8) "Le Train de l'Argent"

De Marches du Nord
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La totalité de l'Épisode 8 : "Le Train de l'Argent" est classée "spoiler". Si vous voulez vraiment accéder à cet Épisode, vérifiez que soit un de vos perso y était, soit que le MJ vous en a donné l'autorisation.
Tout abus sera illico puni par une grosse perte du plaisir de jeu.

C'est bon, vous y avez bien pensé ? Vous êtes vraiment sûr ?


Prologue, rien que pour Eldan et le Capitaine :

Durant les Huitaines précédentes, Durgaut a envoyé ses mercenaires (dont Eldan le Moineau) enquêter du côté de Solerane sur les détournements de fonds commis par le défunt Lieutenant Armeld avec son complice, Maître Gaster (écroué depuis au donjon), et découvert ainsi l'implication d'un patron-minier, notable influent et principal contrebandier de la région : Jornil Cuivré. En dehors de ses opérations "privées", Jornil travaille pour Rhilder le Fou à détourner le minerai d'argent des mines de la région, théoriquement destiné à l'État-Major, au seul bénéfice du dément Prévôt de la Marche des Lacs.

Rhilder n'est vraiment pas quelqu'un avec qui Durgaut peut se permettre d'être en guerre ouverte, puisqu'il est son supérieur direct, un puissant "Seigneur du Nord" (comme on appelle les impériaux qui se taillent des fiefs dans les Marches) et un putain de psychopathe, notoirement responsable du génocide de la tribu emishen des Rimdehl (les Geaies).
Mais notre brave Capitaine est en fait pris à la gorge (en plus d'être très énervé contre le Prévôt qui le ruine par ses magouilles et lui réclame d'envoyer des troupes que Tal Endhil n'a pas pour participer à la guerre contre les Oloden)... S'il n'envoie pas bientôt des lingots d'argent à l'État-Major du Duc-Gouverneur pour couvrir le quota de la Mine Bénie (apparemment pillée par les Kormes), Durgaut va sauter.
En fait, il n'est encore même pas sûr de pouvoir obtenir le titre de "Bailli de Tal Endhil" vu les exigences du Primat en la matière, mais espère bien réussir à l'épater d'ici son arrivée. D'ailleurs, s'il reste en poste et devient bailli, il sait avoir besoin de beaucoup de pognon pour embaucher assez de mercenaires pour enfin contrôler son territoire et développer la région.

Durgaut a donc conçu un plan audacieux pour régler plusieurs problèmes à la fois : braquer le convoi de métaux qui va bientôt partir de Solerane pour Darverane, siège de la prévôté harcelé par les troupes de Kainen Tahrel. Ainsi, il mettra la main sur une véritable fortune (l'argent détourné caché dans des lingots de cuivre, l'argent "officiel" envoyé de Solerane pour l'état-major via Rhilder, du cuivre et de l'étain en quantité...) dont il compte employer une partie à payer son quota au Gouverneur, une autre à racheter des esclaves Edell'Okhil de la Marche des Gemmes comme il l'a promis à ses alliés emishen, et le reste à constituer une petite armée.
Il en était à mettre au point un plan solide lorsqu'il apprend que la route de Darverane, coupée par les Kormes depuis des semaines, vient apparemment d'être rouverte suite à une contre-offensive de Rhilder : le convoi de métal ne devrait plus tarder à partir, il faut agir vite. Et comme Vighnu Pratesh vient de rentrer du Cercle des Hautes Pierres, il décide d'embaucher l'assassin pour couvrir l'aspect le plus délicat de la mission : assurer le secret.


Ce qu'il ignore malheureusement, c'est que Jornil a lui aussi enquêté sur les trois attaques successives qu'il a subi de la part de ruffians non-identifiés : d'abord on a tabassé nombre de petits truands sous les ordres de son fils, Jorem Cuivré, ensuite on s'en est directement pris à deux de ses lieutenants notamment impliqués dans la contrebande d'argent, enfin un éboulement à la mine de cuivre qui s'est révélé être un sabotage (les mercenaires de Durgaut avaient pour instruction de "recruter des mineurs" et n'ont rien trouvé de mieux).

Jornil a donc d'abord envoyé un certain Worik se mêler aux mineurs "responsables de l'éboulement" qu'il a lui-même renvoyé et qui partaient s'engager auprès de Durgaut. Mais son agent, qui s'était mêlé à l'expédition minière menée par Mérane "Roulier", est mort connement, tué par des Kormes, pendant l'épisode 5) "Le Pont". Puis le patron-minier a envoyé un messager auprès de son bon ami Adira Pratesh pour se renseigner sur les mercenaires de Durgaut (Adira étant alors en pleine bisbille avec le Capitaine, il a volontiers informé Jornil) et contacté son autre associé à Tal Endhil, Maître Plirune (Jornil partage la propriété de la mine de fer du village avec Plirune et Gaster, ce que le Capitaine est sensé savoir mais dont il ne réalise pas l'importance) pour obtenir quelques renseignements de plus (notamment sur les finances de Tal Endhil). Adira l'a ensuite informé de tout ce qu'il avait appris sur l'arrestation de Gaster (notamment que ce n'était pas lié qu'au magouilles de leur Guilde)... Bref : Jornil a compris que Durgaut était après lui et pris des mesures en conséquence.

Car s'il ne peut pas se permettre de retarder d'avantage le convoi de métal (Rhilder a besoin de ce fric pour sa guerre perso et il n'est pas câlin quand il s'impatiente), il a conçu une ruse efficace : embaucher des mercenaires de rab' pour l'escorte et, surtout, contacter par un ami de son fils Jorem une "petite bande de brigands récemment arrivés dans le secteur", la Confrérie du Chacal...


À la "Taverne Penchée"

Il fait déjà nuit lorsque la Taverne, récemment rachetée par les mercenaires de Durgaut, ferme ses portes beaucoup plus tôt que d'habitude en chassant les soiffards qui comptaient y passer leur soirée en galante compagnie ; les prostituées, récemment rendues à leur autonomie sous l'autorité de la belle Garnelle (maîtresse occasionnelle du jeune Eldan,) sont également invitées à rentrer chez elles et le quartier lacustre de Tal Endhil est donc rapidement rendu au silence et à la brume nocturne...
Pourtant, quelques silhouettes discrètes gagnent bientôt la Taverne apparemment close :

  • l'apothicaire Vighnu Pratesh (Loriel) n'a eu qu'à franchir quelques pontons depuis sa propre échoppe, son matériel d'empoisonneur sous le bras et ses armes dissimulées sous son large manteau reman, où bat un petit cœur sec depuis si longtemps, récemment réveillé et illico brisé par Islinna : les femmes sont cruelles. Déjà en grande partie au courant de la mission, la seule chose qu'il ignore c'est ce qu'ils vont voler. Mais vue la somme promise par le Capitaine, il est trop heureux de ne pas poser de questions.
  • Diane Maletudine (Orlanth) est une Kerdane, quoiqu'elle prétende être une remane originaire de la cité portuaire de Rigorne, embauchée depuis quelques mois dans l'Armée du Nord, suite à des problèmes avec ses compatriotes. Femme dans une armée de macho, elle a bientôt eut d'autres ennuis (décidément) qui l'ont incité à déserter pour rejoindre la petite communauté kerdane de Tal Endhil sur les conseils de son mentor, le célèbre maître d'armes Vasco Sotorine. Sauf que Ranyella la pilote ne veut pas d'une renégate dans sa troupe et l'a donc refilée au Capitaine sans lui expliquer les casseroles que trimballe l'arbalétrière...
  • Andréas "Odran" (Humphrey B) a récemment eut un entretien secret avec le Capitaine qui pourrait se résumer ainsi : "Je sais que vous êtes un sorcier, mais je suis prêt à fermer les yeux si vous bossez pour moi. _Ça pourrait m'arranger, vu que je suis là pour mettre fin à la dispersion d'artefacts qui commencent à foutre le boxon à Duriane, mais je vais pas m'en sortir tout seul. _Splendide : faudra me neutraliser le machin dans la Mine Bénie. Dans l'intervalle, vous êtes embauché comme espion. Vous commencez demain, rendez-vous à la Taverne Penchée après la fermeture." Il arrive donc avec un peu d'avance et pas mal de bagages, dont son précieux grimoire, ses herbes médicinales et un certain objet qu'il a passé presque deux jours à chercher dans le torrent en contrebas de la Mine Bénie.
  • Oleytan "le Furet" (PNJ), lui, s'est engagé dans les mercenaires de Durgaut dès son retour de "l'Opération Tréfonds" : il se sent désormais un vrai guerrier, veut participer à l'alliance entre les Talendan et les Elloran mais, surtout, il a enfin couché avec le grand amour de sa jeune vie : la jolie négociante lewyllen Doma Sholen. Celle-ci l'a inexplicablement largué à l'arrivée à Tal Endhil en lui expliquant que "c'était fun, mais t'es juste trop jeune pour moi" (elle court en vain après Nevel Sholdanan depuis 4 semaines). Après une intense réflexion, le jeune guerrier est arrivé à la seule conclusion "sensée" : s'il veut que la belle marchande le reprenne, il doit lui prouver qu'il est capable de lui assurer le train de vie qu'elle a perdu, et pour ça, il lui faut "des rondelles", comme les Emishen nomment la monnaie impériale. Il ne comprend pas grand-chose à la mission que Durgaut lui a proposé, mais il est bien content puisqu'il va être payé royalement.
  • Eldan "le Moineau" (Aloun) arrive le dernier, accompagné d'une montagne de muscles habillées de haillons qu'il vient de récupérer dans l'unique geôle du donjon : Herle de Lorune (Ego'), noble et chevalier du temple récemment défroqué. Lui aussi a des problèmes, parmi lesquels l'alcool, la violence et un sens aigu de la justice qui, après lui avoir coûté sa charge d'inquisiteur lors d'une altercation avec le Primat lui-même, l'ont fait rétrogradé comme simple soldat dans la troupe de Bagoran de Marale (chargé de le "mater" : échec critique) et récemment conduit à défoncer le portrait d'un connard de Chevalier du Temple (donc un de ses "supérieurs") qui tabassait une gamine emishen. Son séjour en taule auprès du plaintif Gaster s'est terminé lorsque le Sergent LeCornu a jeté son dévolu sur le prisonnier, et convaincu le Capitaine de l'embaucher.

Lorsque tout ce petit monde est attablé dans la taverne sur pilotis qui grince et (effectivement) penche sous l'effet de la houle, Le Cornu qui tenait le comptoir fait entrer deux de ses collègues, le massif imbécile qu'on appelle "La Poigne" et le brigand reconverti au visage marqué par la petite vérole qu'on appelle "Le Grêlé". Comme Eldan et le Sergent, ils ont survécu à tous les combats depuis la Bataille de Tal Endhil et sont tout dévoués au glorieux chef qui va bientôt faire d'eux la "garde bailla, bailliagiale...heu... baillique... la garde du bailli, quoi", et qui lui-même pénètre dans la grande salle inclinée à leur suite, une vaste carte sous le bras :
« Bonsoir mademoiselle et messieurs, nous avons peu de temps et je vous demande d'être extrêmement attentifs à l'exposé qui va suivre.» Pendant que Vighnu et Andréas dégagent leurs gobelets pour laisser Durgaut déployer la superbe carte (signée Ordano Sotorine) sur la table crasseuse, les 6 autres membres de l'équipe s'approchent pour suivre le briefing dans la lumière chiche des chandelles. Le Capitaine enchaîne : « La mission que j'ai à vous confiée est dangereuse, urgente, secrète, absolument vitale pour Tal Endhil et remarquablement bien payée. Si certains d'entre vous ne s'en sentent pas capables et préfèrent retourner à leurs activités précédentes, qu'ils le disent tout de suite. Car une fois que je vous en aurais exposé les objectifs, Messire Pratesh ici présent sera le garant de votre silence. Tout le monde est motivé et se sent capable de se taire ensuite, en cas d'échec comme de réussite ? Parfait. Sergent, passez-moi les figurines...
« Dans les jours qui viennent, peut-être même dès demain, un convoi lourdement gardé va quitter Solerane à destination de Darverane (Durgaut pose une miniature en bois, une espèce de coffre aux pieds vaguement arrondis, sur la carte) : il contient plusieurs coffres très lourds que vous êtes chargés d'intercepter, de préférence avant "l'Auberge du Pont"... C'est quoi ça, Le Cornu ? demande le Sauveur de Tal Endhil quand son sergent lui passe une espèce de cube prolongé par un jambage tordu.
_C'est l'Auberge du Pont, mon 'Pitaine. C'est La Tortue qu'a fait les sculptures, mais on a pas eu bien l'temps.
_Je vois... À "l'Auberge du Pont", donc, se trouvent actuellement plusieurs dizaines de marchands qui, depuis des semaines, y attendent que les troupes de Rhilder reprennent le contrôle de la route vers Darverane aux Kormes qui harcèlent la prévôté (il pose du côté du Mont Grison un petit bonhomme chauve et noirâtre) avec l'appui des troupes Emishen de Kainen Tahrel (Vighnu approuve du chef).
Si le convoi de Solerane rejoint la première caravane groupée en partance pour Darverane, il sera alors probablement trop entouré pour que vous puissiez tenter quoique ce soit. Vous êtes ici... mais c'est quoi ça ? Un chien ?
_Un ch'val mon 'Pitaine, pour représenter, le commando.
_Vous avez pu leur trouver des chevaux ?
_Ah non mon 'Pitaine : c'est des pirogues, pour quitter le village. Ensuite s'ront à pied. Mais La Tortue, quand il a commencé, i'l'savait pas, pis i' sait pas faire les pirogues, et de toutes façons ça va surtout se faire par voie de terre alors, heu... Vous préférez un bouchon, ou un dé en os ?
_Va pour le chien (soupir)... Donc : vous êtes ici (il pose la figurine sur Tal Endhil), vous partez dès cette nuit pour atteindre Solerane (le "chien" rejoint le "chariot"), où vous serez chargés de repérer le convoi et de surveiller ses préparatifs de départ. Le but est de lui tendre une embuscade dans les deux jours qu'il lui faudra pour effectuer ce parcours (le chariot glisse sur les segments de la route marqués "1, 2, 3, 4, 5"). Si vous pouvez intercepter le chargement sur les berges du Lac d'Acier, il sera plus aisé de le transporter à bord de barges ou de pirogues.
Le Moineau connaît la ville et les hommes qui escorteront ce convoi, Messire de Lorune a la charge de l'assister en tout -et de s'assurer qu'aucun d'entre vous n'ait la mauvaise idée d'ouvrir les coffres. Maître Pratesh est chargé de trouver des embarcations pour les chargement et d'assurer le secret de l'opération (Vighnu sourit, pensant aux peintures de guerre Kormes qui n'ont pas servit lors de l'Opération Tréfonds et à la barge kerdane cachée depuis dans les marais près d'Écume 6). Vous devrez quitter le village et y rapporter les coffres sans être vus, ni dire à quiconque d'où vous venez ni où vous allez.
Car, j'insiste, cette opération peut assurer le salut de Tal Endhil si elle réussit, mais sonner notre perte à tous si quelqu'un devait découvrir qui a commandité l'attaque. Une prime substantielle versée à notre cher apothicaire en sera la garantie.

_Ça veut dire "pas de témoins", demande Diane ?
_Ça veut dire "démerdez-vous pour que personne ne puisse vous reconnaître, suivre votre piste et remonter jusqu'à nous" : je préférerais que vous épargniez les civils, mais Maître Pratesh sera décisionnaire en dernier recours. À part lui, vous serez payés chacun 2 pièces d'or pour cette brève mission et votre durable silence (la solde mensuelle d'un mercenaire étant de 2 pièces d'argent, ça fait 10 fois plus pour quelques jours de boulot). Des questions ?
_C'est quoi, dans les coffres ? Ça pèse ?
_Le contenu ne vous regarde pas mais, oui : ça pèse. Probablement autour de 200kg en tout.
_C'est qui, qu'on braque ?
_Pas votre problème non plus. Fiez-vous à Eldan, soyez discrets et ça ne devrait pas avoir d'importance.
_Les gars de l'escorte, c'est des pros ?
_Quelques-uns, oui, mais la plupart seront des mercenaires en permission, des cochers endurcis, des coupes-jarrets, des gardes plus habitués à surveiller des esclaves... Le problème, c'est qu'ils doivent se méfier : ils ont eut des ennuis récemment, ils savent que le trajet est dangereux et ils seront sur les dents. Il se peut même que vous soyez déjà attendus à Solerane. J'insiste : méfiez-vous.
_Qu'est-ce qu'on a comme matos ?
_Vous étiez prévenus d'emporter le vôtre, mais Eldan conserve quelque argent pour vos frais de mission, des vivres, un peu de charbon, des flèches, des torches et des cordes vous attendent avec les chev...
_Dans les pirogues, mon 'Pitaine.
_Dans les pirogues, donc. J'ajoute les papiers que m'a demandé monsieur Odran (il confie une petite pochette de cuir à Andréas, contenant du parchemin, des lettres officielles de la main de Rhilder et son sceau de cire, pour pouvoir si besoin modifier les ordres de mission du convoi) et vous emportez cette carte, annotée par mes soins, en espérant qu'elle puisse vous aider : ne la perdez pas ! [Durgaut leur confie par ce biais un de ses précieux point d'Histoire.] Autre chose ?
_Y a le Venteux qu'a pas tout compris, vu qui parle pas bien not' langue...
_Messieurs Odran et Pratesh devront donc lui ré-expliquer en ramant. Bonne chance à tous : le destin de Tal Endhil est entre vos mains ! Mais pas les figurines, La Poigne : repose ça !
_Pardon mon 'Pitaine. »

La carte remise par Durgaut, telle que les joueurs l'ont découverte la première fois...


En route vers Solerane

Pendant qu'on roule la carte, LeCornu et Herle déplacent la lourde table, révélant une trappe dans le plancher qui, une fois déverrouillée et ouverte, donne sur une échelle de corde descendant le long d'un pilier de bois, où sont amarrées deux pirogues emishen. Avec quelques difficultés dues à la disparité de poids et d'agilité de ses huit membres comme aux bagages de certains l'équipe embarque et glisse silencieusement sur les eaux couvertes de brouillard :

«_Attention avec ça, c'est des armes emishen.
_Pourquoi foutre ?
_Pour passer pour des Kormes.
_Pas con. Mais qu'est-ce qu'il fout avec un bouquin, lui ?
_Je suis chroniqueur...
_Et vous allez chroniquer l'opération secrète ?!
_Houlà non, je... j'ai d'autres talents. Falsifier des sauf-conduit, par exemple.
_Je vois...»

Ils atteignent bientôt la rive sud du Lac Troisième, en amont du campement où dorment les caravaniers lewyllen, sans que les Soldats du Temple qui gardent actuellement les remparts n'aient rien remarqué.

Après un conciliabule entrecoupé d'engueulades, un poème (Herle versifie par instant), une tentative de vol et plusieurs menaces physiques pour l'empêcher, les PJ décident de ne pas partir en quête de la barge cachée par Vighnu dans les marais mais de foncer de nuit vers Solerane, à pied, pour atteindre la ville au plus tôt, juste après que Diane ait confié au fleuve un étui flottant contenant 4 pièces d'argent (sur les 20 confiées à Eldan) et un message pour les Kerdans d'Écume 6, leur enjoignant d'envoyer des embarcations vers la presqu'île du Lac d'Acier [le joueur a oublié que son perso n'était plus bien vu chez les bateliers, et Vighnu y a même mis 1pH pour que le message arrive : ce fût bien le cas...].

Abandonnant dans les embarcations tout le matériel trop lourd, les mercenaires se répartissent les vivres, une arme emishen chacun et la longue marche commence. Lorsque l'aube se lève, Diane, Oleytan et Eldan, très en avant des autres, font la course dans la descente après avoir passé le Col de Nilfenan (au sud-ouest de la mine de fer, sur la carte) histoire de défouler leurs tempéraments casse-cou et ombrageux... ce qui vaut d'ailleurs à Eldan de se niquer la cheville dans une belle gamelle : on sent bien, dès que les officiers ne sont plus en vue, que ça va pas être très sérieux comme opération.

Rencontre insolite

Pendant que le fort peu sportif Andréas prend des heures de retard sur les autres et que Vighnu reste avec lui autant pour assurer sa protection que pour causer "chroniquerie" et politique locale (Vighnu envisage de créer un hospice à Tal Endhil !), Oleytan, Diane et Eldan (qui boitille) arrivent en milieu de matinée au gué qui traverse la Rivière aux Élans (ainsi nommée car elle est sur le point de passage de la migration des grands cervidés, qui commencent d'ailleurs à remonter en cette saison vers les pâturages au nord de la Marche des Lacs)...
Ils sont assez surpris d'y trouver un grand costaud, ventru et entièrement chauve, portant des vêtements très vaguement emishen, assis sur un rocher au bord des flots et curant tranquillement au couteau le sang séché qui s'incruste dans les creux de sa lourde masse de bois sculpté. Les trois éclaireurs essoufflés par leur cavalcade repèrent assez vite les discrètes silhouettes déployées dans les bois autour du chemin et, chacun la main sur leur arme favorite, s'approche avec circonspection :

«_Bonjour...
_B'jour, répond le gros dans un Reman médiocre, avec un accent typiquement "venteux". Z'êtes avec le noir ? Vigjniou Bratéche ?
_Ben là tout de suite... non. Mais des fois on le croise, quoi. Vous l'attendez ?
_J'ai un message pour lui.
_Vous voulez pas nous le donner ? On le transmettra quand on le verra ce soir...
_Non, d'solé, c'est privé.
_C'est pas un message à coup de masse, au moins ?
_Héhé. Non. Pas cette fois.»

N'ayant qu'à moitié envie de s'avancer dans le gué sous la probable ligne de tir d'archers dissimulés ni même de laisser une embuscade entre eux et le reste du groupe, quoique aussi un peu parce qu'ils ont alors pas loin de 12h de rude marche dans les jambes, Diane, Oleytan et Eldan se posent également près de la rivière, se trempent un peu les pieds (Diane va même s'éloigner pour faire un peu de toilette : par instant, dans ses Réactions, sa "Sensibilité Féminine" ressort), cassent la croûte, font une petite sieste... tout ça en gardant perpétuellement un œil sur les alentours et leurs armes à portée de main.

Lorsqu'ils sont rejoints par Sire Herle de Lorune, La Poigne et le Grêlé, d'abord très méfiants, Diane qui a entamé un repas et une conversation en Langue des Vents avec le Gros leur fait signe de ne pas s'inquiéter, et les trois mercenaires finissent par jouer le même jeu que leurs camarades, profitant d'un peu de repos tout en restant sur leurs gardes.
Au bout d'une heure de cette halte méfiante, "l'embuscade" se détend tout autant et Eldan repère bientôt un des archers Korme qui, lui aussi, déjeune sur le pouce à son poste de guet. Il le contourne, se cache, est brièvement suivi mais sème le guetteur, échappe ainsi efficacement à l'encerclement... et ne sait finalement plus trop quoi faire : il craint de déclencher un massacre s'il élimine un guetteur, de se faire repérer s'il continue de traîner près des Kormes, de perdre le groupe s'il s'éloigne et d'être trop loin pour intervenir s'il repart en arrière prévenir Vighnu et Andréas.
Aussi reste-t-il caché, guettant les guetteurs, jusqu'à ce que, lassé de perdre du temps alors qu'ils sont pressés, Herle donne le signal du départ et franchisse le gué accompagné des 4 autres.

Après avoir encore hésieé à les rejoindre carrément ou à rester en arrière, Eldan fini par laisser un signe de danger dans l'écorce d'un arbre à destination de Vighnu et décide de contourner pour franchir la rivière plus loin, ne trouve pas d'autre gué, passe à la nage, se paume en aval dans la forêt et mettra plusieurs heures à rejoindre ses camarades, trempé, gelé, épuisé et bientôt vertement engueulé par l'ex-templier [Sire de Lorune lui inflige même un tel jet d'intimidation pour lui inculquer la discipline militaire que le jeune éclaireur en sera durablement marqué : 2pts de Trauma !].

Pendant ce temps, Andréas et Vighnu ont atteint le gué sans même remarquer le signe laissé par Eldan et le Fehnri est assez surpris de reconnaître le gros korme qu'il a déjà rencontré, il y a plusieurs semaines à Écume 6, lorsqu'ils avaient négocié des vivres et les soins de Mona Ma'od contre la transmission d'un message pour Adira (qui, si vous vous en souvenez, était arrivé au début de l'épisode 5) "Le Pont", tiré avec une flèche sur la roulotte de Maître Pratesh).
Quoiqu'il ne connaisse toujours pas son nom, il s'éloigne avec le chef rebelle et un petit conciliabule surréaliste se joue : les Kormes veulent (Vighnu comprend "Lashdan, Roi des Kormes, veut...") l'embaucher pour assassiner un certain "Urgrand", le Sorcier barbu originaire des Sylves, qui dirigeait justement le détachement korme lors du siège à la Mine Bénie :

«_Tiens donc ?! Mais pourquoi diable, demande l'assassin hilare ?
_On m'a pas dit de te l'dire, et puis il paraît que les tueurs professionnels ne posent pas de questions.
_Lorsqu'on les paye bien, c'est tout à fait exact oui.
_Hé ben voilà pour toi, dis le Korme en lui tendant une grosse bourse de pièces, que le Fehnri s'empresse d'ouvrir avidement.
_Mais... vous vous foutez de ma gueule ?! C'est des pièces de cuivre !
_Et alors, c'est pas bien ?
_Mais c'est pas du tout assez, enfin ! Je suis un spécialiste, moi ! Je bute pas les gens pour 30 ou 50 pièces de cuivre !
_Ah. Mais c'est tout ce qu'on a nous, même qu'on s'est tous cotisés pour rassembler ça.
_Mais c'est pas possible, vous comprenez rien au commerce, à la fin ! Et il est où, votre Sorcier, d'abord ?
_Ben on sait pas, nous, pourquoi tu crois qu'on s'adresse à toi ? Tu crois pas que je serais foutu de lui coller ma masse sur la gueule moi-même si on savait où il campe ? La Louve dit qu'elle l'a perdu quelque part chez vous, du côté du Premier Lac, mais c'était il y a déjà plusieurs jours.
_Bon, écoute, voilà ce qu'on va faire : dis à ton Roi que je suis d'accord sur le principe, mais que déjà ça va vous coûter 20 pièces d'or et qu'ensuite, soit vous savez me dire au moins à peu près où il est, soit ça risque de prendre pas loin d'un mois (car Vighnu pense savoir où Urgrand devrait se trouver dans environs trois semaines, héhé...). Dis-lui ça et, quand vous aurez la somme, contactez-moi.
_Mais où tu veux qu'on trouve de l'or, nous ?
_Non mais c'est un prix, vous pouvez aussi bien me ramener 200 pièces d'argent, ou 4 lingots d'argent, par exemple. Vous en avez bien, des p'tites barres en argent, prises dans une certaine mine, hmmm ?
_Mais... non. De quoi tu parles ?
_Oh le con ! Rha merde, il fait vraiment chier ce connard de sorcier !
_C'est bien pour ça qu'on t'embauche, oui.
_Bon alors 20 pièces d'or ou l'équivalent, vous trouverez bien ça quelque part pendant que vous vous battez dans la Vallée de Cainil, hein, je ne m'en fais pas pour vous. Quand vous avez la somme, vous me recontactez, vous versez la moitié d'avance et, moi, je tue votre sorcier.
_J'espère que d'ici là on l'aura trouvé nous-mêmes, mais sinon, on saura bien te joindre, ouais. Et bonne journée.»
Et pendant que Vighnu se frotte les mains, les Kormes se dispersent dans la forêt sous le regard médusé d'Andréas.


La Ferme-Relais "Le Marchepied"

Le Marchepied

Il fait presque nuit noire lorsque les 6 mercenaires fourbus atteignent enfin la ferme-relais qu'on appelle le "Marchepied", au pied de la route montant vers Solerane. Si Oleytan (trop repérable) est laissé avec le matériel dormir à l'extérieur, Diane, Eldan et Herle, bientôt suivis par La Poigne et Le Grêlé (trop crevés pour accepter de se peler le cul à camper dehors), pénètrent les uns après les autres dans l'enceinte de bois où un drôle de type pâle, un albinos efflanqué aux longs cheveux blancs qu'Eldan sait être surnommé "Craie" (chef des gardiens d'esclaves de la mine de cuivre), est en train de passer ses nerfs à coups de fouet sur deux malheureux emishen, une femme et un adolescent enchaînés au puits du milieu de la cour.

Comptant avec l'albinos un escrimeur tout en noir s'engueulant avec le tavernier (une histoire de chevaux, de halte imprévue et de prix du fourrage) plus 4 soldats portant la livrée du Duc-Gouverneur (donc probablement issus de la garnison de Solerane), et soucieux de sa mission avant tout, Herle tempère ses instincts justiciers et suit la Kerdane dans le corps de ferme transformé en auberge de seconde zone, où il entreprend de noyer sa mauvaise humeur dans la bouteille d'hydromel prise à la Taverne Penchée. Si un jovial marchand de draps nommé Teillard, parti de Celanire vers le "marché de printemps" de Tal Endhil, tente bien d'engager la conversation avec les voyageurs, Diane l'envoie paître rudement (et nos héros se privent de la seule occasion de se renseigner sur la route qu'ils ont à faire) mais lance une petite partie de dés avec Eldan et Herle pour attirer à eux Craie et Esteval (l'escrimeur à l'armure de cuir sombre) et tenter de leur soutirer quelques informations sur l'exploitation des esclaves venteux à Solerane. Justement, les deux gardes-chiourmes, 3 autres collègues et 6 soldats prêtés par la garde sont à la recherche d'une 15aine d'évadés, échappés le matin même de la mine de cuivre. Diane propose bien de participer à la traque contre rétribution, mais Eldan ruine sa tentative d'approche en ne pouvant se retenir d'aller porter un peu d'eau et de pain aux deux malheureux prisonniers. Herle -qui perd aux dés et voit les deux crevures descendre gaiement sa bouteille- semblant se retenir de plus en plus laborieusement d'écraser la tronche de Craie à chaque fois qu'il fait des remarques cruelles sur les "venteux", les voyageurs vont se coucher tôt après un rapide souper et Diane s'arrange assez finement pour que leur propre groupe gagne le contrôle de l'escalier et des 2 rares fenêtres du grenier aménagé en dortoir, qu'ils vont devoir partager avec le binôme d'esclavagiste, les soldats s'installant dans l'étable au dessous.

Rencontre avec des fugitifs

C'est à peu près le moment où, traînant le chroniqueur qui dort debout dans l'obscurité de la route forestière, Vighnu voit soudain jaillir un grand type hirsute de la forêt, qui saute sur le fehnri en tentant de l'étrangler avec la chaîne qui lui lie les poignets : l'assassin pare de justesse avec son katara, une femme armée d'une branche sort à son tour des taillis et Andréas est basculé au sol par une jeune fille qui tente de lui éclater le crâne à coup de pierre, mais il parvient à la repousser de peu (elle est presque aussi épuisée que lui). Reconnaissant une Emishen (et réciproquement) alors qu'il tirait sa dague pour se défendre, l'érudit crie en Langue des Vents "Arrêtez, nous sommes des amis ! Vighnu, ce sont des Emishen !", ce qui suffit à stopper le début de combat et permet à Andréas de proposer de la nourriture et des soins aux esclaves en fuite, finissant de gagner leur confiance.

Libéré de ses chaînes avec l'aide d'un glaive offert par Vighnu, le trio leur explique avoir réussi à s'échapper des mines de Solerane un peu avant l'aube, grâce à un tunnel vers la surface creusé en secret avec l'aide d'une barde rimdehl nommée Tahalien. Poursuivis depuis le levé du jour par des cavaliers en armes, ils ont perdu la douzaine d'autres évadés qui les accompagnait, dont des jeunes et des enfants et, loin de leurs régions d'origine (la plupart sont des Otlalnan de la Marche des Lisières), ils ont couru un peu au hasard vers le nord et le territoire des Liam'Lon, où aucun Dirsen n'oserait les poursuivre, alors que d'autres avaient préféré tenter leur chance à l'est, vers le Cercle des Hautes-Pierres.

Les deux Talendan leur expliquent qu'ils sont ici sur le territoire des Elloran et qu'ils auraient de meilleures chances de filer au nord-ouest vers le Cercle des Cascades et, après avoir longuement hésité à repartir chercher les plus jeunes, les trois fuyards un peu retapés finissent par disparaître vers l'ouest avec quelques remerciements.

Evasion nocturne

Nos deux héros retardataires ne sont donc qu'à moitié surpris lorsqu'ils retrouvent Lerkoren Oleytan en compagnie de 5 autres échappés en haillons, dont Tahalien et un ado sérieusement blessés, plus trois mômes, quoique Vighnu soit un peu atterré par le récit du jeune Elloran. Car après que leurs compagnons soit entrés à l'auberge du Marchepied, Oleytan, attiré par des cris de douleurs, s'est glissé par-dessus la palissade de rondins et, découvrant les deux prisonniers lacérés à coups de fouet, a attendu la nuit noire pour passer à l'action. Il a malheureusement échoué à assommer proprement la sentinelle de faction dans la cour, mais a par contre réussi à la tuer net avant qu'elle ne crie, puis a traîné le corps du soldat dans une grange. C'est alors qu'il s'acharnait en vain à rompre sans trop de bruit un des maillons de la chaîne que Diane l'a interpellé depuis une des fenêtres du dortoir :

«_Psssst ! Mais qu'est-ce que tu branles, merde !? On est pas là pour ça !
_Je fais mon devoir, tu peux pas comprendre !
_Mais putain, tu va réveiller tout le monde, crétin !».

L'épée à la main, la Kerdane est bientôt descendue le rejoindre pour le convaincre de ficher le camp et, n'y arrivant pas, a fini par l'aider à détordre un maillon en faisant levier avec son épée, histoire qu'il puisse déguerpir avant que quelqu'un ne les entende. Herle s'est réveillé à son tour, lui a ordonné de rentrer se coucher avant de les griller complètement et, la Kerdane disparue dans l'étable en engueulant un soldat qui se réveillait vaguement sur l'air de "Quoi ? Keskya, on peut plus pisser tranquille, merde ?", Oleytan a sorti discrètement les deux rescapés par là où il était lui-même entré.
Apprenant alors qu'ils avaient pu cacher les gosses près de la rivière avant que les cavaliers ne leur tombent dessus, il est ensuite reparti chercher les mouflets de 9 à 12 ans, a nourrit tout le monde et distribué des rations pour le reste du voyage ("Et donc, là, on a plus de vivres, c'est ça ? Heu... un peu, si..."). Il se demandait s'il allait abandonner l'opération pour les conduire aux Cascades quand Vighnu et Andréas sont arrivés.

Renonçant à l'engueuler d'avantage puisqu'il viennent de faire quasiment la même chose, les deux PJ soignent à nouveau les plaies et brisent les chaînes, ré-expliquent la direction du Cercle des Cascades et, recommandant bien aux fuyards d'éviter les routes pour ne pas être repris, ils s'installent pour bivouaquer et s'offrir quelques précieuses heures de sommeil avant l'aube.

L'aurore pointe à peine lorsque Herle, Diane et les autres se lèvent, déposent quelques pièces de cuivre dans la grande salle et filent sans prendre de petit déjeuner, pendant que Craie et Esteval constatant la disparition de leurs prisonniers commencent à activer les soldats, et que ceux-ci constatent la disparition d'un des leurs. "Et vous là, vous avez rien entendu ?!? _Nope : nous on dort sérieusement quand on doit se lever tôt." répondent nos héros avant de s'engager, sous la bruine matinale, vers le chemin raide qui monte en lacet vers le nid d'aigle de la cité minière. Rapidement rejoints par Lerkoren Oleytan, Vighnu et Andréas (modérément reposés), ils confèrent sur les évènements de la veille et s'accordent sur un plan : Eldan (puisqu'il connaît Solerane), Andréas (qui compte s'arrêter dans un temple pour se lancer dans l'enchantement d'un document puissamment convaincant pour faire partir le convoi avec une escorte réduite "car tout danger est désormais écarté") et Diane (qui pense pouvoir s'infiltrer dans la-dite escorte) iront en ville pendant que le gros de la troupe ("J'suis pas gros j'suis juste un peu envelo _Ta gueule, La Poigne : t'es lourd.") attendra caché dans la forêt.

Plan d'action

Dès que le convoi sera prêt à partir, les mercenaires partiront devant pour semer des embûches sur sa route afin de le ralentir (comme un sapin ou des rochers "décrochés par le dégel") : s'ils parviennent à le retenir assez longtemps dans la gorge pentue et traîtresse que les chariots auront de toutes façons du mal à négocier (le segment 2, sur la carte), ils peuvent l'obliger à passer sa première nuit avant le gué sur l'Anil'wel (milieu du segment 3). Le lendemain, la caravane sera donc obligé de forcer l'allure pour sortir de la forêt qui suit (segment 4) avant le crépuscule : réputée dangereuse (c'est, avec la gorge, le site d'embuscade préféré des Kormes, c'est d'ailleurs là que la colonne de Durgaut s'est faite attaquer au début de l'Épisode 1), le mauvais chemin tortueux y sera en cette saison embourbé par les ruisseaux et, avec un peu de sabotage supplémentaire (en creusant par exemple le lit d'un petit torrent pour former une combe traîtresse), l'escorte arrivera dans la vaste prairie marquant le dernier bout droit (5) en fin d'après-midi, épuisée par deux journées difficiles et fera probablement halte, croyant avoir fait le plus dur... Mais c'est justement là que l'attendra notre commando camouflé et grimé en Kormes, qui lui tombera dessus avant qu'elle ait eut le temps de souffler, laissera filer les non-combattants pour qu'ils puissent témoigner de la culpabilité des rebelles mais massacrera impitoyablement tous ceux qui pourraient les avoir vu de trop près au Marchepied ou à Solerane. En se coordonnant avec Diane pendant qu'elle s'isolera "pour pisser" le long du parcours, ça devrait marcher très bien (c'te blague).

Image à rajouter


Enquête

Solerane (Diane, Andreas, Eldan)

Solerane

Entrant en ville par la Porte Basse alors que le crachin continue, le trio d'espions improvisés passent devant les vastes écuries où des palefreniers semblent avoir rassemblé au moins une cinquantaine de chevaux, puis remontent les rues pentues et mal pavées, encadrées d'étroites maisons de pierre et d'ardoise, en direction de l'Hostellerie des Moindres, attenante au temple et tenue par les religieux locaux. Traversant au passage la grand'place surmontée d'un vaste marché couvert au bout duquel s'élève le siège de la Guilde Minière locale, ils constatent que des bouviers attèlent ou chargent des chariots sous les halles, alors que des marchands s'assemblent devant le porche du sanctuaire : ça sent le départ...

Le réfectoire de l'hostellerie est aussi sombre qu'encombré par une bonne 20aine de mercenaires pour la plupart loqueteux, de forestiers et de négociants qui semblent tous attendre qu'un sergent courtaud et obèse s'occupent d'eux : Eldan le connaît sous le nom de "La Boule" comme le membre le plus corrompu de la garde locale, qui offre fréquemment les services de ses hommes à Jornil Cuivré et laisse prospérer les coupes-jarrets qui hantent avec son fils Jorem la boutique d'un marchand de vins, "Le Carafon". Pendant que Diane réussit à se bouffer le nez avec l'épaisse bonne-sœur qui sert pain et brouet aux clients (c'est une manie), Andréas trouve son chemin vers la sacristie pour demander au prêtre s'il pourrait s'y installer pour "travailler dans le recueillement nécessaire à ses enluminures". [Sur un jet de "Contacts dans la Pègre" réussit], Eldan le brigand repenti avise bientôt un drôle de novice qui accueille les voyageurs dans la cour en semblant éviter la salle, qu'il reconnaît illico comme un croche-bourse du coin, déguisé pour pouvoir "courtoisement débarrasser les voyageurs de leurs bagages" sans se faire trop remarquer des sœurs et des vrais disciples du Culte (et puisque je peine à lui donner un nom, il le baptise "Boule-de-Suif"). Son camarade interpellé en plein travaille lui explique que La Boule est venu sélectionner les meilleurs combattants disponibles pour les intégrer à l'escorte du convoi minier, les autres devant se contenter de la moindre paye offerte à l'escorte d'une caravane marchande qui devait partir ce matin avec un troupeau de chevaux emishen, mais qui a pris du retard malgré les tentatives du Cuivré pour les faire activer, allant même jusqu'à participer à la solde des convoyeurs pour peu que les marchands acceptent d'ouvrir la route en précédant d'une journée ses propres chariots. Bien sûr, quelques piécettes peuvent toujours faire pencher le jugement de l'adipeux sergent. "Et sinon, on peut saluer des copains au Carafon ? _Ben non, curieusement, y a quasiment personne depuis hier, déjà : ch'ais pas où ils sont tous passés. Même la bande à Jorem elle y est pu'..." Mais cette "cervelle de moineau" d'Eldan aura tôt fait de perdre l'information.

Jugeant plutôt minables les guerriers déjà choisis, Diane se porte volontaire et décide de démontrer ses talents à l'arbalète en faisant tinter la haute cloche du temple d'un carreau tiré depuis le fond de la cour, selon un angle de tir particulièrement réduit par les étroites voutes du clocher et dans la visibilité voilée par la pluie et la grisaille : "Si une gonzesse y arrive, j'veux bien l'embaucher, tiens !" ironise La Boule. Et si Eldan s’éclipse vivement vers le campanile pour faire sonner la cloche du pommeau de sa dague si la Kerdane devait manquer, il n'a pas encore atteint le sommet qu'un trait ricoche sur le bourdon et faisant sonner le bronze avant de retomber côté grand' place. "Et sinon, c'est combien la paye ?" demande la tireuse d'élite d'un ton narquois, avant d'aller rejoindre la table où attendent déjà les autres vainqueurs, deux étrangers à l'air farouche et une paires de jeunes imbéciles qui se présentent comme "Trevan de Rigorne, chevalier errant ! _Et Gavin, son loyal écuyer. _Ah ben putain, si c'est le haut du panier j'ose pas voir le fond..." leur décoche Diane, toujours aimable.

Informé que le convoi va de toutes façons partir le lendemain, que Diane y est embauchée, que l'éclaireur doit aller acheter quelques provisions pour le reste de l'équipe et puisque les religieux sont tous très occupés avec la foule des clients, Andréas profite du reste de sa matinée pour étudier bien tranquillement sa récente trouvaille.

Spoiler même pour les joueurs de cet épisode (sauf Andréas, donc). Modèle:Secret

Interlude Forestier (Vignu, Herle)

Pendant ce temps, Vighnu et Herle se sont éloigné dans la forêt après avoir entendu de lointains aboiements : voulant voir de quoi il retourne, ils découvrent une petite chaumière isolée, où une mère de famille fend du bois avec dextérité pendant que ses deux jeunes enfants jouent en rassemblant les demi-bûches sous l’œil de deux énormes dogues de Marale, des molosses presque aussi hauts que des poneys. En s'approchant sous le vent, les mercenaires réalisent que ce doit être la demeure de Thuril le Brun : un forestier réputé dans la région et qu'Eldan leur a expliqué servir régulièrement de guide aux caravanes, en particulier celles de Jornil Cuivré, de loin son meilleur employeur. Ils envisagent un moment de kidnapper un môme pour forcer la coopération de son père, mais après avoir considéré la maman qui fend les bûches d'un coup de hache expert, l'agitation grandissante des chiens, la taille du chenil trop vaste pour "seulement" deux dogues et les probables galères d'avoir à balader un otage de 5 ou 8 ans, les deux farouches guerriers renoncent.

En rejoignant leurs camarades, ils aperçoivent les traqueurs d'esclaves qui patrouillent les flancs de la montagne et se dissimulent tous si bien qu'Eldan, sorti de la ville basse pendant que le premier convoi s'y assemblait pour partir enfin, va avoir bien du mal à les retrouver. Déposant les provisions en expliquant que Diane a réussit à intégrer l'escorte, l'éclaireur repart aussitôt pour lui transmettre les derniers détails du plan et une dague empoisonnée par les bons soins de Vighnu, "en cas de besoin".

«_Pis ramène le chroniqueur, aussi : on s'arrache dès que la première caravane a fini de descendre la route.
_Mais vous vouliez pas que j'aille jeter un œil à la mine, pour repérer l'autre convoi ?
_Il part demain matin, non ? Qu'est-ce qu'on besoin de savoir d'autre ? Grouille !»

Et ce fût leur deuxième erreur…


Préparation du terrain

Sabotage (Herle, La Poigne, Vignu, Eldan, le Grêlé, Oleytan, Andreas)

À peine une heure derrière les quelques chariots de marchandises et le troupeau de chevaux qui labourent la route humide devant eux, le commando se met donc en marche en milieu de journée, avançant d'un pas tranquille pour éviter de les rattraper. La fin d'après-midi leur offre une vague éclaircie lorsque, quasiment à mi-pente de la gorge encaissée où les cailloux roulent sous leur pas, ils avisent un sapin qui penche déjà un peu depuis le versant hérissés de rochers du ravin : passant des cordes autour du tronc, Herle, La Poigne, Vighnu (mollement, hein, il est fatigué), Le Grêlé et Oleytan tirent de toutes leurs forces pour finir de le déraciner. Le templier défroqué s'énerve au passage et, quand ses compagnons remarquent que la chute de l'arbre n'a pas l'air très naturelle, il escalade la pente avec La Poigne pour déclencher à eux deux un éboulement susceptible d'expliquer l'accident. Après qu'une coulée de rochers se soient répandus sur la route et que le colosse ait cogné le tronc à coups de pierres pour parfaire la mise en scène et dissimuler les marques de cordages laissées dans l'écorce, l'équipe décide de souffler un peu avant de repartir... et Vighnu remarque alors une silhouette qui les observe de loin, dissimulée parmi les sapins en haut de la crête. (Si Andréas Odran a tout intérêt à garder le secret de ses talents magiques pour éviter de finir au bûcher, surtout lorsqu'il voyage avec un ex-templier, Hadrien Muraille et Adira Pratesh les ont découvert lorsqu'ils étaient enfermés dans la mine et le fehnri en a évidemment parlé à son cousin : malgré ses craintes instinctives concernant la sorcellerie, Vighnu a abordé le sujet avec Andréas qui s'est montré assez ouvert sur le sujet pour le rassurer...)

Après avoir discrètement averti le reste de ses camarades de la présence d'un observateur discret et leur avoir recommandé de faire "comme si de rien n'était", Vighnu et Andréas s'éloignent innocemment loin des regard inquisiteurs en pénétrant sous les frondaisons qui bordent la gorge en se donnant vaguement l'air de chercher des plantes :

«_Tu peux le chroniquer d'ici, demande l'apothicaire dès qu'ils sont loin de Herle ?
_Assieds-toi avec moi et (Andréas sort la sphère première de son sac) pose tes mains là-dessus, là et là.
_Je sens que je vais pas aimer....
_Sans doute, mais j'ai pas l'énergie pour le faire moi-même, alors tu participes où il va se tirer."
Dès qu'ils ont tous les deux les mains sur la sphère de métal rouge, Vighnu se sent soudain très fatigué [ça lui coûte 4 points de Fatigue, mais ça fait 8pts d'Essence pour alimenter les sorts d'Andréas, qui en a bien besoin vu comme il peine depuis plus de deux jours qu'ils sont en marche] et, les yeux fermés par la concentration, le chroniqueur annonce à son camarade :
"Il n'y a qu'un seul type, mais il s'éloigne vers... un cheval. Plein nord, au sommet de la gorge. Il sait qu'on l'a repéré. Il se dépêche parce que... le sentier qu'il veut prendre rejoint la route un peu plus haut.
_Tu peux le neutraliser ?
_Je vais essayer mais...
_Fais au mieux, je préviens les autres !»

Interrogatoire

Quand Vighnu sort des bois tout essoufflé en appelant ses compagnons, il explique brièvement que le guetteur est en train de s'enfuir à cheval, mais qu'ils peuvent tenter de lui couper la route et Oleytan s'élance le premier, remontant la gorge au pas de charge, suivi de près par Eldan, Herle de Lorune et le Grêlé. Ils ont beau courir de toutes leurs jambes sur le chemin rocailleux, le cavalier dévale la pente plusieurs centaines de mètres plus haut qu'eux... et tombe de selle en atteignant la route.

"Quand on sait pas monter..." grommelle Herle, dégageant l'arc qu'il avait en bandoulière en cavalant de plus belle : son cheval trottant pour s'éloigner des ennuis, le guetteur se relève à peine lorsque Lerkoren Oleytan arrive sur lui le glaive à la main, mais réussit à dégainer sa propre épée en se remettant sur ses pieds, à parer et à lui coller un grand coup de pommeau à la tempe, séchant le jeune Elloran avant qu'Eldan ne soit à portée de lame. Le cavalier esquive le coup mal ajusté du Moineau en bout de course et, voyant arriver d'autres adversaires, dégage vivement sur le versant boisé qui descend vers le torrent. Mais Herle de Lorune a stoppé et décoché une flèche, et malgré la distance elle vole entre les arbres, racle l'écorce d'un boulot et transperce le genou du fuyard [3 pions de Fatigue et 1pH : Ego' voulait vraiment le choper] qui bascule dans dans la pente en rebondissant contre les troncs et les rochers. Un instant soufflé par l'expertise du tir, Oleytan, Eldan et le Grêlé regardent le Défroqué d'un air médusé, celui-ci leur fait signe d'aller chercher leur proie et, s'asseyant pour souffler sur un rocher, débande son arc en déclamant un poème sur la rudesse de la vie au bord des eaux [il faut préciser que pendant qu'on joue sur Rolisteam, Ego' dégotte des poèmes de circonstance qu'il déclame à brûle-pourpoint quand il a besoin de libérer de la Tension : ça fait toujours son petit effet et lui obtient à chaque fois le bonus du public]. Le Grêlé en reste un moment comme deux ronds de flanc, puis l'ex-inquisiteur dégage sa dague et, descendant à la suite d'Eldan avec le mercenaire sur les talons, annonce : "Bon, c'pas le tout : au boulot."

Et pendant qu'Oleytan s'éloigne pour récupérer le cheval, sous le regard mortifié d'Eldan qui a eu tant de mal à récupérer le blessé dans le torrent, à le traîner sur la berge et à lui faire un garrot, Herle entreprend d'interroger le prisonnier, d'abord en lui expliquant qu'il parlera de toutes façons et que ce n'est qu'une question de temps et de douleur, puis en tournant la flèche dans la plaie pour illustrer son propos. Alors qu'Eldan, dégouté, s'éloigne, le cavalier commence à révéler qu'il n'est que l'éclaireur d'une bande de types chargée de suivre le convoi... lorsqu'il tourne de l’œil, moins à cause de la souffrance que des blessures reçues : ayant rejoint ses camarades depuis quelques instants déjà, Vighnu l'examine et, constatant que le prisonnier cumule un sérieux hématome à la tête et des côtes fracturées à sa blessure au genou, annonce qu'il risque d'avoir un peu de mal à le garder en vie plus de quelques heures.

« Et qu'est-ce qu'il a sur la poitrine, demande le chevalier ?
_Tatouage de voleur, explique l'assassin-apothicaire : la Confrérie du Chacal, une espèce de regroupement de brigands, mais j'ai entendu dire qu'ils commençaient à trafiquer des armes dans le coin.
_Non. Ce sont des démonistes !
_Hein ?! Houlà, non, non, je vous assure messire ils...
_L'étoile à neuf branches est le signe du démon, Maître Pratesh, et cette créature doit être décapitée et brûlée séance tenante.
_Quoi ?! Mais non, enfin, on allait l'interrog...
_Nous ne tolérerons pas l’œuvre du démon et vous n'en serez pas complice, Maître Pratesh, ou bien vous aurez à faire à moi !»

Malgré les protestations de ses camarades, Sire de Lorune défait le long paquet qu'il a sur le dos depuis le départ et en dégage une lourde épée bâtarde à la lame gravée de runes antiques et dont la garde rougeoyante rappelle à Vighnu une certaine sphère : avant qu'il ne puisse s'interposer, l'épée s'abat et la tête du malheureux tombe, tranchée net, entre ses genoux [oui, Herle vient d'exécuter le "peunj-d'information" pour produire une Réaction à 5].

Chacal00.jpg

Fuite

"D'autres cavaliers arrivent !" les avertit Oleytan depuis le chemin, où il monte maintenant le cheval récupéré. Ne sachant pas s'il s'agit de brigands ou de simples civils et préférant éviter de laisser une "scène de crime" qui mette la puce à l'oreille du convoi, les mercenaires bascule le corps dans le torrent et dégage vers l'aval, histoire de dépasser leur éboulement avant d'être vus. Emportant la tête pour la brûler plus tard, Herle s'élance sur le chemin à la suite de ses camarades. Ce n'est que lorsqu'ils ralentissent au bas de la gorge qu'ils s'avisent qu'ils ont oublié Andréas et La Poigne, à qui Vighnu avait ordonné de rester près du chroniqueur pour le protéger :

«_Non mais ils sont pas débiles, non plus, ils auront dégagé en nous voyant passer...
_On parle de La Poigne là : le gars qui reste allongé près de l'arbre les yeux fermés pendant qu'on poursuit un cavalier parce qu'on lui a dit de faire "semblant de rien".
_Bon, Oleytan, tu retournes les chercher à pied en passant par les crêtes, on se retrouvera près du gué.»

Et le matériel chargé sur le cheval, notre commando hautement qualifié repart d'un pas tranquille sous la bruine persistante.

Réflexions

Sous les pas des mercenaires, une plaine vallonnée, couverte de hautes herbes et parsemée de bosquets, succède bientôt à la forêt escarpée. Une éclaircie illumine le paysage et, quoiqu'en regardant régulièrement par-dessus leur épaule, les PJ en profitent pour sécher un peu en devisant sur la suite. Ce n'est qu'en arrivant au bord du fleuve que Herle insiste pour faire une pause et observer sérieusement les environs, des fois que les Démonistes ("Mais c'est juste des petits truands qui se donnent un genre ! _Des dé-mo-nistes !") aient posté un autre guetteur ou que la première caravane soit encore à portée de vue. Les abords de l'Anil'wel ("la Rivière du Passé") sont remarquablement calmes, mais la profondeur des empreintes de chariot laissées sur la berge intrigue le templier :

«_Qu'est-ce qu'il y avait exactement dans ces chariots, Eldan ?
_Heu... un de draps et fourrures, un de ferronnerie, chaudrons, ce genre de trucs, et puis un p'tit chariot de matériel, les vivres de l'escorte, tout ça.
_Grand et gros, le chariot de chaudrons ?
_Pas très non, pourquoi ?
_Parce je commence à me dire que si j'étais un maître-contrebandier qui se méfie d'une attaque sur le convoi le plus important de l'année, j'aurais peut-être bien camoufler le vrai chargement dans la première caravane et tendu une embuscade autour de la seconde…»

Après avoir passé le fleuve, et puisque la journée touche à sa fin sous les nuages noirs qui s'accumulent à l'est ("Gros orage en provenance de la mer, annonce le Moineau. _Trouve-nous un bon site de bivouac, faut qu'on puisse se reposer ce soir.") le groupe discute toujours de ses soupçons en interrogeant Eldan sur milles détails, puisqu'ils est le seul parmi eux à s'être rendu en ville et à avoir observé les préparatifs de départ. Montant un campement étonnamment confortable à base de branchages installés entre de gros rochers, sur les contreforts des hauts plateaux à l'ouest de la route (en limite de zone 4, sur la carte) et bientôt rejoints par Oleytan suivi d'Andréas juché sur le dos de La Poigne, l'équipe continue de réfléchir à l'idée du Templier.

Et, à force de se creuser la cervelle, Eldan commence à se remémorer divers détails troublants (les mises en garde du Capitaine ; la désertion du Carafon (d'ordinaire quartier-général des truands et en particulier des séides de Jorem Cuivré) ; Jornil qui pressait le premier convoi de partir au point de payer une partie des frais de l'escorte, finalement un peu excessive pour des marchandises sans grande valeur et comptant assez peu de cavaliers pour que le troupeau de chevaux soit sa principale préoccupation ; les drôles de "barbares" qui trainaient à l'Hostellerie avec Diane), Andréas raconte sa première rencontre avec les Chacals au Cercle des Cascades, Vighnu et Eldan ajoutent leurs connaissances sur la pègre du nord... Il leur faut un moment pour constituer une théorie viable mais, lorsque Herle de Lorune revient de l'incinération de la tête tranchée, ses compagnons se sont rangés à son avis : le butin est caché dans la première caravane (qui n'a que 3 ou 4 heures d'avance sur eux et a du elle aussi s'arrêter pour la nuit), et le deuxième convoi est un piège à leur intention, pour lequel Jornil a embauché les Chacals, originellement venus des Sylves, tout comme Urgrand le sorcier barbu qui les a mis en relation avec les rebelles."Je vous avez bien dit que c'était des démonistes ! Quand on aura fini cette mission, faudra faire la peau à ce sorcier. _Nous en reparlerons certainement, sourit Vighnu."

Interlude Lointain

Pendant ce temps à Tal Endhil, le Capitaine prend Ranyella Sotorine à part à la fin d'une des nombreuses sessions qui occupent la Guilde depuis le début de la semaine et, alors qu'il voulait lui parler transport nautique et diplomatie locale, la cheffe kerdane lui remet 4 pièces d'argent :
« À quel titre ? _Une de vos mercenaires a envoyé un message à Écume 6 en demandant qu'on lui envoie une barge au Lac d'Acier. La réponse est que nous avons déjà perdu une barge récemment, que ma famille a autre chose à faire et que la mercenaire en question a perdu le privilège de faire appel à nous : vous seriez gentil de transmettre. _Oh... merde ! »
Et le Capitaine fonce illico au Cercle des Cascades, insiste pour parler urgemment à quelques chamans de sa connaissance et fini par demander à Kal Shemon'Lon de bien vouloir passer un message à Vighnu et Andréas : « Seulement si j'peux mett' un monstre marin. Ça donne du cachet aux visions, les monstres marins. Hihi. »


Infiltration

Soirée à Solerane (Diane, Trevan, Gavin)

À l'Hostellerie des Moindres, après qu'Eldan soit passé en coup de vent lui déposer une dague empoisonnée ("T'aurais rien de plus liquide, pour épicer les vivres de l'escorte ? _Ah heu ben non, mais j'vais demander à l'apothicaire.": jamais revenu), Diane fait connaissance avec ses futurs compagnons de route : si les deux "barbares" au poil noir et à l'air revêche ne font toujours aucun effort pour converser dans la Langue des Pères, elle découvre que le jeune "chevalier errant" Trevan de Rigorne et son fidèle écuyer sont venus au nord "en quête de gloire et d'aventure" et que, malgré leur bref engagement dans les troupes mercenaires ("parce qu'on y voit plus d'action !"), l'aventure leur a fait jusqu'ici plutôt défaut : une escorte de caravane vers Celanire (et quelques troubles sur place dus à l'arrivée d'un nouveau prêtre assez radical), mais toujours pas de glorieux combat. Ils comptaient s'engager dans les troupes d'un héros local, le fameux Capitaine Durgaut de Tal Endhil ("Qui ? Non, 'connais pas...") mais comme Trevan est incapable de réduire son train de vie, les voilà pour l'instant fauchés et ils repartent vers Darverane avec le fourgon de métal, dont le jeune chevalier espère bien qu'il sera attaqué (pour se couvrir de gloire), afin de gagner assez d'argent pour un second cheval (Gavin l'écuyer se plaint de courir derrière depuis deux mois).

Un très bref duel d'entraînement avec lui permet par contre à Diane de constater que Trevan est extrêmement bien entraîné à l'épée, malgré son inexpérience du combat réel et sa rafraichissante "naïveté". Si son écuyer a d'avantage les pieds sur terre, Diane ne doute pas de pouvoir par contre les manipuler (et ne se préoccupe pas plus que ça d'aller jeter un œil au fourgon ou à la mine). Elle rencontre bientôt Thuril le Brun, le massif forestier accompagné de deux dogues en charge de guider le convoi, qui vient les avertir d'être prêts le lendemain avant l'aube.

Rêves collectifs (Herle, La Poigne, Vignu, Eldan, le Grêlé, Oleytan, Andreas)

Pendant qu'elle dort tranquillement à l'Hostellerie, le tumulte de l'orage qui s'abat sur la plaine est bientôt interrompu par un hurlement de frayeur : sous son abri de branchage, Vighnu vient de s’éveiller d'un horrible cauchemar, une histoire de barques irrémédiablement coulés et de monstre marin qui le dévorait.

«_Ça commençait par un faucon ricanant dans la nuit et finissait par un petit oiseau qui te guidait vers un sentier lumineux dans la montagne, demande Andréas ?
_Heu... oui, mais je t'avoue que je me suis réveillé après le poisson géant.
_C'est drôle, moi j'ai juste vu une espèce de grosse murène rôder dans l'eau, mais à part ça, je pense qu'on a fait le même rêve, envoyé par Kal Shem'...
_C'est important les rêves, coupe Herle de Lorune, ce sont souvent les Ancêtres qui nous les envoient.
_Voilà.
_J'allais le dire.
_Et dis-donc, "le Moineau", un chemin dans la montagne, ça te dit quelque chose ?
_Ah heu...oui. Le Capitaine avait prévu une solution de secours si on trouvait pas d'embarcations, c'est au nord de Celanire.
_Et c'est fiable ?
_Les plans du Capitaine sont toujours fiables !
_Suis-je bête. Bon ben demain on peut s'épargner d'aller voir si les Kerdans sont arrivés à la presqu'île et foncer plein sud dès l'aurore pour rattraper le convoi...»

Départ du convoi (Diane, Trevan, Gavin)

Et le jour n'est pas encore levé que Diane, Trevan, Gavin et les deux barbares Sylvains dont elle n'a tiré que les noms (Rumbold et Jaromir) rejoignent avec Thuril la mine de cuivre, un véritable petit fortin dont sortent bientôt des cavaliers (dont Craie et Esteval, qu'elle reconnaît et qui la reconnaissent, mais aussi un jeune gandin qui s'avèrera vite être Jorem Cuivré, le fils du grand patron), quelques fantassins supplémentaires, un lourd fourgon de chêne fermé par une porte cadenassées et un petit chariot de matériel tiré par des mules. Retraversant la ville vers la porte basse dans le fracas des roues et des bêtes sur le pavé, le convoi descend laborieusement la route vers le Marchepied en brinquebalant ("Bloumboudoum font les coffres dans le fourgon fermé. _Super : tu fais vachement bien le coffre. _Okaaay... _Ben quoi ?") puis oblique plein sud dans le petit matin.
Très vite, l'arbalétrière comprend qu'entre Craie, Thuril et Jorem, il y a deux chefs de trop dans ce convoi, et en profite pour attiser les inimitiés au sein de l'escorte. Dès qu'elle et d'autres piétons sont employés à retenir les chariots dans la route pentue qui serpente le long du torrent, il lui vient une autre idée pour ralentir le convoi : profitant d'un dérapage du fourgon ("moins lourd qu'il n'y parait... _Ben tant mieux.")

Sur la route bourbeuse, alors qu'elle tirait de l'arrière, Diane s'arrange pour que le véhicule passe sur l'un des cochers descendu pour freiner par l'avant, et le conducteur hurle lorsqu'une des roues de bois ferré lui sectionne la jambe à hauteur du genou. Dégager le pauvre gars et lui prodiguer les soins nécessaires, quoique probablement inutiles (le type ne s'en sortira pas sans un bon chirurgien) stoppent le convoi pendant un long moment. Diane en profite d'ailleurs râler sur la paye, semer encore un peu plus la discorde dans l'escorte et monter Trevan de Rigorne contre Craie en proposant de rentrer à Solerane pour repartir du bon pied, mais l'esclavagiste albinos est vite soutenu par Esteval et, à eux deux, ils ramènent un semblant de discipline dans l'équipage qui reprend la route.

Toujours attentive aux alentours, Diane commence à avoir l'impression distincte que des bruits de sabots suivent le convoi par les crêtes et, lorsqu'elle propose d'aller voir, Craie insiste pour envoyer plutôt Jaromir et Rumbold, les deux Sylvains.

«_Dis-donc Trevan, demande-t-elle au jeune chevalier, les deux barbares, là, ils ont été sélectionnés comment ?
_Je ne sais pas, Mademoiselle : je ne crois même pas que le gros sergent les ait mis à l'épreuve, ils ont été embauchés tout de suite.
_Tiens donc... »
Et bien sûr, lorsque les deux éclaireurs reviennent "sans avoir rien trouvé", Diane et Gavin espionnent leur bref rapport à l'albinos, la Kerdane entendant quelque chose comme « perdu un gars...
_Dis-leur de garder leurs distances, merde !»

Lorsque le jeune chevalier et un des Sylvains, chevauchant tous deux à l'avant-garde, signalent un l'éboulement barrant la route, le convoi s'arrête à nouveau, l'escorte se déploie en position défensive et la Kerdane décide d'escalader le pierrier pour en avoir le cœur net : trouvant les empreintes de deux paires de très grands pieds, elle déduit que l'éboulement est l’œuvre de La Poigne et du Défroqué, mais préfère inquiéter les autres pour perdre encore du temps. Le convoi ne repartant qu'après avoir utilisé les mules pour traîner le sapin tombé hors du chemin, Diane s'installe à côté de Thuril le Brun sur le banc du fourgon et entreprend de lui expliquer qu'il se passe des choses très bizarres autour de ce transport, surtout que les Sylvains et Craie semblent comploter un truc bizarre avec des cavaliers qui les suivent [Réaction de Témérité à 5].
Manifestement surpris (et convaincu), le Brun essaye pourtant de dissiper les soupçons de la Kerdane mais ne parvient qu'à éveiller de nouveaux doutes : le guide serait-il de mèche avec d'autres gars voulant braquer le convoi ?

Fuite meurtrière

Avec tout ce temps perdu, il fait déjà presque nuit lorsque la caravane fourbue s'installe pour camper juste avant le gué et que Craie insiste pour envoyer les deux Sylvains et Diane "chercher du bois pour le feu", à bonne distance du camp puisque les premiers bosquets sont à plusieurs centaines de mètres. Méfiante, la Kerdane avertit Gavin et ne suit les deux barbares qu'en traînant les pieds et son arbalète sous le bras, le temps de chercher une solution : elle observe le terrain en détail, évalue les distances... Lorsqu'elle réalise que Craie et Esteval arrive derrière elle depuis le camp alors que les Sylvains la prennent en tenaille par l'ouest, elle se penche pour ramasser une branche morte... et disparaît complètement dans les taillis et le soir qui tombe.

[À 4 contre 1, Diane est sérieusement dans la mouise, surtout qu'Orlanth refuse d'employer ses pH pour autre chose que progresser. Mais briefé en détail sur les options tactiques d'un sniper et anticipant finement sur ses Mises, il va commencer par un énorme jet de préparation, dégageant 16 pts de bonus temporaires qui ne vont pas être de trop...]

Transmettant des indications par signes aux deux Sylvains, Craie et Esteval resserrent l'étau autour de la Kerdane... Du moins le croient-ils car, camouflées dans un bosquet à quelques distance, elle se trouve déjà hors de "l'encerclement" et visant soigneusement, elle attend le bon moment pour tirer en comptant sur la fatigue et la tension de ses adversaires. Et lorsque que, croyant avoir vu un buisson bouger, Craie fait claquer son fouet dans le feuillage, l'arbalète claque sans être entendu et Esteval s'écroule sans un râle, un carreau lui ayant perforé le crane par l’œil gauche. Jaromir, l'éclaireur sylvain qui progresse discrètement l'arc tendu, est maintenant la cible la plus excentrée : Diane recharge et lorsque l'albinos -dont les longs cheveux blancs se distinguent nettement malgré le crépuscule- se retourne pour appeler à voix basse son camarade disparu, un second trait claque et se fiche dans la trachée de l'archer, qui s'effondre en gargouillant du sang.

Immédiatement, Rumbold et Craie comprennent qu'on leur a retourné l'embuscade et cherchent un couvert, mais l'esclavagiste commet l'erreur de vouloir reprendre l'offensive : dégainant son tranchoir et ré-enroulant son fouet, il s'élance en zigzaguant entre les rares bouleaux pour atteindre l'origine du tir... où Diane n'est déjà plus. Et lorsqu'il se retourne pour la chercher du regard, un carreau l'atteint en plein front.

Alors que des voix commencent à se faire entendre vers le campement, le dernier Sylvain récupère l'arc de son compagnon et, restant prudemment à couvert, scrute le sous-bois en se déplaçant silencieusement vers l'ouest et les profondeurs de la forêt. Rumbold lâche une flèche lorsqu'une ombre se détache brièvement parmi les arbres mais manque de plusieurs coudées, et les deux tireurs continuent leur lente et silencieuse danse parmi les taillis, s'éloignant toujours plus du camp vers la forêt, chacun cherchant à repérer sa cible autant qu'à réduire la distance en restant à couvert... Mais lorsqu'il atteint une longue clairière, le Sylvain doit choisir s'il s'arrête ou s'aventure à découvert et, manifestement décidé à continuer vers l'ouest ou les arbres sont plus dense [et lui permettrons de réduire l'avantage fournit par la portée de l'arbalète], il s'élance soudain au pas de course : il n'a pas fait 10 pas qu'un carreau le cueille en pleine cuisse. Il riposte pourtant, mais manque encore et, étalé dans les hautes herbes, à flèches, il a le réflexe de ne plus bouger et d'attendre que la Kerdane soit obligée de s'approcher : lorsqu'une silhouette blonde apparaît, il se redresse sur un bras pour lancer sa hache mais un dernier carreau lui perce le crâne avant qu'il ait pu finir son geste.

Accroupie à la lisière des bois, Diane écoute la nuit en reprenant son souffle : s'il lui semble entendre un lointain piétinement de sabots dans la forêt, une chouette ulule à l'ouest quand elle reconnaît le timbre de Trevan approchant par l'est et appelant à mi-voix "Mademoiselle ? Mademoiselle ?". Elle fouille rapidement le corps de Rumbold, récupère le projectile qui saillit de sa jambe et, en plus d'un curieux appeau, d'une solide dague, de quelques pièces de cuivre et d'un lacet d'étrangleur, elle découvre un curieux tatouage sur son sternum, une sorte de loup très mince sur fond d'étoile et de forêt. Soufflant tout bas dans l'instrument, elle émet une sorte de ululement et comprends que d'autres Sylvains appelaient leurs compagnons.

Quand le jeune chevalier la rejoint enfin, troublé de constater qu'elle vient d'abattre 4 hommes dont leur chef (et qu'il a encore manquer l'action), elle n'a guère le temps de lui expliquer la situation en détail mais, avec l'aide de Gavin qui finissait de fouiller les corps, parvient à le convaincre qu'elle est "la gentille" de l'affaire. Et qu'ils sont tous en danger : il faut fuir, tout de suite, sans repasser par le camp. « Mais je ne peux tout de même pas abandonner mon destrier, proteste le "chevalier errant" ! _Et puis j'ai trouvé la clé du fourgon autour du cou de Craie, fait remarquer Gavin : ça vaudrait le coût de jeter un œil... » (On pourra pas dire que j'ai pas essayé.) Diane hésite un instant, car la tentation est forte, mais se ravise et, tirant doucement le chevalier confus par le bras, elle l'entraîne avec son écuyer vers le fleuve, contourne le camp par la rive, trouve le gué malgré la nuit et, alors qu'un fort tumulte et une cavalcade semble agiter le bivouac derrière eux, ils disparaissent dans la nuit et les flots grondant...

Ils marchent depuis plus d'une heure, que le chevalier a passé à se plaindre de la perte de son cheval, du poids de son pavois et de ses pieds douloureux, lorsque Diane et Gavin réalisent que des cavaliers sont à leurs trousses : quittant le chemin pour tailler à travers bois, le trio sème temporairement ses poursuivants dans l'épaisseur des taillis et tente de prendre un maximum d'avance avant l'aube (passant sans le savoir à peu de distance de l'endroit où, la nuit précédente, ses compagnons ont campé pour s'abriter de l'orage).


Dernier tronçon

Sabotage d'un chariot

Durant la journée, Vighnu, Andréas sur le cheval, Herle de Lorune, Eldan, Oleytan, le Grêlé et la Poigne ont continué d'avancer à marche forcée sur la route forestière (segment 4 du trajet) détrempée tant par l'orage de la nuit que par les quelques ruisseaux qui s'écoulent vers le lac, grossis des eaux de pluie. Eldan, le plus leste de la bande, a rapidement pris de l'avance sur le reste du groupe en espérant rattraper la caravane assez tôt et trouver moyen de la ralentir jusqu'à ce que ses camarades le rejoignent. Et en effet, lorsque l'après-midi touche à sa fin et que le Moineau émerge de la forêt (début de zone 5), il découvre le troupeau de chevaux paissant tranquillement dans la grande prairie en bordure du Lac d'Acier, près des trois chariots arrêtés au bord du chemin entre lesquels les voyageurs ont allumé un petit feu pour sécher leur paletots. La moitié d'entre eux prennent d'ailleurs le soleil ou nettoie leur vêtements bourbeux sur la berge pendant que les autres cassent la graine et se reposent de la rude journée qu'ils viennent de passer à pousser les carrioles dans le chemin forestier tout à la fois étroit, sinueux, bourbeux, rocailleux et coupé par les crues miniatures (argl).

Profitant des hautes herbes et de ce que seulement trois sentinelles semblent encore (vaguement) se préoccuper de monter la garde, le Moineau progresse par l'ouest, traverse la route sans être vu et se glisse subrepticement jusqu'au chariot de ferronnerie. Il entreprend alors d'arracher avec sa dague les clous qui maintiennent une des roues arrières sur l'essieu, mais il n'a pas tout à fait le temps de finir que l'arrivée de l'unique sentinelle à cheval, qui commence à réunir les chevaux égayés e vue du départ, l'oblige à se dissimuler sous la carriole. Son mouvement d'ailleurs trop vif et trop peu discret fait se cabrer l'un des chevaux, la sentinelle descend de selle pour voir ce qui se passe alors qu'une autre est descendue du chariot de draps (étrangement le seul où un garde soit resté en faction) : Eldan, bientôt coincé, ne s'échappe qu'en profitant d'un instant d'inattention né du chef de convoi qui bat le rappel de ses compagnons, juste le temps pour lui de retraverser la route et de s'éloigner en rampant dans les hautes herbes. Néanmoins, la roue d'un des chariots ne tient plus que par un clou et l'éclaireur a reconnu l'homme qui gardait le chariot "de draps" : c'est Darjodrahl, le garde du corps/assassin hornois de Jornil Cuivré en personne, et sa seule présence indique qu'ils ont vu juste...

[Là, vous comprendrez que j'ai un problème spatio-temporel massif : Diane/Orlanth a toujours environs 24h de retard sur les autres joueurs, qui eux sont à moins de 24h de l'objectif réel, et d'ailleurs la caravane va arriver à l'Auberge du Pont. Si je laisse tourner la chronologie normalement, Diane ne rattrapera ses compagnons que bien plus tard, probablement après que l'action soit terminée : c'est vraiment con. Alors comme pour une fois j'ai mes 4 joueurs-combattants ensemble (ça n'a a été le cas que deux séances sur sept), je fais une entorse à mes principes pour mon Orlanth préféré, Diane passe donc à travers une faille temporelle et rejoint ses camarades, qui pour la plupart n'y ont vue que du feu.]

Regroupement et combat (Herle, La Poigne, Vignu, Eldan, le Grêlé, Oleytan, Trevan, Gavin, Diane)

À la lisière des bois, le reste de la troupe s'est arrêté pour faire une halte après 10h de marche forcée qui lui ont "presque" permis de rattraper le convoi, lorsque Oleytan à l'arrière-garde annonce trois piétons mal en point qui clopinent vers eux : c'est Diane la Kerdane et deux inconnus, dont un sérieusement blessé. Le trio de fuyard a en effet été rejoint par quelques cavaliers-chacals dans la journée et, lorsqu'un bref combat, Diane en a abattu un de plus, Trevan en a blessé un deuxième et le troisième a planté sa lance dans le flanc du pauvre Gavin avant d'être "héroïquement mis en déroute" par le chevalier errant (et donc il s'est barré, quoi). Rapidement mis au courant des mésaventures les uns des autres malgré l'insistance du chevalier qui veut savoir s'ils sont des "malandrins" ("Ben heu... on est des bandits d'honneur qui volons aux riches pour donner aux pauvres et défendons les petites gens contre l'oppression._Vrai ? Quelle aventure ! Je suis bien content de vous avoir rencontrés et de pouvoir joindre mon épée à votre noble cause ! _C'est qui ce débile, exactement ?") , tous s'accordent à dire que les deux priorités du moment sont qu'ils ont 1) encore une petite heure de retard sur leur objectif et 2) seulement une courte avance sur les 6 ou 7 cavaliers qui poursuivaient encore Diane, Trevan et Gavin. "Ça tombe bien, fait remarquer Vighnu : on va avoir besoin de chevaux."

Une fois l'équipe déployée autour de l'appât constitué par Gavin (rapidement rafistolé par Andréas) et Trevan installés au bord de la route, le "combat" est aussi rapide qu'unilatéral : Diane snipe le premier cavalier, le second reçoit une flèche de Herle avant d'être démonté d'un grand coup d'épée par Trevan et si les 4 autres qui les suivaient freinent à bonne distance pour descendre de cheval, ils découvrent vite qu'ils sont encore à porter de tir quand l'arbalète fait une seconde victime et qu'un autre adversaire prend une flèche dans la hanche en descendant de cheval. Les deux derniers, d'abord décidés à profiter du couvert des sous-bois pour arriver au contact voient bientôt le chevalier, le Grêlé, Vighnu et la masse du Templier s'avancer vers eux, et se dispersent dans les taillis dans l'intention manifeste de se carapater. C'était sans compter sur l'inhumaine discrétion de la Poigne, qui éclate à la masse le crâne du malheureux qui avait presque réussi à surprendre l'assassin (longue journée + problèmes de cœur : petite forme, le fehnri) et lorsque ce dernier se met en quête de l'ultime ennemi rescapé, il le trouve affalé sur le ventre et ligoté par le layss d'Oleytan, d'ailleurs assis sur son dos.
«_Très bien mon gars ! Allez, on le ramène aux autres et...
_Non.
_Je te demande pardon ?
_Non, Vignupratesh : cet homme est mon prisonnier, et il porte un tatouage. Je ne laisserai pas tes cinglés de compagnons massacrer un vaincu. Je comptais le laisser repartir après que nous ayons pris du champ.
_Mais c'est une très mauvaise idée, mon ami : il va rejoindre ses compagnons...
_C'est son droit.
_...les alerter sur notre position.
_Bah... je peux lui trancher un mollet, si tu veux : il devra repartir en boitant et ne rejoindra les siens que bien après que nous soyons partis.
_Hem... bon écoute, je vais voir où en sont les autres et je reviens vers toi, d'accord ?
_Chouette : tu peux me ramener à boire ? »

Et leur seul autre prisonnier, blessé à la hanche, est une prise inattendue : Jorem Cuivré, soi-même. Terrifié et enfiévré par la douleur, le propre fils du patron-minier balance tout ce qu'il sait dès que Herle et Diane froncent les sourcils : oui, son père se doutait qu'il serait attaqué et a conçu la ruse des deux convois ; oui il a embauché les Chacals à sa demande par l'intermédiaire d'un contact qui trafique du sel et d'autres marchandises "tombées du chariot" entre Darverane et Solerane ; oui, ils se doutaient bien que le Capitaine Durgaut était derrière tout ça mais son père ne pouvait pas se permettre de faire attendre Rhilder.
« Mais pas du tout, mes fringants compagnons et moi-même sommes des bandits d'honneur qui volons aux riches pour...
_Non arrête, Trevan, t'es chiant : on bosse pour Durgaut, en fait.
_Quoi ? Palsambleu, mais alors vous m'avez roulé ! Quelle aventure !
_Mais vous êtes cons, pourquoi vous balancez un truc pareil devant le prisonnier ?!
_Parce qu'il va pas repartir de toutes façons... » explique Vighnu avant de lui trancher la gorge [Réaction Cynisme 5 : ouch !].
Et abandonnant ses compagnons avec le chevalier errant qui fait un scandale, il entraîne Diane vers l'endroit où il a laissé Lerkoren Oleytan en lui expliquant la situation :
« Mais quel chieur ! 'Sont tous comme ça vos venteux ?
_C'est pas la question : je compte sur toi pour abattre le prisonnier après qu'on l'ait "libéré".
_Pas de problème mais faut pas que le môme me repère...
_Je t'aiderai. »

Et, en effet, Vighnu fait assez de boucan en rejoignant son jeune ami pour que l'approche de la Kerdane passe inaperçue : une fois le prisonnier ahuri rendu à la liberté sans arme et avec un talon d'Achille tranché ("Rhaaaaaaaaa ! _Pis traîne pas mon gars, parce qu'avant la nuit, y aura des loups..."), Vighnu ramène Oleytan vers leurs compagnons en l'entretenant de ses soucis sentimentaux, que le jeune Elloran ne comprend que trop bien. Cette émouvante confession les empêche d'entendre le claquement d'une arbalète qui vient de mettre fin à une très brève fuite, après quoi Diane rejoint les autres pour récupérer les carreaux qui, ayant atteint des parties molles, peuvent encore être extraits à la dague (faut dire qu'elle n'en a plus que 7, avec tout ça).
Le temps de répartir les désormais 9 cavaliers, dont un blessé, sur les 7 chevaux disponibles ( « Quelle malchance : aucun d'entre eux ne montait mon cher destrier ! _Couillon, moraliste et obsédé par son canasson : il est pas venteux votre chevalier, des fois ? ») et la troupe repart au galop à la poursuite du convoi.

Eldan, rapidement récupéré et pris en croupe, explique qu'il a pu confirmer que le butin était dans le chariot de draps et saboter la carriole de ferronnerie, mais que la caravane a repris sa marche et qu'elle a encore repris près d'une heure d'avance. Trottant de leur mieux sur leurs chevaux déjà éreintés, les mercenaires fourbus voient s'amenuiser leurs options en même temps que le soleil couchant : s'ils peuvent encore rattraper leur objectif avant l'Auberge fortifiée (d'autant que la roue déclouée peut céder n'importe quand), il leur faudrait encore prendre le temps de se déguiser en Kormes, abandonner pour cela leur matériel le plus avantageux, attaquer en plaine, couper la fuite à quiconque sauterait sur un des 50 chevaux pour donner l'alerte, défaire une quinzaine de "gardes" (dont au moins 4 professionnels dignes de ce nom et Darjodrahl) à seulement 8 combattants, rafler le butin et dégager à travers champs avant que des renforts n'ait pu intervenir depuis le fortin :

« C'est pas la peine de se casser le cul à galoper, fait remarquer Vighnu : on est tous trop crevés pour se battre efficacement. Il faut trouver autre chose... par exemple s'introduire à l'Auberge du Pont cette nuit, avant que la caravane ne reparte pour Darverane avec trois ou quatre fois plus de monde.
_C'est ça, on va trimballer 200kg de coffres blindés par-dessus les remparts et tout le monde trouvera ça normal.
_J'ai peut-être une idée, propose Eldan : je sais que le chariot de ferronnerie est destiné à Celanire, alors si on pouvait remplacer discrètement le contenu des coffres par des fers à cheval et d'autres objets en fonte pour planquer le butin sous les chaudrons, on aurait plus qu'à attaquer demain matin un p'tit chariot presque sans escorte allant justement dans la bonne direction.
_Mmmmh... et tu ferais ça comment ?
_Ben on j'pourrais entrer à l'auberge avec Gavin en innocent blessé et l'honorable médecin-érudit Andréas, on repère les lieux et le butin, pis on aide Vighnu, Oleytan et tous ceux qui savent grimper et se faire discrets à passer la muraille, pis on s'introduit là où sont gardés les chariots, on se débrouille pour changer le butin de carriole sans faire trop de bruit, les grimpeurs repartent pis, le lendemain, ni vu ni connu, on braque le transport de chaudrons sur la route de Celanire.
_Mais dis donc, tu sais que si on laisse quelques gars à l'extérieur, pour éviter que les gardes du deuxième convoi nous tombent dessus à l'improviste ou viennent raconter des âneries à la garnison locale, ça pourrait presque marcher, ton affaire...
_Très bien, jeune homme : je suis ravi de constater qu'on ne t'a pas emmené pour rien...» conclue le Défroqué.


A l'Auberge du Pont

L'auberge du pont

Première nuit

Pendant que le reste du groupe se dissimulait avec les chevaux dans un bois, Eldan le Moineau, Gavin l'Écuyer blessé et Andréas, sous l'identité d'un érudit de Brasure, ont précédé la caravane à l'Auberge du Pont pour observer son arrivée et ses mesures de sécurité. Ils y ont découvert que la herse qui barre le fameux pont était baissée suite à des attaques répétées des Kormes sur la route vers Darverane (qu'on leur avait annoncée "rouverte") : les voyageurs et marchandise s'accumulant alors dans l'auberge envahie de tentes, de chariots et de bien plus de résidents qu'elle n'en peut héberger ou même nourrir, et les prix y grimpaient de manière délirante.

Une fois les hommes de Jornil Cuivré arrivés et le chariot "de draps" (dissimulant les coffres que visent nos vaillants mercenaires) bouclé pour la nuit dans une grange gardée, Eldan observa les lieux pour chercher le meilleur point d'entrée (la garde mercenaire habituelle est doublée d'un contingent de l'armée régulière qui semble obéir à Darjodrahl, le lieutenant hornois du Cuivré), il manqua d'être lynché en accusant publiquement une jeune tire-laine plus charismatique que lui, Andréas fit le tour de l'auberge sur-bondée et récupéra la bourse volée au Moineau, puis Gavin sortit brièvement pour prévenir ses (autres) camarades de la situation avant que les portes ne soient fermées pour la nuit et tous trois se retrouvèrent au spectacle donné par les saltimbanques dans la cour...

Les autres mercenaires ont d'ailleurs passé un début de soirée tendu, la journée les ayant laissés sur les nerfs. Tout particulièrement Vighnu chez qui les affres sentimentaux s'ajoutaient à la tension et à la fatigue de cette mission [il trimbale toujours ses deux points de "Trauma" (rebaptisés "Marques" depuis la dernière réécriture du système) dus à ses problèmes avec Islinna) et pète donc les plombs beaucoup plus souvent que d'habitude. C'est d'ailleurs d'autant plus intéressant que, sa principale Réaction étant le Cynisme, le fait même qu'il soit fâché avec sa douce parce qu'il est un assassin cynique l'incite à se comporter en assassin cynique. Comme dit souvent mon collègue "Cancrela", «Ça devrait s'appeler "nÉvrotic"...».] Le fehnri était en fait tellement stressé que lorsque Gavin est venu leur annoncé que le chariot était sous clé et qu'Eldan s'était fait gravement repéré en perdant sa bourse et en déclenchant un esclandre, Vighnu a sorti sa dague pour la lui coller sous la gorge en gueulant "Mais vous êtes complètement cons nomdedju, on peut rien vous confier !". Immédiatement, il a senti l'acier froid de l'épée que Trevan de Rigorne lui posait sur la nuque, Herle de Lorune a dégainé son nerhil pour piquer la pointe sous le diaphragme du chevalier errant, Diane a braqué son arbalète chargée sur l'oreille du précédent et le Grêlé, passant sa lance entre le fehnri et l'écuyer, a finalement demandé de son habituel ton sarcastique si la mission intéressait encore quelqu'un ou s'ils allaient tous s'entretuer à 300m du butin juste parce qu'ils ne savaient pas tenir leur nerfs. L'assassin a donc rengainer son katara et tout le monde a lentement rangé ses armes en échangeant des regards méfiants : folle ambiance...

Pendant qu'Eldan "sympathise" avec des compatriotes Anguedais ("du Duché d'Anguedale"), des bergers occupant la tente la plus proche de la porte de la remise (la verte, sur le plan), Gavin tâche d'en déloger la barre qui la ferme de l'intérieur à l'aide d'un cure-pied (une espèce de crochet pour nettoyer les sabots des chevaux) et n'arrive qu'à la déloger en partie ("J'finira 'pu tard !").

[Tentative rigolote : Gavin, qu'Orlanth incarne désormais pour éviter de ne jouer que son Arbalétrière confinée à l'extérieur, possède une Ressource "Paquetage" qui n'est définie que comme son aptitude à sortir tout et n'importe quoi du fatras accumulé dans son baluchon à force de chapardages, pour peu qu'il réussisse un jet sous le domaine "Voyage" et avec tous les talents appropriés. Le jet est plus ou moins difficile en fonction de ce qu'il espère tirer de son sac à malice, et il peut y miser d'autant plus d'Énergie que l'objet désiré correspond à ses talents...]

Après avoir profité de l'enthousiasme du public devant la performance des baladins pour remplir en partie son focus, sa bourse elle aussi bien garnie a permis à Andréas d'accéder à la partie de dés qu'organise pour ses amis fortunés un certain Dorian «le Magnifique», marchand reman particulièrement entreprenant puisque, grâce au courtage, au tripot installé dans une des rares chambres privatives et à la prostitution de son époustouflante maîtresse fehnri, Sohashna, il est probablement la seule personne à tirer quelque profit de son séjour à l'Auberge du Pont. C'est surtout, pour nos mercenaires, le seul autre type assez influent sur place pour avoir obtenu que sa propre roulotte soit elle aussi gardée sous clé dans la fameuse grange... Après quelques coups de dés qui lui ont fait gagner un peu de menue monnaie, Andréas se retire du jeu et de la conversation entre puissants négociants pour lancer le sort qu'il a préparé pour glisser dans l'esprit de Dorian et de sa courtisane une certaine idée fixe : "le commerce ne vaut rien ici, la route ne rouvrira pas, autant retourner à Solerane."

Frôlant le malaise tant il a investi d'énergie dans sa "Chimère", le chroniqueur s'excuse et prend congé, entendant en partant les deux amants discuter de leur départ à l'aube. Comme Gavin et Eldan (mais du côté de l'étable), il s'installe alors pour dormir quelques heures dans la cour, afin de rester aux premières loges en cas de besoin. En attendant la diversion prévue par ses camarades à l'extérieur, il s'endort malgré les protestations fréquentent des campeurs qui râlent chaque fois que quelqu'un les réveille en faisant du bruit dans la cour, rajoutant un peu de merdier à chaque fois...

Extrait des "Chroniques des Marches du Nord" d'Andréas Odran

Après avoir réalisé que nous nous étions fait bernés comme des bleus et que le chariot que nous pourchassions n'était qu'un leurre, nous avons quasiment rattrapé le faux chariot de draps. Le plan mis au point par Eldan et Vighnu était d'opérer une substitution entre le coffre que nous recherchons et des ferronneries d'un autre chariot lors de l'arrêt du convoi à l'Auberge du Pont.
J'ai été affecté au groupe d'éclaireurs, en compagnie du brave Eldan et de Gavin, le soi-disant écuyer du soi-disant chevalier errant. Pas mécontent de laisser derrière moi le poète-répurgateur et ses tendances homicides qui me feraient presque regretter feu Conrad de Mélanque, nous avons doublé au large le convoi pour découvrir une auberge absolument bondée, un vaste campement de tentes débordant de ses murs. Moutons et poulets courraient en liberté là au milieu, dans un bazar que d'aucuns auraient trouvé joyeux. Ce n'était pas mieux à l'intérieur, et il me fallu jouer des coudes pour y entrer, tandis qu'Eldan essayait d'interroger des gardes à l'extérieur - comptant sur la camaraderie militaire. Il a rapidement découvert que la route de Darverane n'a jamais réouvert : les quelques marchands qui ont essayé de l'emprunter sont revenus la queue basse et soulagés de leurs biens, et le contingent de gardes de l'auberge s'est vu renforcé. La conversation a ensuite tourné court, pour autant que j'aie bien compris les explications embrouillées d'Eldan : il semblerait que la réputation de la camaraderie militaire soit en fait largement usurpée...
Pendant ce temps, Gavin et moi-même nous frayâmes tant bien que mal un chemin dans la salle de l'auberge bondée, où tout un tas d'individus tentaient d'accéder à un comptoir où l'on servait de la nourriture. Très franchement, les moutons de la cour me parurent plus dignes que cette pitoyable assemblée d'humains se battant pour leur pâtée. Enfin... J'espérais trouver plus de calme à l'étage, il n'en fut rien : l'étage était intégralement couvert de lits et de paillaissades, et la seule zone privative était réservée par un riche marchand et gardée par un mercenaire. J'ai bien tenté d'expliquer à l'un des commis de l'auberge que je ne souhaitais pas partager mes nuits avec une bande de garçons de ferme illettrés, mais celui-ci a pris la mouche (je suppose que c'est un ancien garçon de ferme toujours illettré). Ce serait donc compliqué pour moi d'obtenir un coin tranquille où préparer mes petites diversions...
Pendant ce temps, à l'extérieur Eldan assistait à l'arrivée du guerrier hornois escortant la caravane des marchands de draps. Usant d'un subtil mélange de force brute, de regard mauvais et de cette indicible autorité que procure le fait d'être une machine à tuer, le Hornois a rapidement imposé son autorité auprès des gardes, fait entrer le chariot contenant le coffre dans une remise fermée (dont il a conservé la clé), et réquisitionné une chambre et des repas pour ses employeurs. Le reste du convoi, lui, s'installait hors des murs de l'auberge. Et notamment le chariot de ferronneries avec lequel nous comptions faire l'échange. Voilà qui compliquait sérieusement notre affaire. Eldan a aussi appris que la remise en question était occupée par un autre chargement appartenant à un riche et important marchand : des verreries, apparemment. Et ce riche marchand n'était autre que celui qui occupait la grande chambre à l'étage de l'auberge, où parait-il il organise des parties de dés pour tuer le temps en attendant la réouverture de la route. Il aurait déjà plumé certains de ces collègues...
Je retrouvai Eldan dans un coin pas trop encombré de l'auberge et nous avons commencé à discuter de nos options. C'est alors qu'Eldan a été bousculé par une jeune fille qui lui subtilisa la bourse confiée par Durgaut. Il l'a arrêtée, mais elle avait déjà passé l'objet du délit à un complice que j'ai pu repérer et suivre. Je l'ai retrouvé dans les latrines où il contemplait le fruit de son forfait. Bien qu'il fut armé d'un méchant coutelas et ait l'air plus costaud que moi, j'ai serré le manche de ma dague en prenant mon air le plus menaçant et je l'ai sommé de me rendre l'argent. De façon incroyable, j'ai dû avoir l'air suffisamment méchant pour qu'il me rende la bourse sans combattre [jet d'Intimidation +1pH !]. Pendant l'intervalle, ce brave Eldan avait accusé publiquement de vol la jeune fille. Celle-ci se lança alors dans un numéro théâtral de fragilité féminine qui aurait bien fait rigoler Diane, et quelques courageux sont intervenus - espérant probablement passer pour des chevaliers blancs et ainsi trousser la donzelle d'ici la nuit. Eldan, pas si brave que cela au final, s'est copieusement fait casser la gueule et je l'ai retrouvé tout ensanglanté dans la cour. Ce fut pour moi l'occasion de m'essayer aux arts dentaires pour réparer la mâchoire du garçon. Je crois que je m'en suis bien tiré, et après tout cette dent cassée lui donne un air aventurier qui devrait plaire à ces dames.
C'est alors qu'est advenu l'évènement le plus sidérant de cette soirée : Gavin, le paysan-écuyer, a été pris d'un soudain accès d'initiative et s'est esquivé pour faire un rapport au reste du groupe ! Alors ça ! Que croyait-il le bougre, que nous allions rester sans prévenir nos compagnons ? Je n'en reviens pas, quelle outrecuidance ! Moi qui pensait que les capacités intellectuelles de ce garçon ne dépassaient pas celles de la limace ou du templier, le voilà qui nous donne des leçons d'opérations clandestines. Il va falloir que nous nous reprenions, Eldan et moi.
Au final, nous sommes parvenus au plan suivant : nous restons sur la substitution, et celle-ci s'effectuera directement au sein de la remise, entre le coffre que nous recherchons et le chargement de verreries. De mon côté, je vais essayer d'aller rencontrer le marchant de verreries, probablement au cours d'une partie de dés. Charge à moi de faire usage de toute ma persuasion pour le convaincre de partir le plus rapidement possible vendre sa cargaison à Solerane, où nous l'attendrons sur la route...

Notre chroniqueur omet sciemment de préciser que sa fin de soirée fut consacrée à assister au spectacle offert par quelques baladins, dont la jeune fille et l'acrobate ayant subtilisé la bourse d'Eldan, un jeune joueur de vielle à roue et le conteur qui les dirige, un Estrani nommé Horacio.
Le but d'Andréas était moins de se détendre que de profiter des spectateurs assemblés pour effectuer le rituel de "La Sentinelle au Bal" par lequel il peut tirer de l'Essence magique de l'émotion partagée d'une foule, et ainsi recharger son focus récemment acquis.


L'éclaireur à abattre (Diane, Vighnu, Le Grêlé, Trevan, Herle, La Poigne, Oleytan)

Grimés en Kormes après un court débat quant à Diane ("Les femmes Kormes combattent généralement seins nus mais peinturlurées jusqu'à la taille. _Essaye-voir et tu vas pas retrouver tes doigts. Moi j'aurais des fourrures. _Bon, bon..."), le chevalier errant Trevan de Rigorne et Herle de Lorune surveillent la route depuis les bois à l'ouest du fortin pendant que l'arbalétrière rampe dans les hautes herbes près de la berge sud, se glissant entre les cavaliers qui surveillent la cinquantaine de chevaux qui n'ont pas pu trouvé asile à l'auberge. Lorsqu'elle en effraie quelques-uns en déclenchant un début de panique dans le troupeau, que les cavaliers doivent alors empêcher de piétiner les tentes plantées à l'extérieur, la plupart des gardes aux créneaux du fortin se tournent vers le sud. C'est le moment qu'attendaient Vighnu, Oleytan, La Poigne et le Grêlé pour s'élancer depuis la lisière des bois au nord-ouest : le fehnri est le premier à franchir le rempart dans l'ombre de la tour ouest, profitant de l'angle mort repéré par Eldan. Le jeune Elloran le rejoint avec aisance et redescend dans la cour sans être vu, pendant que Vighnu place le grappin et la corde qu'ils trimballent depuis Tal Endhil pour faciliter l'escalade des suivants, puis rejoint son camarade au sol et tout deux se cachent un instant sous l'arcade de la chapelle ("Ch") pour observer l'endroit : Andréas dort à poings fermés à quelques pas d'eux, un garde est toujours en faction devant le portail de la grange et, en plus de ceux qui surveillent l'extérieur depuis les deux tours, un autre patrouille la cour. Mais le vrai danger semble venir d'une lucarne à l'étage de l'étable, où se trouve les chambres "de luxe" : derrière un volet, un rai de lumière trahit la présence d'un homme de Darjodrahl surveillant la cour.

Derrière eux, La Poigne peine à glisser sa panse entre les créneaux, manque d'être repéré mais s'encoigne dans l'angle de la tour ouest avant d'être rejoint par le grêlé... lorsqu'une cavalcade isolée sonne sur la route au dehors et que la sentinelle au-dessus d'eux crie soudain "Qui va là !?".

En rejoignant Trevan et Herle, Diane avait elle-même repéré le cavalier, reconnu un des hommes de Jornil qui accompagnait le soi-disant "convoi de métal" et tenté de l'abattre à l'arbalète avant qu'il ne puisse s'annoncer à l'Auberge bouclée pour la nuit. Mais son unique tir manqué de tout le scénario s'est perdu loin de la cible sans même être remarqué et, freinant au pied de la tour ouest, le cavalier n'est finalement à portée d'arc que lorsque le garde l'a déjà remarqué : sans savoir où en sont leur camarades ni s'il peut les mettre en danger, le trio hésite à abattre l'arrivant juste le temps qu'un autre membre de la caravane, qui montait la garde à l'extérieur près des tentes des marchands de chevaux, ne le reconnaisse et viennent à sa rencontre... "Ouvrez les portes !" crie la sentinelle à l'intention de ses collègues.

Du rempart, le Grêlé indique par signe à Vighnu qu'ils ont un sérieux problème : le reste du commando comprends qu'il leur faut d'urgence neutraliser ce messager nocturne qui pourrait compromettre toute leur opération. Heureusement, près du portail que deux autres gardes s'apprêtent à ouvrir, Gavin qui ne dormait que d'un œil commence à râler : "On veut dormir ! N'ouvrez pas la porte ! Si ça se trouve, c'est des Kormes !". Les protestations sont bientôt reprises par ses voisins, et Gavin envenime la situation pour gagner du temps, poussant un des nouveaux copains anguedais d'Eldan à aller se plaindre aux deux soldats qui déverrouillent la porte en arguant qu'ils ont payé pour la protection de l'auberge et que le couvre-feu vaut pour tout le monde. Le ton monte bientôt à travers toute la cour lorsque Andréas se joint aux réfugiés mécontents et en convainc une poignée d'aller gueuler auprès des hommes en faction au pied de la grande tour.

Profitant du merdier, le Grêlé et La Poigne se sont introduits dans la tour ouest, ce dernier a tué la sentinelle et l'autre ouvre maintenant la porte du rez-de-chaussée à Vighnu et Oleytan : pendant que le Grêlé enfile la livrée du soldat pour le remplacer à son poste, les trois autres montent au rempart sud et le longent jusqu'à la petite porte de bois qui donne sur le grenier de la grange. Dégainant sa dague, il travaille alors à en faire sauter la barre...

Sentant la situation dégénérer à l'intérieur du fortin où des archers sont apparus en haut de la grande tour- et parce que les caravaniers installés à l'extérieur commencent à vouloir se joindre aux deux hommes qui cognent au portail, Diane, Herle et Trevan (toujours déguisés en Kormes et surveillant les événements depuis la lisière des bois) décident de passer à l'action : le plus proche gardien de chevaux est abattu d'un carreau d'arbalète dans la poitrine, deux flèches descendent simultanément un caravanier armé et une sentinelle mal avisée et le trio se rapprochent à couvert des chariots et des tentent qui bordent le chemin vers le pont, bien décidé à réduire le messager au silence avant qu'il n'ait pu parler aux gardes ou à Darjodrahl le Hornois...

Émeute et mort de Darjodrahl (Vighnu, Oleytan, Andreas, Eldan, Gavin, La Poigne)

Dans la cour, Andréas voit arriver un garde de plus et l'engueulade devant le portail toujours fermé (et à l'extérieur duquel deux types gueulent "Ouvrez ! C'est important ! Un messager de Solerane !") tourne bientôt à l'empoignade : un des soldats pointe sa lance sur Gavin, Eldan se tient prêt à agir, l'autre soldat repousse brutalement le berger... et le chroniqueur lance discrètement un sort pour attiser la colère de la foule. Immédiatement, les protestations tournent à l'émeute et plusieurs résidents se jettent sur les soldats sortant de la Grande Tour. Gavin saisit la lance qu'on pointait sur lui et tente de désarmer le garde, écopant d'une méchante estafilade à l'épaule et les deux hommes luttent pour l'arme lorsque Eldan surgit et décapite le soldat par derrière, éclaboussant de sang le pauvre écuyer qui en reste un instant interdit.

Le second soldat qui s'était précipité pour ouvrir le portail se retourne et n'a que le temps de dégainer son arme avant que le Moineau ne se rue sur lui en brandissant sa lame ensanglantée : le garde esquive une première fois, recule pour éviter un coup de lance de Gavin et le Moineau (très en forme) l'empale contre le portail. Derrière eux, sans armes ni grand talent pour la bagarre, les émeutiers amateurs se font rapidement tailler en pièce par les soldats et mercenaires de plus en plus nombreux à sortir du donjon...

À peine Vighnu et La Poigne ont-ils fait un pas dans le grenier enfin ouvert que Lerkoren Oleytan arrête le fehnri d'un geste : il lui semble distinguer une silhouette dans le grenier obscur. Repéré, le Hornois jaillit et -avant que quiconque n'ait pu réagir- son épée à deux mains ouvre un profond sillon dans le thorax de La Poigne. Le colosse vaincu n'a pas encore touché le sol que Vighnu a déjà lancé une dague empoisonnée qui croise l'épée s'abattant sur lui : sa parade précipitée au katara aurait été insuffisante si Oleytan n'y avait pas joint son précieux arc à double-courbure, la lame hornoise déviant en tranchant dans le bois. Le fehnri pare une nouvelle attaque avec l'aide de l'Elloran, utilisant la corde de son arc pour lier un des bras de Darjodrahl, et se fend pour planter son katara dans la poitrine du Hornois pendant que, à peine relevé, La Poigne lui abat en chancelant sa masse d'arme sur l'occiput : à la fois empoisonné, poignardé et assommé, l'ennemi s'effondre sans un cri sur le plancher disjoint.

Dehors, quatre "émeutiers" ayant été tué en un instant, Andréas reflue vers le fond de la cour avec les autres réfugiés vers le maintenant horrifiés de la tournure de leurs protestations. Entre les archers qui pointent maintenant leur flèches vers la cour et les soldats qui ont envahi la cour, Gavin comprend également que leur petite émeute a fait son temps et lâche la lance pour se réfugier dans une tente comme n'importe quel innocent apeuré par les événements. Eldan n'a pas la même présence d'esprit et, lorsque trois hommes d'armes avancent vers lui, l'adrénaline qui bat dans ses veines le pousse à tenter de leur tenir tête. Deux blessures plus tard, acculé contre la porte de la remise, il ne peut que faire mine de se rendre en posant piteusement le glaive hérité de son père pour se donner le temps de décrocher derrière lui la barre de la porte, déjà à moitié dégagée par Gavin quelques heures plus tôt. Lorsque les gardes avancent pour l'arrêter, Eldan bondit par la porte soudain libérée, claque le battant au nez des soldats et replace la barre avant qu'ils n'aient pu l'en empêcher.

Lorsqu'un carreau d'arbalète cloue soudain le crâne du messager contre le portail de l'auberge, son compagnon s'arrête net de cogner pour qu'on lui ouvre mais n'a que le temps de pousser un cri avant qu'une flèche de Herle le réduise au silence. Désormais repéré mais toujours déguisé, le Défroqué décide d'exploiter au mieux la situation et s'avance à découvert en hurlant l'un des rares mots de lange des Vents qu'il maîtrise à l'attention des défenseurs : "KOOOORME !" scande-t-il en défiant les hommes aux créneaux, qui lui répondent à coups de flèches.

La Grange (Vignu, Andreas, Le Grêlé, La Poigne, Eldan, Oleytan)

S'étant fait ouvrir la porte de la tour ouest par Le Grêlé, Andréas le suit par les remparts jusqu'au grenier où Vighnu tente maladroitement de panser les blessures de La Poigne. Andréas n'obtient guère de meilleurs résultats pendant que ses compagnons descendent dans la grange où Eldan arrivent bientôt par la remise. "Les gardes sont à mes trousses" explique-t-il bien inutilement puisqu'on les entend marteler la porte barrée. D'autres coups et des voix retentissent bientôt au portail verrouillé de la grange : "Darjodrahl ? Un type vient de rentrer par la remise, est-ce que tout va bien ?!".

Nos voleurs échangent des regards atterrés, Le Grêlé colle une taloche à Eldan pour sa peine et le corps sanglant du Hornois continue de goutter un sang poisseux à travers le plancher du grenier pendant que les gardes s'énervent à l'extérieur quand, finalement, Vighnu tente d'imiter le phrasé rogue et guttural de son ami Barbaras : "Ouais ! J'l'ai vu mais il s'est tiré ! Tout va bien !" répond-il avec son meilleur accent Hornois. Quoiqu'un peu hésitant, le garde de faction finit par répondre "Faîtes attention quand-même, hein, on dirait bien que des Kormes sont à nos portes..." mais s'éloigne lorsqu'un grognement de hornois met fin à la conversation. Alors que tous soupirent de soulagement, Oleytan les avertit depuis le grenier d'où il surveillait les alentours par la porte du grenier, ouvrant directement sur la cour :

« Pssst, y a des guerriers plein les remparts et c'est la panique dans tout le fortin. Qu'est-ce qu'on fait ?
_Et surtout, qu'est-ce qu'on va faire demain, quand il faudra ouvrir la grange pour laisser partir la roulotte de Dorian et qu'ils trouveront le corps de Darjodrahl ?
_Surtout qu'Eldan est maintenant complètement grillé, pis y a des gars qui risquent de finir par l'identifier...
_Et j'ai perdu le glaive de mon père. » ajoute l'intéressé d'un ton chagrin.

Mais à l'extérieur, les appels redoublent et les soldats commencent à vérifier toutes les portes à la recherche de "l'espion des Kormes" qu'ils croient poursuivre...

Feinte (Le Grêlé, Eldan)

Dehors, Trevan a sauté sur un cheval qu'il cabre en brandissant sa lame juste au-delà de la portée des archers, pendant que Diane récupère ses carreaux, aussi précieux que compromettants, sur les corps qui lui sont accessibles. Un cri retentit alors sur le rempart sud : "Il est là ! L'espion Korme s'enfuit par l'ouest !" Après avoir ainsi ameuté tout le monde dans et hors les murs, Le Grêlé, toujours en livrée de la garde se précipite vers la tour ouest suivi par Eldan. Après s'être barricadé, ils rejoignent bientôt le sommet. "Il est là ! Attention ! Il va sauter !" hurle le Grêlé alors qu'une silhouette à peine noircie bascule par-dessus le rempart. Au pied de la tour, Herle a également sauté à cheval et puisque les trois "kormes" à l'extérieur ne semblent pas réagir à la ruse, le "garde" s'écrit encore : "Ses compagnons viennent le chercher ! Il va s'enfuir, vite !" Et de tirer quelques flèches aux buissons, pendant que Trevan et Diane ramassent le compromettant cadavre du garde étranglé plus tôt par La Poigne, et disparaissent au grand galop vers la forêt.

Soldats et mercenaires envahissant les remparts, Le Grêlé et Eldan se retrouvent vite coincés de toutes part et, utilisant la corde et le grappin à leur disposition, ils descendent le long du rempart sud et disparaissent à leur tour dans les bois sans avoir été remarqués. « Bon, ça nous aura fait gagner un peu de temps, constate Vighnu depuis le grenier, mais on a encore du boulot… »

Dans la grange (Gavin, Vignu, Andreas, La Poigne, Oleytan)

Après avoir discrètement permis à Gavin de les rejoindre par la remise, nos cambrioleurs retranchés dans la grange découvrent bientôt sous les linges et couverture du "chariot de draps" quatre gros coffres ferrés, fermés par des cadenas et liés au fond du véhicule par de lourdes chaînes. « Bordel, comment est-ce qu'on va ouvrir ça ? »
Vighnu, peu habitué à la serrurerie malgré ses doigts de fée, casse le seul crochet sorti de la besace de Gavin, l'Écuyer essaye à son tour avec un long clou mais sans plus de succès et Le Grêlé lui-même y épuise ses maigres compétences.

« Nan mais c'est pas possible, y en a pas qui sache crocheter dans cette équipe de voleurs ?! _Ben y avait le Moineau... _Et merde !!! »
Persuadés que la clé des coffres doit se trouver sur l'homme de confiance du Cuivré, Vighnu, Andréas et Gavin fouillent et refouillent deux fois le corps du Hornois à sa recherche : rien. « Merde ! Merde ! Merde ! _Bon, allez, on reprend du début, c'est forcément là, quelque part et on s'y met tous... » Pendant que La Poigne se repose de ses blessures, les armes, l'armure, les bijoux, les vêtements, les bottes, la bourse, les poches et le cadavre de Darjodrahl sont ainsi inventoriés et retournés dans tous les sens par les voleurs au désespoir jusqu'à ce que, finalement, Gavin remarque que son gros médaillon cliquète curieusement quand on le secoue. Vighnu et lui s'acharnent sans résultat sur l'objet, jusqu'à ce que le chroniqueur, habitué aux casses-tête, saisisse comment le pendentif peut être dévissé et révèle bientôt la clé tant espérée !
Et dans chacun des quatre coffres qu'on leur avait pourtant défendu d'ouvrir (mais Herle et Eldan ne sont justement plus là pour faire des remarques), nos héros trouvent des douzaines de lingots : argent, cuivre, étain, bronze... Il y a là toute la production que Solerane destine à la prévôté, mais aussi la part des mines d'argent qui revient à l'état-major : en tout, c'est plus de 200 lingots et donc quelques 500 kilos de métaux qui s'offrent à leurs yeux ébahis. « Gavin, remet illico ce que tu viens de glisser dans ta besace : tout ça est maintenant la propriété de notre Capitaine. _Pfff… »

Andréas inspecte ensuite la roulotte de Dorian le Magnifique, occupée aux deux tiers par une épaisse couchette couvertes de coussins, des filets de marchandises pendant du toit et jusque entre les roues, des étagères couvrant tout le tiers arrière :
«_Ah ben il voyage dans le luxe, le fumier.
_Si j'avais une minette comme la sienne, moi aussi j'passerais les trajets à baiser, tu peux me croire !
_Oh pis dis-donc : des fioles variées, des épices, de l'argenterie, de la verrerie, des bijoux, de la nacre, des miroirs : il vend que du luxe, le gars !
_Crénom dîtes, c'que c'est beau !
_Gavin, repose ça tout de suite : pas question que le Magnifique s'aperçoive qu'on a touché à sa roulotte.»
Andréas jugeant que la caisse du véhicule est assez profonde pour qu'on y étale les lingots en un tapis bien lisse que les occupants de la couchette ne devraient pas trop remarquer, il n'y a plus qu'à attendre la diversion prévue pour commencer le transfert du chariot vers la roulotte…

Diversion (Trevan, Herle, Eldan, Diane)

Il ne reste plus qu'une ou deux heures avant l'aube lorsque Trevan, Herle et Eldan, désormais tous maquillés en Kormes, se répartissent autour du fortin et, à l'aide du mélange d'essences et d'huiles piochées au hasard dans la trousse alchimique de Vighnu (fallait pas la laisser à l'extérieur), enflamment des flèches qui produisent des couleurs plus qu'aléatoires avant de siffler au-dessus des bâtiments pour s'écraser sur les toits de chaume humides où tomber dans la cour, n'enflammant que quelques tentes vite éteintes. C'est néanmoins suffisant pour que Diane puisse se faufiler par le sud jusqu'au portail, et récupérer le dernier carreau d'arbalète y clouant encore la tête du messager.
« Les Kormes ! Les Kormes reviennent ! » crie-t-on bientôt dans tout le fortin.

Dès que Lerkoren Oleytan a annoncé qu'une drôle de flamme bleuâtre venait de s'écraser dans la cour ("Rha les saligots !"), Andréas et Vighnu ont commencé à installer les lingots sous le matelas de la roulotte, pendant que Gavin et La Poigne garnissaient les coffres de fers à cheval, de pierres, d'une enclume et tout ce qui pourrait y simuler le poids et le bruit du butin subtilisé.
Et c'est peu avant l'aube, ses compagnons s'étant effondrés de fatigue depuis un moment, qu'Andréas fini seul d'arranger la roulotte pour camoufler avec le plus grand soin son chargement secret...

Récupération du trésor et autres péripéties

[À partir de là, la fin du scénar à été jouée en "flashbacks" successifs jusqu'au combat final. J'utilisais Herle de Lorune, orphelin de joueur depuis plusieurs séances, pour poser des questions auxquelles les joueurs répondaient pour déclencher un flashback. Chacun avait le droit de d'initier deux scènes : l'une contant comment un de leurs camarades avait réussi un exploit et une autre collant à un autre PJ la responsabilité d'un échec, ce qui nous permettait de ne jouer que les scènes "intéressantes" et de faire un peu de montage alterné.

Comme la scène "de débriefing" se jouait presque en aveugle, seul Loriel savait dès le départ que son perso, Vighnu Pratesh, avait survécu (mais bon, comme il avait accumulé 7pH, je me doutais qu'il ne mourrait pas dans cet Épisode) et les autres joueurs ignoraient si ce qu'il affirmait était vrai, ou simplement un mensonge pour conforter le templier blessé... Évidemment, chacun commençait son premier flashback avec toutes ses jauges à fond, mais devait ensuite gérer les pertes et les récupérations de scène en scène, et les joueurs ont souvent ajouté des détails pour régénérer de la Tension ou se passer la patate chaude. Ça a été un peu décousu, la règle "un exploit d'autrui et une bourde d'autrui par joueur" n'a pas complètement été respectée mais, globalement, ça a donné un final intéressant à cet Épisode qui commençait à traîner en longueur...]

Réveil de Herle

Il fait très froid aux abords du col et l'obscurité règne sous les sapins gelés. Vighnu, transi jusqu'aux os, scrute pourtant les alentours lorsque, quelques mètres en contrebas, Herle bascule du cheval où il l'avait attaché : au contact de la neige, il émerge pour la première fois du sommeil où l'avait plongé l'hémorragie et ses profondes blessures et tend la main vers le fehnri, qui s'empresse à son chevet.

« E... Eldan... où est...le Moineau ?
_Il n'est pas loin, il est parti en éclaireur.
_Gnnh. Le butin ?
_Pas loin non plus, en arrière, sur les bêtes.
_On a... on a réussi ?
_Oui, on a réussi.
_Alors... putain, d'où... ils sortaient ces types ?
_C'est la faute à Eldan, il était en avant lors de l'embuscade, mais il a laissé passé les gars qui descendaient de l'autre convoi par le nord...»


Témoignage d'Eldan

Dans la forêt matinale, à une volée de flèche de la route vers Solerane, Eldan est en train de soulager sa vessie contre un arbre lorsqu'il aperçoit une silhouette évoluant à croupetons parmi les buissons. Il n'a que le temps de se jeter derrière un tronc qu'une flèche en racle l'écorce. Pendant que notre éclaireur se rajuste et encoche lui-même un trait dans son arc, l'ennemi tire une deuxième flèche et atteint le cheval du Moineau, qui s'enfuit dans la forêt. "Rha zuuuteuh !" Eldan riposte, manque, se remet à couvert et commence à manœuvrer pour s'approcher de son adversaire lorsqu'il aperçoit un deuxième homme, s'approchant furtivement depuis la route une hache à la main. Le Moineau tire une nouvelle flèche à l'archer adverse, le blesse légèrement et jette un coup d’œil pour surveiller l'approche du second ennemi : comprenant qu'il est repéré, l'homme à la hache profite de ce que l'éclaireur a décoché pour charger en levant sa hache. Lâchant son arc, Eldan dégaine son fidèle glaive pour le recevoir... _Mais tu l'avais paumée, l'arme fétiche héritée de ton père ! Grâce à qui l'as-tu retrouvée ? _Grâce à Gavin, qui l'a ramassée pendant que les soldats tentaient d'enfoncer la porte de la remise après que je m'y sois enfermé !

Témoignage de Gavin

Gavin est en train de cavaler à travers la cour de l'Auberge, l'épée d'Eldan sous le bras. Sur les remparts que l'aube éclaire à peine, c'est la panique et tout le monde hurle "Les Kormes ! Les Kormes reviennent ! Tous aux créneaux !". Le problème de Gavin, c'est qu'en se levant au matin dans la cour endormie, le beau glaive à la lame gravée (d'une femme nue : "Rho chouette !" fait Gavin) sous le bras parce qu'il ne voulait pas prendre le risque qu'on le lui vole, il a décidé de pisser derrière un pilier où, par malchance, dormait un garde (vous voyez comment les joueurs ont créé un fil rouge héroïque de scène en scène ? "J'étais en train de pisser quand..."). Éclaboussé et immédiatement réveillé, le soldat a ouvert les yeux pour voir l'écuyer "armé" levé au-dessus de lui et s'est mis à crier "Aleeeerte !". Coup de bol, c'était vraiment l'alerte puisque c'est le moment qu'ont choisi des dizaines de Kormes pour s'avancer sur le pont...

Gavin cavale de son mieux entre les dormeurs et les tente, sachant que la plupart des autres sont déjà partis, il cherche une cachette ou un moyen de s'enfuir du fortin, mais le portail est à peine refermé et, en plus du furieux trempé d'urine qui le poursuite avec sa hallebarde, les guerriers commencent à s'accumuler aux remparts.

"Heureusement, Herle est venu à la rescousse !" précise Orlanth, utilisant son "exploit d'un autre PJ" pour s'en sortir. Bon, là, comme techniquement Herle est un PNJ depuis déjà deux ou trois séances, c'est moi brièvement qui raconte.

En effet, la porte pas encore barrée craque soudain sous l'impact d'un chariot utilisé comme bélier par trois "Kormes" plus ou moins chevelus : Diane, Trevan et Herle de Lorune sont venus évacuer leurs derniers camarades (et permettre aux vrais Kormes d'investir le fortin, histoire que les dégâts ainsi causés camouflent autant que possible l'intervention du commando). Sous la volée de flèches qui pleut alors autour d'eux, les trois peinturlurés décrochent à toute vitesse, plus ou moins suivi par Gavin qui part dans une direction légèrement différente avec l'air du pauvre hère pris dans la tourmente. Un coup d’œil alentour lui révèle d'ailleurs plusieurs dizaines de Kormes progressant par le pont vers la herse baissée en échangeant des traits avec les défenseurs de la grande tour, et de petits groupes épars traversant le fleuve accrochés à des radeaux : l'écuyer s'enfuit vers l'ouest sans demander son reste, et retrouve bientôt le reste du commando. « Hé mais c'est mon épée !" s'exclame Eldan en voyant arriver Gavin. _Celle-là ? Non, non, j'l'ai trouvée à l'Auberge..._Après que je l'ai lâchée devant les gardes, ouais ! Rends-moi ça !_Rho mais-heu… »

Témoignage d'Eldan

Retour dans la forêt : Eldan dégaine donc le précieux glaive hérité de son père puis sauvé par Gavin... et pare le premier coup de hache de son adversaire. Il reste au plus près de l'ennemi pour gêner le tireur qui se rapproche par le nord et, lorsque son opposant trébuche sur une racine [1pH pour éviter d'être gravement blessé par un coup de hache], Eldan le sèche pour le compte d'un grand coup du plat de la lame sur l'oreille, puis roule vivement dans les buissons pour éviter la flèche que l'archer lui décoche une fois son angle de tir dégagé.
Bondissant d'arbre en couvert et de tronc en fourré, Eldan se rapproche de lui et, lorsqu'il n'est plus qu'à une 10aine de mètres, le dernier trait décoché à peine rebondit contre l'écorce d'un sapin, le Moineau fonce au contact : l'autre n'a que le temps de tirer sa dague que la lame gravée lui tranche l'épaule, éclatant le trapèze, l'omoplate et la clavicule dans une gerbe de sang. L’hémorragie finit de l'achever pendant que notre éclaireur souffle un peu, découvre le tatouage de la Confrérie du Chacal sur la poitrine de l'archer et lève enfin le nez vers la route quand il entend passer le tonnerre de chevaux aux galop : 6 ou 7 cavaliers foncent à bride abattue vers le sud, d'où monte déjà la clameur d'un combat, puisque l'embuscade y a commencé. « Meeeeerdeuh ! » s'écrie Eldan en repartant vers le sud à toutes jambes.

Herle

Serrant son poing massif sur la cape enneigée de Vighnu, Herle de Lorune commence à s'énerver :
« Mais par les Pères tu vas me dire comment vous avez rattrapé le chariot, à la fin ?".
_C'est grâce à Vighnu, intervient le Moineau qui vient de sortir de l'ombre [puisque là, on peut raisonnablement supposer qu'il n'est pas mort] "Il a réussi à trouver des chevaux, puis à nous guider à travers la campagne pour atteindre la forêt avant la roulotte du Magnifique. Il a été formidable !
_Mais comment vous avez fait pour sortir le butin de l'Auberge ?!?
_Oh ben ça, c'est grâce aux...heu... talents d'imitateurs d'Andréas… »

Témoignage d'Andreas

L'aurore pointe à peine sur la cour de l'auberge encore à moitié endormie quand Dorian le Magnifique et sa suite, fraîchement augmentée de plusieurs mercenaires recrutés sur place, exige du Lieutenant Sanderen (commandant le fortin pour l'Armée du Nord) qu'on ouvre les portes à sa roulotte, parce qu'il refuse de rester plus longtemps dans un relais aussi mal défendu. L'officier ne s'était d'ailleurs pas levé si tôt pour se faire emmerder par des marchands et grimpe sur la margelle du puits pour annoncer d'une voix forte que, le fortin étant assiégé depuis cette nuit, tout ceux qui auraient encore la mauvaise idée de s'en prendre aux défenseurs -pour des raisons de taxe ou d'insatisfaction quant au couchage- seraient considérés comme complices des Kormes et pendus aux murailles !

Un soldat vient alors cogner à la porte de la grange où Andréas, caché dans la remise, vient juste de finir un splendide dessin de Darjodrahl, assis dans l'ombre dans une attitude aussi distante qu'agressive, qui va lui permettre de concentrer sa magie [il a créé un puissant sort de Chimère sur tout le rez-de-chaussée de la grange, lui permettant d'y animer un personnage d'autant plus crédible dans sa mauvaise humeur qu'il se base sur l'altercation de la veille entre Sanderen et le Hornois]. Évitant de croiser le regard mauvais du guerrier qui les admoneste depuis le coin obscur de la pièce, le marchand et ses hommes se dépêchent de sortir leur carriole, d'y atteler les bœufs et de quitter l'Auberge. <br< Pendant qu'on referme le portail derrière la suite de Dorian, l'agitation et sa vessie tirent bientôt Gavin du sommeil et, dès que l'écuyer se met à cavaler poursuivit par un hallebardier, Andréas profite de la confusion pour quitter la grange sans être remarqué et aller se recoucher dans un coin...
Lorsque, évidemment, les vrais Kormes attaquent.

[Précision rigolote, mais que les PJ ignorent : quand les joueurs ont demandé ce qui avait provoqué l'attaque des Kormes, je leur ai expliqué qu'ils surveillaient évidemment depuis des semaines le fortin et le pont contrôlant le passage vers le nord-ouest de la Région des Lacs, et qu'ils ont décidé de passer à l'action quand, cette fameuse nuit, il est devenu manifeste que des "camarades" assiégeaient l'endroit depuis la rive gauche et envoyé des signaux à coups de flammes colorées : le temps de s'organiser, ils ont donc profité de l'occasion pour tenter de prendre la position.
« Mais c'est notre faute si les Kormes ont attaqué ?!! _Hé, oui : vous êtes très forts... »]

« Mais vous... demande Herle, comment vous êtes sortis de là ? _Oh ben nous on a profité d'une corde dégottée par Gavin dans la grange pour se tirer par les remparts comme on était venus, un peu avant l'attaque. Tu t'en souviens pas ? On vous a retrouvé à l'extérieur, avec les chevaux. » [Les joueurs font quelques jets pour confirmer cette version de l'histoire, et payent 1pH pour cette histoire de chevaux : entre ceux qu'ils ont amenés eux-mêmes et le troupeau dispersé dans la nature, c'était raisonnablement probable d'en trouver pour tout le monde.] « On a juste eut quelques ennuis à cause de Diane qui était restée en arrière... »

Témoignage de Diane

Pendant que Herle, Trevan et Gavin évacuent vers l'ouest, l'Arbalétrière s'est en effet arrêtée pour se nettoyer à grande eau (parce que les peintures de guerre, ça colle affreusement dans les cheveux longs). Elle est d'ailleurs en pleine toilette quand une bande de Défunts, trempés d'avoir traversé le fleuve glacé à la nage, prennent pied sur la rive et la considèrent avec circonspection : d'abord parce qu'elle est, sinon jolie, du moins sculpturale [Physique 4, Athlétique 4, Allure 4 : elle ressemble à une héroïne d'Adam Hughes], ensuite parce qu'elle est manifestement en train de se débarrasser de peintures semblables aux leurs, qu'elle revient d'avoir enfoncé le portail du fortin et que les Kormes s'attendaient à trouver des camarades sur cette rive. Sauf que Diane a donc des cheveux, et ça, c'est pas normal... « Ben quoi bande de débiles, leur balance-t-elle alors en Langue des Vents, vous allez rester là à mater ou vous êtes venus pour participer à l'assaut ?!? Bougez-vous le cul merde, on est pas là pour roupiller ! » [Et de faire une énorme réussite sur son un jet de Social+Langues Étrangères+Allure+Intimidation+Volonté.] Un instant médusés, les Kormes saluent respectueusement cette guerrière étrange qui ne peut être qu'une cheffe influente et vont se joindre au combat, l'un d'eux tendant même un carré de tissu à la Kerdane pour qu'elle finisse de s'essuyer...
« Comme quoi c'est carrément pas ma faute, ajoute l'arbalétrière qui vient de sortir de l'ombre auprès du templier blessé : j'avais même réglé le problème quand ce crétin de Vighnu est venu foutre sa merde ! »

Témoignage de Vighnu

[Un jet d'orientation particulièrement raté pour retrouver les autres après avoir rassembler des chevaux vient en effet de basculer une 10aine de pions dans la case de Tension de Vighnu, qui a par ailleurs toujours des pions de Marque psychologique (anciennement appelés "Traumas") suite à sa crise sentimentale avec Islinna (et qu'il essaye d'évacuer depuis 3 séances). Il est donc très largement en Surtension...]
À quelques centaines de mètres à l'ouest du fortin, ses compagnons en train de sauter sur les montures qu'il vient de leur procurer, Vighnu aperçoit à la lisière des arbres encore obscures une jeune et belle jeune fille rousse (il reste de la peinture rouge dans les cheveux de Diane) portant un manteau emishen et entourée d'une 15aine de Kormes... Son sang ne fait qu'un tour (sans passer par le cerveau) et l'assassin s'élance au grand galop en hurlant : « ISLIIIIINNAAAAAAA ! J'ARRIIIIIIVE ! » avant que ses camarades n'ait seulement pu songer à le retenir.

Diane voit alors le Fehnri surgir de la nuit comme un diable, les Kormes qui s'éloignaient déjà ralentissent à l'arrivée de l'intrus et, chargeant toujours, Vighnu bondit de son cheval sur le pauvre gars qui tendaient une serviette à la guerrière et l'égorge d'un grand revers de son katara en beuglant « Touche pas à ma copiiiine ! _Mais t'es complètement taré ! J'suis pas ta gonzesse ! », s'écrie Diane alors que l'assassin halluciné se relève souplement, quoiqu'un peu confus et couvert de sang, pendant que "l'innocent" Korme agonise dans l'herbe haute.
Et tous les Kormes alentours de se ruer vers eux en brandissant leurs armes. Sautant à cheval, la Kerdane furieuse et le Fehnri honteux essuient de justesse quelques flèches, javelots et hache de jet mais parviennent à dégager à fond de train avant d'être encerclés.
Lorsqu'il rejoignent Eldan, Herle, Trevan, Gavin, Le Grêlé, Oleytan et La Poigne maintenant tous en selle, Vighnu ne prend même pas le temps de s'expliquer : « Dorian et le butin doive être loin devant nous, maintenant : on va couper la plaine par l'ouest à bride abattue, les doubler avant la forêt et les attendre au premier guet ! _C'est moi ou on aura passé la moitié de cette mission à cavaler derrière des convois ? _Ferme-la et galope ! »

« Oui heu bon, toi qui a fait vœu de chasteté tu peux pas comprendre mais les femmes, tu vois, ça te mélange tout dans la tête et...
_L'embuscade, par les Pères ! Raconte-moi l'embuscade !
_Haem... donc, comme je te le disais, Diane a organisé une embuscade aux petits oignons, mais on a eu des visiteurs imprévus… »


L'embuscade

[Après s'être tous reposés pendant une Scène grâce à l'avance prise dans la course, Diane fait un gros jet de préparation avec le soutien de tous ceux qui ont quelques scores de Tactique, de Camouflage ou d'Embuscade (et dans un groupe de mercenaires du nord, ils sont nombreux) pendant que Vighnu fait un solide jet de camouflage pour tout le groupe : bénéficiant d'un confortable bonus tactique réparti sur plusieurs personnages, d'un excellent point de vue pour la tireuse d'élite et d'une Difficulté de repérage monstrueuse, les PJ et leurs camardes sont prêts à ne faire qu'une bouchée de l'équipage du Magnifique…]

Le timide soleil matinal jaunit les nuages gris et la pluie qui n'en finit plus de détremper la forêt, gonflant en torrent le ruisseau qui coupe la route de Solerane, juste au pied d'un trio de gros rochers de grès surplombant depuis leur butte une myriade de petits blocs, le gué et la route. Invisibles derrière les rocs et bosquets alentours, les vaillants mercenaires de Tal Endhil, confiants dans la garde d'Eldan ½km au nord, observent la lente arrivée par le sud de la roulotte fermée et escortée par deux cavaliers et cinq fantassins.

Les éclaireurs à cheval de Dorian le Magnifique avancent en effet à pas prudents dans le torrent, pleinement conscients de traverser un splendide site d'embuscade, mais sans parvenir à repérer les guerriers déguisés en Kormes qui attendent le signal de Diane, postée au sommet des rochers, pour les assaillir de quatre côtés. La Kerdane laisse avancer les cavaliers le plus loin possible et, lorsque le premier d'entre eux menace a déjà largement dépassé les rochers et risque d'être bientôt hors de portée de la redoutable arbalétrière, elle l'abat d'un carreau en pleine tête [encore un, il faut dire qu'Orlanth soigne ses jets de tir et mise systématiquement en Visée] dès qu'il échappe à la vue de ses compagnons. Ce n'est que lorsque le garde du corps personnel du marchand commence à donner des signes d'inquiétude, un musclé patibulaire et couturé de cicatrices qui se désaltère au bord du torrent tout en jetant des regards insistants alentours, qu'un deuxième carreau démonte le second cavalier sur la rive nord, déclenchant l'assaut : avant qu'un des éclaireurs ait pu finir de crier "Aleeer..." des flèches fusent de toutes part, les grands couteaux de jets pris par Vighnu sur le corps du Hornois tournoient dans les feuillages, des guerriers jaillissent de chaque buisson et, en quelques secondes, la majorité de l'escorte agonise sur la terre bourbeuse du chemin. Mais les battants de bois sur le flanc de la roulotte viennent de s'ouvrir, libérant une appétissante fehnri à peine couverte d'une fourrure qui s'enfuit à toutes jambes à travers bois :"Oh m'am'zelle, reviens ! Faut pas courir toute nue dans les bois comme ça !" s'écrit Gavin-le-Korme-du-Terroir (pour récupérer quelques pions de sa Réaction "Plouc") avant de s'élancer à ses trousses, croisant la route du marchand courant à la suite de sa compagne dans son seul pantalon (mais sa cassette sous le bras, emballée dans une couverture)…

« Cavaliers au nord ! » signale alors Diane d'une voix forte, avant de tirer un nouveau carreau sur le premier des hommes qui viennent de croiser Eldan. "Soldats au sud !" lui répond la voix du Grêlé qui vient de repérer les quelques hommes de Jornil et de Sanderen partis du fortin après avoir repoussé les Kormes (qui n'ont jamais réussit à prendre la grande tour pour ouvrir la herse barrant le pont), découvert le corps de Darjodrahl dans la grange, vérifié le contenu des coffres et s'être lancé "à la poursuite du marchand félon" (et qui viennent de freiner d'un coup en découvrant l'escorte massacrée par les "Kormes", qui sont décidément partout).

Témoignage d'Andreas

« Attendez... et le chroniqueur-à-tout-faire, il était où, là ?
_Heu... hé bien figure-toi qu'il y a eut un miracle, une véritable apparition divine, comme récemment à la Mine Bénie : c'est dire si les Pères sont avec nous ! »

Quand une poignée de Kormes franchit le parapet et commence à s'en prendre aux voyageurs piégés dans la cour, Andréas se précipite vers la seule porte qui n'ait pas encore été solidement bouclée, celle de la chapelle, entraînant à sa suite quelques réfugiés paniqués. À peine la porte barrée par un banc, le mage évalue le cheptel à sa disposition, serré comme des sardines dans l'espace exigu entre les piliers sculptés représentants les huit Premiers : il y a là la jeune voleuse, le vieux conteur, le garçonnet à la vielle et l'acrobate-détrousseur (soudain gêné de se découvrir barricadé dans une pièce de 9m² avec "l'intimidant" érudit), un jeune soldat affolé (qui a lâché sa pique au premier signe de danger), une des servantes de l'auberge et une commère serrant une poule dans ses bras tremblants.

Des cris (et des caquètements) de terreur accueillent les premiers coups de hache qui s'abattent sur la porte, mais Andréas Odran connaît la manœuvre : « Prions mes frères, les exhorte-t-il avec toute la force de sa conviction ! Prions que les saints Pères viennent à notre secours ! Chantez-tous avec moi ! » La chorale improvisée entonne alors un cantique où l'angoisse se mêle à la ferveur religieuse. Lorsqu'une cognée d'acier fini par percer entre les planches de chênes, le mage décide d'accélérer le mouvement et sort la Sphère de Pouvoir de son havresac : « Mes frères, ceci est une Sainte Relique Première dont la bénédiction nous protégera des ennemis du culte ! Tendez les mains pour la toucher et concentrez-vous sur le chant ! Les Pères sont avec nous ! ».

Et siphonnant un maximum d'Énergie à ses coreligionnaires sans trop leur demander leur avis (pas plus qu'à la poule), Andréas remplit son focus au maximum pour lancer un sort de Chimère assez puissant pour effrayer les Kormes... lorsqu'il lui semble qu'une forme tout à fait imprévue émerge de la sphère d'or rouge. Le chroniqueur commence même à distinguer une silhouette humanoïde lorsque, son sort se déclenchant en vidant d'un coup toute l'Énergie accumulée dans la sphère, "l'intrus" disparait avec une sorte de cri muet.

Dans la cour, c'est par contre carrément la stupeur : Herem, Second Fils des Étoiles, Premier Seigneur des Batailles, vient de se matérialiser quelques mètres au dessus du puits, brandissant son épée enflammée sur le fond sombre de cette aurore pluvieuse. La plupart des soldats en restent tétanisés, des réfugiés se jettent à terre en signe de soumission, d'autres prient à genoux sur les pavés et les Kormes, eux, refluent en désordre devant cette apparition divine.
Lorsque les choristes de choc émergent de la chapelle dans une sorte de stupeur incrédule, il leur faut plusieurs minutes pour s'apercevoir que le saint érudit et sa relique on déjà disparu par le portail enfoncé de l'auberge…

L'embuscade encerclée

Dans la forêt humide se joue une dangereuse partie de cache-cache : après que deux d'entre eux aient été blessés par des carreaux d'arbalète en arrivant du nord à bride abattue, les Chacals lancés à la poursuite de nos héros ont démonté pour se disperser à couvert dans les sous-bois, les soldats et mercenaires arrivant du sud ont pris le maquis en découvrant les cadavres dispersés sur la route et les auteurs de ce carnage se sont pour la plupart dissimulés tout autour de la clairière envahie de rochers, progressant prudemment à la recherche des nouveaux arrivants.

[Après la phase de "tir au pigeon" de l'embuscade, le groupe vient de passer en Duel global, tous les combattants dispersés à travers la map répartissant leur mise entre le repérage (attaque), la dissimulation (défense) et le déplacement, jusqu'à rencontrer des ennemis et basculer en combat à distance ou tenter de rentrer au corps à corps.
Le récent module de calcul des distances de combat a donc beaucoup servi, de même que les Positions tactiques (camouflage de la végétation, couvert des rochers...), la surprise, les charges soudaines, les combats à plusieurs adversaires... Ce fût une belle démonstration tactique (Diane a particulièrement brillé) et une belle scène finale, qui aurait mérité d'être mieux décrite si je n'avais pas eu 5 ou 6 combats à gérer en même temps. Au passage, Humphrey B jouait Herle de Lorune pendant l'absence d'Andréas.]

Dés le début, Gavin est pris dans une bagarre désordonnée à coups de couverture, de cassette et de poings contre Dorian le Magnifique pendant que la belle Fehnri disparaît dans les bois ("Une courtisane fehnri avec un gros score de discrétion associée à un marchand-escroc ? Tiens donc..."), Le Grêlé a rejoint la roulotte pour régler son compte à la petite servante qui s'y cachait encore (et "s'amuser un peu" avec elle : ça reste un mercenaire sans scrupule, hein), Eldan essoufflé rejoint le "champ de bataille" par le nord, Vighnu et La Poigne convergent vers les soldats qui contournent par le sud-est, Herle abandonne son arc pour foncer tout seul par le flanc ouest (il faut bien justifier de son état futur en le jouant "imprudemment"), Trevan et Diane quittent discrètement les gros rochers en cherchant à repérer leurs nouveaux adversaires...

Après quelques instants de louvoiement discrets dans les bois, le premier accrochage intervient quand deux soldats franchissent le ruisseau en aval du gué et sont interceptés par La Poigne et Vighnu : si le gros benêt diminué par ses blessures est vite repéré et pris dans un laborieux corps à corps, l'assassin blesse un de ses adversaires d'une dague de jet avant de surgir derrière lui pour le poignarder, employant le corps du mourant comme bouclier contre les attaques de deux autres soldats qui venaient à son secours. En un instant, Vighnu balance le mort sur ses congénères, éventre l'un et abat l'autre d'une dague de jet dans la gorge, pendant que La Poigne enfin dégagé éclate le crâne du dernier à coups de gourdin.

Après avoir éclaté le nez du marchand d'un direct bien placé, Gavin lui arrache sa précieuse cassette et, laissant le "Magnifique" sonné assis dans l'herbe, accourt vers la roulotte en entendant les cris d'effroi de la petite servante. N'écoutant que ses élans chevaleresque, il sonne Le Grêlé d'un grand de cassette sur le crâne et, après avoir tenté en vain de calmer la pauvrette (faut dire qu'il est grimé en Korme et qu'elle passe une matinée épouvantable), l'écuyer la laisse s'enfuir dans la forêt et part à la recherche d'une arme plus approprié en voyant se rapprocher les mercenaires du fortin.

Sur l'autre flanc, Herle (sans arc, donc) s'est fait prendre en tenaille par deux tireurs, a reçu une flèche dans le côté et, pendant qu'il tentait de choper son agresseur au contact, l'autre a surgit de flanc pour lui ouvrir la cuisse à coup de glaive. Blessé et à deux contre un, il encaisse de son mieux lorsque Trevan de Rigorne charge en brandissant son épée, attirant l'attention de Diane qui progressait à croupetons dans le secteur : en une seconde, le premier chacal est décapité et le second s'écroule, un carreau d'arbalète dans l’oreille. Mais ils n'ont guère le temps de souffler car Le Moineau les appelle au secours !

Déboulant sans s'en apercevoir au milieu des ennemis camouflés, Eldan est immédiatement pris par surprise et blessé. Il parvient néanmoins à faire chuter son adversaire et, roulant avec lui dans les feuilles mortes, les deux éclaireurs échangent coups d'épée, de pied et de poing en s'usant l'un l'autre, pendant qu'un chacal supplémentaire s'approche à pas de loup. Le Moineau le repère au dernier moment, appelle à l'aide, tente vainement de pousser l'ennemi qu'il a blessé dans les jambes de l'arrivant et encaisse une nouvelle blessure (il commence à être franchement mal en point) lorsque Trevan arrive à la rescousse, toujours au pas de charge et toujours couvert par Diane dont l'avant-dernier trait cueille l'ennemi debout juste sous l'omoplate, perçant le poumon.
« Laisse-le moi ! » gueule Eldan au chevalier errant et, donnant tout ce qui lui reste contre un ennemi soudain moins faraud, le Moineau prend finalement sa revanche en clouant son ennemi au sol d'un grand coup d'épée. Avant même que Herle rejoigne en boitant l'éclaireur victorieux, Trevan et Diane sont repartis au pas de course vers le flanc est, où des cris indiquent que Lerkoren Oleytan passe un mauvais quart d'heure.

Car parti seul au nord pendant que l'on se battait près du ruisseau, le jeune Elloran a abattu le premier des "Chacals" qu'il a rencontré mais s'est ainsi fait repéré par deux autres : après un court échange de flèches en manœuvrant pour rester à couvert, Oleytan s'est fait chargé par les deux ennemis simultanément, a réussi à les entraîner dans un bosquet touffu pour les gêner au maximum mais commence à faiblir sans parvenir à se dégager et, lorsqu'il prend un coup de lance dans le mollet, ça commence à sentir franchement le roussi. "VIGHNUUUU !!!" appelle-t-il alors à pleine voix, pendant que l'intéressé, à plus de 200m de là, achève le dernier soldat qui s'enfuyait d'un magnifique lancé de couteau, qui l'atteint dans le dos à plus de 50 pas.

Lorsque deux mercenaires ont abordé la roulotte et trouvé Le Grêlé étalé dans l'herbe, Gavin qui venait de cacher son butin dans les buissons a soudain été pris de remords. Ramassant l'épée d'un mort, il revient à pas prudents lorsque le combat éclate : Le Grêlé a laissé le premier adversaire s'approcher pour l'achever, a retourné la dague qui le menaçait dans l'estomac de l'ennemi et roulé sous la roulotte pour échapper aux coups de lance du second militaire. Le Grêlé est néanmoins blessé lorsque l'écuyer arrive alors pour achever d'un grand coup d'estoc le gars qui se tenait le ventre à deux mains et bondit sur le véhicule qui commence à avancer au ralenti, les bœufs n'aimant guère la nouvelle agitation qui secoue leur attelage. Son camarade sort alors de sous le chariot pour éviter de passer sous les roues et, maintenant à deux contre un, Gavin et Le Grêlé ont vite défait le dernier soldat, achevé d'un joli lancer d'épée dans le dos alors qu'il s'enfuyait.

Trevan, Diane et Vighnu arrivent à quelques secondes d'intervalle au secours d'Oleytan, les deux derniers Chacals étant alors rapidement tués, le premier percé du dernier carreau de la Kerdane et Vighnu égorgeant l'autre après un bref corps à corps, d'abord à deux, puis trois puis quatre contre un.

Fin des combats

Essoufflés, les guerriers vainqueurs font brièvement l'appel :
« La Poigne ?
_Il souffle près du ruisseau, il a pris assez cher. Eldan ?
_De l'autre côté, au nord, mal en point : il s'est mangé l'avant-garde tout seul avant de nous rejoindre, si j'ai bien compris. Herle est avec lui, blessé aussi, il a perdu connaissance.
_Gavin et le Grêlé sont donc seuls avec la roulotte : faudrait pas trop traîner avant qu'ils se fassent des idées malhonnêtes... »

Et pourtant, les deux hommes se réconcilient sur une base financière saine : ils font moitié-moitié sur le contenu de la cassette ("que c'est pas la peine d'embêté les autres avec des détails") et Le Grêlé oubliera qu'un certain écuyer a essayé de l'estourbir avec. A peine ont-ils partagé qu'arrive Andréas Odran sur un cheval fatigué, qui découvrent le massacre au bord du gué : « Dîtes-donc mais c'est carrément la guerre ici ! Je croyais que le but de toute l'opération à l'auberge était de pouvoir prendre le butin d'un chariot à peine défendu. _Ouais ben y a eut des invités-surprise... »

Les valides font le tour du secteur, poussent le chariot hors de la route, rassemblent les camarades blessés pour que Vighnu et Andréas puissent les rafistoler, puis trient les cadavres au nombre desquels semblent se trouver (par la grâce d'1pH) presque tous les hommes du fortin susceptible d'identifier Eldan après ses exploits de la nuit précédente. « Alors on est bons, conclut le chroniqueur : j'ai vu les Kormes tuer les deux seuls autres qui nous aient regardé de près. »

« N'empêche que le Magnifique, sa poule et la servante se sont tirés.
_Bah c'pas grave, ils témoigneront qu'ils ont été attaqués par les Kormes.
_Mouais, sauf que Gavin a jugé utile de leur faire la causette.
_Chiotte !
_Et sinon, d'où ils sortaient tous ces mecs ?
_Ben ceux-là ont du vous poursuivre depuis l'auberge.
_Celui-ci, il était déjà avec l'escorte au départ de Solerane, alors j'imagine que ceux du nord étaient à la recherche du messager qu'on a intercepté cette nuit.
_Les Chacals qui nous attendaient avec le fourgon ont du appeler du renfort après qu'on aie commencé à leur tailler des croupières, parce que je pensais pas qu'il y en avait autant dans le secteur...
_Le premier qu'a tué Herle le jour du départ, Jaromir et Rumbold que tu as dégommés avant de lâcher le convoi, ça fait déjà trois...
_Au moins deux de plus, qu'on a tué avec Trevan et Gavin quand ils nous poursuivaient : ça fait cinq.
_Cinq ou six avec Jorem Cuivré hier, vu qu'on a pas trop fait le détail. Disons 10.
_Et aujourd'hui j'en compte cinq, dont au moins un emishen du clan des Rimdehl, en plus des derniers hommes de Jornil !
_Tu oublies les trois qui sont morts au Cercle des Cascades au début de la semaine, ça fait donc 18 chacals éliminés en 8 jours. C'est du bon boulot, quand-même !
_Façon de voir : moi ce qui m'inquiète, c'est qu'on puisse avoir deux dizaines de types armés dans notre secteur et ne nous en apercevoir que maintenant... Il faudra qu'on parle à ce trafiquant de sel que connaît Eldan, celui qui a présenté Jaromir au fils Cuivré : je crains que l'implantation des Chacals soient plus avancé qu'on ne l'imaginait. »

Rassemblés et ayant brièvement le temps de souffler pour la première fois depuis des jours, nos héros en profitent pour échanger enfin les infos recueillies par chacun au cours de leurs aventures et reconstituent ce qu'ils savent de la Confrérie du Chacal : La Confrérie, originaire des Sylves, semble essaimer en créant des "chapitres" locaux dans différentes régions de l'Empire. Il semble que des membres du chapitre "sylvain" de la Confrérie ait donc fait le déplacement pour "franchiser" des brigands du Nord, et ce sont ceux-là qui dirigent plus ou moins les opérations (les trois mecs tués par Andréas, Adira et Eldan aux cascades étaient vraisemblablement des novices). Aux Sylves, la Confrérie est à la fois une mafia, une secte animiste et le noyau dur de la résistance armée à l'occupant impérial : si Urgrand est lié à ces gars-là et qu'ils commencent à passer des accords avec les Kormes, ça risque de compliqué sérieusement l'Échiquier du Nord. Et si les Chacals semblent être quasiment apparus par génération spontanée en quelques semaines, c'est qu'ils ont trouvé des gens pour les soutenir et les aider dans la région : soit Urgrand est beaucoup mieux connecté qu'il n'y paraissait, soit ils ont d'autres appuis...

Exfiltration

"...après quoi on a réparti le butin sur les chevaux, vu qu'on en avait maintenant une bonne quinzaine, on t'a attaché en selle et on s'est tiré vers l'ouest en contournant Celanire par le nord jusqu'au grand menhir où nous attendait Neri'Helin, une des novices du chaman Edell'Okhil Kal Tayvon, avec des bœufs laineux, des vivres et tout le matériel de montagne : paraît que ton 'Pitaine leur a promis de racheter leurs frères en esclavage. On a ensuite crapahuté par l'ouest pendant trois jours dans les Asparren puis les Monts d'Azur, en passant par des coins de plus en plus hauts et enneigés pour éviter de croiser quiconque. La p'tite Edell'okhil a même déclenché une avalanche dans le col du Fraisil pour qu'on ne puisse plus nous suivre. On a bien perdu quelques canassons en chemin, mais les lingots sont au complet, le groupe aussi (quoique la demoiselle ait du re-nettoyer les blessures de La Poigne), et nous voilà presque rendus.

« Où sommes-nous, exactement ?
_Un peu au sud-ouest de la Mine Bénie : on va contourner par l'autre versant pour éviter de s'y faire voir et la môme va nous faire passer sur la rive nord du Lac Troisième par une espèce de chemin à travers les marais à l'est de Andh Endhil, pas loin du camp abandonné d'Etayn-la-Louve.
_La voie est libre et le jour va se lever, annonce la jeune femme en rejoignant le groupe : ramassez vos affaires, hommes du sud.
_Allez, messire de Lorune, remonte en selle : ce soir, Le Cornu nous attendra avec de la gnôle au camp d'abattage. »

Et dans le petit matin, les fiers cavaliers de Tal Endhil descendent victorieux vers la Vallée des Lacs en Paliers avec, dans leur fonte, un trésor capable de financer les nouveaux projets du Capitaine Durgaut...


ÉPILOGUE (envoyé aux joueurs après coup)

C'est au soir du huitième jour après leur départ discret que nos vaillants mercenaires fourbus, gelés, blessés et riches comme Crésus se sont affalés dans une minable hutte au nord du camp de bûcherons de Tal Endhil, déserté chaque nuit en cette saison. Immédiatement repartie avec ses bœufs laineux, sa sœur adolescente et son cousin mutique, la gironde rouquine Neri'Helin ("Dis-donc mais... c'pas la p'tite Edell'okhil que t'a réveillée l'autre fois aux cascades, quand on cherchait les Chacals ?_Si, même que Nevel m'a dit que Tael Shannan se la tape !_Note qu'il se tape toutes les mignonnes, ce fumier de barde._Dîtes, c'est fini d'échanger des potins comme deux vieilles venteuses ?") a laissé les hommes de Durgaut fort symboliquement assis sur la terre battue, à 10 pas de l'icône votive qui marque l'extrême frontière nord de l'Empire (mais Le Grêlé a pissé dessus). Ils ont festoyé, pansé leur nombreuses plaies et, d'abord par jeu, ceux qui parmi eux avaient quelques notions de finances ont commencé à calculer combien représentait le chargement encore bâté sur leurs chevaux.

« On a pas loin de 250 lingots, dont bien 150 de merdouilles comme du cuivre, du bronze et du fer...
_Des "merdouilles" qui vont se négocier entre 500 et 1000 lunes à la prochaine cité dotée de forges, ducon.
_T'es sûre ?!
_Il est drôle l'aut' : pourquoi qu'tu crois qu'on creuse des mines ?
_Crois-moi, s'il y a bien un truc que les Kerdans savent faire, c'est du commerce...
_Je savais bien que t'étais kerdane, malgré ton histoire de "Je suis une innocente remane élevée près de la colonie kerdane de Rigorne, et blablabla"...
_C'est donc bien vrai mademoiselle Diane ? Vous aussi vous êtes de Rigorne ?!?
_Écoute, Trevan : tu es mignon, tu es vaillant mais, putain, ta gueule.
(Trevan de Rigorne rougit.)
_On disait donc au moins 500 lunes pour les lingots de "vils métaux", mais on a surtout une petite centaine de lingots d'argent, quoique la moitié soient planqués dans de faux lingots de cuivre. Et ça, ça nous fait... heu... attendez voir...
_Au moins 300 pièces d'or.
_Putain !
_Quoi ?!
_La Poigne ! Tu sais compter !??
_Ben oui, surtout le métal quoi. J'suis été apprenti forgeron. Mais c'est trop du labeur : j'aime plus mieux taper qu'une bonne fois sur un casque.
(La gourde de vin de sureau passe de main en main, chacun avalant une rasade d'un air mi-émerveillé, mi-consterné.)
_On... on a ramené... 350 pièces d'or ?! Vous croyez que notre bon Capitaine va être content.
_Ah ça, Moineau, il a un peu intérêt à l'être !
_Dîtes, ch'ais pas si vous vous rendez-compte : c'est p't'être le plus beau brigandage de toute l'histoire des Marches !!
_On est riches les gars ! RICHES !
_Non, messieurs : Tal Endhil est riche. Par les Pères, si l'un de vous commence à concevoir une seule pensée pécheresse...
_Mais quel pisse-vinaigre, le Défroqué, quand il pisse le résiné.
_Héhé. Fais-voir ta balafre, d'ailleurs, Herle : faut changer ton bandage.
_Ma mienne elle est plus grande !
_Hihi !
_Nul n'en doute mon cher La Poigne, nul n'en doute...
_Ouais mais la tienne elle a même pas percé ta couche de lard !
_N'empêche qu'on a tous ben gagné nos 2 pièces d'or chacun !
_Plus la prime !
_Oh oui : vous êtes de vaillants gagne-petit. Mais la prime c'était si on laissait pas de témoins et, là, on a Jornil lui-même, Dorian, sa pute, la servante...
_Toi le Noir tu commences à nous les bris...
_Bon les gars, vos gueules : il est tard. Alors ça pionce, ou je vais commencer à distribuer les baffes. Le Grêlé et Diane prennent le premier tour de garde. Demain, j'vous ramenions tous au village. Et rappelez-vous qu'vous avez promis le secret sur vos têtes ! Si on vous presse vraiment, et seulement dans ce cas-là, vous avez été r'prendre les lingots de la Mine Bénie à une bande de Kormes du côté de la Baie des Langueurs. C'est bien clair, pour tout le monde ?
_Oui mon sergent !
_Lèche-cul.
_Mon sergent ! Y a Le Grêlé qui dit...
_Foutremerde, tas de corniauds ! Même avec une 'pparition divine, j'conçois point comment qu'une pareille bande de mômes a pu réussir cette mission ! »


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