du tourbillon du Golfe Cinglant qui avait pourtant déjà faibli depuis leur précédent passage. Le vent était faiblard, il fallu fréquemment tirer des bords sans trop s'aventurer au large et la visibilité réduite obligeait les vigies à la plus grande attention. Sous la drache, il n'y avait pas grand monde sur les ponts pour répondre aux saluts des pêcheurs, sensiblement plus nombreux qu'à l'aller.
Aux abords de Grésil croisait d'ailleurs une flottille de curieux navires battant le pavillon de Berinor de Salviane [2] et semblait patrouiller la côte : des sortes de grandes barques à deux mâts, très cambrées, la poupe presque identique à la proue, propulsées par deux dizaines de rameurs et une grande voile carrée, que les Kerdans expliquèrent ressembler aux navires des Îles de Grès [3].

Si les marins trempés de pluie (les deux mousses compris) démontrèrent vite leurs savoir-faire, la houle qui se jetait contre l'étrave envoya bientôt Dario vomir tripes et boyaux par-dessus le bastingage, aux côtés du fehnri, du ménestrel et du brasseur.
Le lendemain, quand le soleil revînt et que l'odeur du cadavre de Trevan, embaumé à la hâte, eut envahi le pont inférieur, il fallu toute l'inflexibilité de "Dharomjarn" pour que les Kerdans renoncent à jeter le cercueil à la mer.

En contrepartie, 5 enfants venteux de 6 à 14 ans étaient entre-temps nés des profondeurs de la cale, où Brannock les avaient découvert cachés dans des tonneaux aménagés : Islinna et Mérane expliquèrent sans honte que les jeunes Otlalnan avait été soustraits aux esclavagistes et aux rafles du guet pour être conduit vers le havre de cette "zone de paix" emishen qui entourerait désormais Tal Endhil et que nos navigateurs n'avaient encore jamais vu.
Lorsque les Îles Shilorken furent en vue, les bastingages des deux navires se hérissèrent bientôt d'arcs et d'arbalètes, le Fulvio prenant la tête avec ses balistes. Mais le capitaine Almerino Maletudine fut privé du combat espéré puisque les deux vaisseaux doublèrent la Pointe d'Arenzio sans avoir vu le moindre navire arkonnelkan : avaient-ils déserté le secteur pour éviter les patrouilles maritimes ?

Au quatrième jour de mer, alors qu'un vent contraire ralentissait la tentative de Diovire de couper à travers la Baie des Griffes, le ciel se noircit soudain, annonçant une méchante tempête qui s'ajouta aux reflux du tourbillon pour pousser les deux vaisseaux vers les falaises, forçant les équipages à prendre le large pour éviter d'être drossés contre les récifs. Le Fulvio disparu bientôt et le Coppavento se retrouva à lutter seul dans la tourmente. Les violentes rafales déchirèrent la grand voile, brisèrent des vergues ainsi que le grand mât de perroquet et, le corsario tanguant dans des creux de 6 à 7m, une jeunette nommée Tia Sotorine fut emportée pendant qu'on tentait de réduire le reste de la voilure. Elle ne fut jamais retrouvée.
Quelques heures plus tard, la tempête recracha le navire meurtri à quelques miles du détroit, alors que la lumière baissait et qu'aucun mouillage sûr n'était à portée. On jeta l'ancre au jugé, elle se décrocha pendant la nuit et il fallu plusieurs autres tentatives pour finalement fixer le navire qui passa la marée suivante à tirer, gîter et tourner au bout de sa chaîne.

Au matin du cinquième jour, on parvint à stabiliser le navire avec la seconde ancre et tous se mirent au travail pour réparer ce qui pouvait l'être et faire demi-tour avec un gréement atrophié, à la recherche du Fulvio.
Ce n'est qu'à la mi-journée que la vigie repéra enfin une voile orange croisant maladroitement au grand large : une lame avait brisé le mât d'artimon du fringuant coursier et ses verges avait enfoncé en partie le plancher du château arrière, détruisant sa baliste, faisant plusieurs blessés et ouvrant une voie d'eau vers le pont inférieur où la panique des colons avait failli causer plus de dommages que la tempête elle-même. Avec l'aide de Bartolome et Mérane, Almerino et le charpentier de bord avaient pourtant réussi à dégager le poste de gouvernail puis à tendre une voile de réserve entre le grand-mât et la poupe pour récupérer un peu de maniabilité. Depuis le matin, la moitié de ses passagers ligotés à fond de cale, Almerino faisait donc des cercles sur son coursier bricolé en brigantin pour tenter lui aussi de retrouver le Coppavento : il accueilli les Talendan avec de grands rires joyeux, apparemment ravi de son aventure.

Cahin-caha, sur une mer maintenant trop calme et en serpentant laborieusement pour attraper la moindre brise avec leur voiles rognées, les deux vaisseaux atteignirent l'embouchure du Fleuve Brun (un petit fleuve charriant presque autant de boue que d'eau) dans l'après-midi du sixième jour. Après avoir encore louvoyé, ramé et même halé contre le courant opaque toute la journée du lendemain, les navigateurs épuisés découvrirent avec un enthousiasme "contenu" le fameux comptoir d'Écume 7 dans le soleil couchant : une hutte de chaume juste assez grande pour que s'y serrent une douzaine de personnes, plantée au bout d'un ponton de troncs mal équarris sur une plage de galets dans un méandre du fleuve.
Seul le Fulvio put effectivement s'y amarrer, la seconde caraque devant jeter ses ancres un peu en amont et débarquer à la chaloupe avant de déployer les voiles de réserves pour monter des tentes de fortune.

À l'aube d'Hered naissant des Fenaisons [4], après 7 jours de voyage, 1 mort, 3 blessés sérieux et une quarantaine de blessures légères, vous vous trouviez donc à diriger un campement de quelques 120 personnes (dont une moitié de Lisirians modérément rompu à la vie sauvage) à près de 250km de votre destination, perdu dans une forêt de pins qui s'étend de tous côtés à perte de vue, au milieu des genêts et des moustiques profitant de la douceur du jour pour se repaître de tant de chair fraiche. Évidemment, les colons à qui on avait vendu "le phare de la civilisation" commence à regarder Mérane Roulier et Adira Pratesh d'un sale œil...

Le Coppavento avait besoin de solides réparations avant de s'aventurer vers les Baies Jumelles et, même si le beau temps se maintient, il est évident que vous rentrerez très en retard à Tal Endhil. Heureusement, d'après Oncle Bart', il y avait un camp Liam'Lon à moins de deux jours de marche, vers l'ouest. Et puis vous êtes riches, accompagné par la crème de la marine kerdane et protégés par de vaillants Hotars : qu'est-ce que vous avez à craindre ?

  1. 9° huitaine après la bataille, jour 4. Départ d'Écume 6 : Meled croissant des Semailles > Arrivée à Aroche : Kered croissant > Opération "Viande Froide" : none du Jour des Bêtes (entre les huitaines passante et mourante) > Départ d'Aroche : Deled mourant. Au total, les PJ ont passé 13 jours à Aroche (il y eut des ellipses).
  2. un dragon "ondrène" rouge, sinuant sur un fond vert et noir
  3. techniquement, ce sont de gros "birlinn" : l'évolution irlandaise des drakkars, avec un gouvernail fixe.
  4. 10° huitaine, jour 3. Sur notre terre, ce serait la première semaine de juin : il fait beau !



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